C’est possible de préparer sa retraite quand 1000 personnes comptent sur nous pour vivre

Après avoir lu mon dernier article sur la retraite, Lucienne, une amie à  moi, m’a posé cette question très pertinente: comment préparer sa retraite lorsque 1000 personnes comptent sur toi pour vivre?

Cette question, Lucienne n’est pas la seule à se la poser: plusieurs personnes, surtout en Afrique, se la posent à longueur de journée et d’années, sans toujours y trouver une réponse. Pourtant il le faut bien. J’ai partagé ma petite expérience avec Lucienne, et je voudrais en faire de même avec vous. Voici ma réponse à Lucienne.

Si j’ai décidé de créer ce blog, c’est pour parler des sujets vitaux comme celui de la retraite et des difficultés que nous autres, africains, éprouvons pour préparer cette retraite et faire bien d’autres choses. Tu as bien fait de poser le problème et j’espère qu’ensemble nous allons y réfléchir et trouver une solution parce que, Lucienne, il faut préparer sa retraite. Tu sais aussi bien que moi que c’est absolument nécessaire.

Je crois que tu ne voudrais pas être une charge pour tes enfants demain, n’est-ce pas? Parce que le monde dans lequel nous vivons devient de plus en plus compliqué et nos enfants connaîtront plus de difficultés que nous. Nous le voyons dejà avec tous ces jeunes qui sortent de l’Université et ne peuvent pas trouver un emploi. Nous encore nous avons quelque chose même si ce n’est très souvent pas ce que nous souhaitons. Mais nos enfants, ce ne sera pas du tout évident.

Je crois aussi que tu aimerais pouvoir demain, lorsque tu prendras ta retraite, vivre décemment, couvrir au moins tes frais de base, sans devoir tendre la main, sans déranger personne, même pas ces personnes à qui tu donnes tout aujourd’hui au point de ne pas penser à préparer ta retraite.

Je sais, et je suis d’accord avec toi que nos parents nous ont donné la vie, mais tu reconnais avec moi que nous n’avons pas demandé à naître, Lucienne.

Ils nous ont élevés et envoyés à l’école mais ils ne faisaient que leur devoir de parents, Lucienne. En principe, en principe je dis bien, nous ne leur devons rien. Ils ont contribué à faire de nous ce que nous sommes aujourd’hui en nous donnant de l’affection, en nous protégeant, en nous conseillant (pour ceux et celles qui ont eu la chance que les choses se passent ainsi parce que je connais des parents qui se contentent de te donner la vie et le reste ne les regarde plus) mais, une fois encore, ils faisaient leur devoir de parents. Alors, je pense, et c’est mon point de vue, uniquement mon point de vue, que nous aidons nos parents parce que nous les aimons et ne souhaitons pas qu’ils souffrent ou manquent de quelque chose. Moi je le fais, tu le fais, presque tous les africains le font. C’est une charge absolument terrible, surtout dans nos pays où il n y a pas de sécurité sociale pour prendre en charge nos parents malades, nos frères malades, nos tantes et oncles malades, ce qui fait que tout cela nous tombe dessus.

A côté, il y a les frères, les soeurs, les cousins, les tantes, les oncles, les beaux-pères, les belles-mères,  les neveux, les nièces, les voisins qui attendent et comptent absolument sur nous autres qui avons pu sortir la tête de l’eau pour vivre, pour payer leurs frais d’hôpital, payer la scolarité de leurs enfants, manger, s’habiller, et même boire leur bière.

Nous ne sommes pas Bill Gates mais ça ce n’est pas leur problème. Nous  DEVONS leur donner de l’argent quelque soit ce que nous vivons nous autres et, et je sais que tu es d’accord avec moi, quand tu ne peux pas donner, tu as de sérieux problèmes avec eux car ils te traitent de tous les noms d’oiseaux rares, d’égoïste, etc.

Comment en sommes-nous arrivés la, Lucienne?

Comment pouvons-nous sortir de cette prison comme tu le dis si bien, de ce piège ?

Nous n’aurions jamais dû commencer à donner du moins à ceux et celles qui sont valides, jeunes, forts et peuvent se débrouiller par eux-mêmes parce que cela encourage le parasitisme, la paresse.

Maintenant que nous avons commencé, certaines mesures sont absolument à prendre:

1. Poser des conditions et fixer une limite dans le temps

Tu ne peux pas aider ta soeur ou ton frère et, après eux, commencer à aider leurs enfants et, après leurs enfants, passer à leurs petits enfants. Il faut aider ceux et celles qui veulent vraiment qu’on les aide, et qui montrent clairement qu’ils veulent s’ensortir. Ok, je suis prête à t’aider, mais apporte-moi un plan d’action, un projet bien monté, et surtout ta propre contribution, etc. Et je veux voir tes résultats, ce que tu as fait de ce que je t’ai apporté comme aide.

Et je vais t’aider pendant X temps, et surtout rester ferme et intransigeant car cela met la pression et évite que les gens nous prennent pour une vache qu’ils peuvent traire éternellement.

Moi particulièrement, avec mon mari, nous aidons les nôtres depuis plus de vingt cinq ans maintenant. Je peux te dire que nous avons vu de toutes les couleurs, Lucienne. Nous nous sommes faits escroquer par nos êtres les plus chers, crois-moi, à plusieurs reprises, mais nous avons appris –c’est le plus important- et c’est cette petite expérience qui me permet de te dire ce que je te dis. Nous avons compris à un certain moment que nous ne pouvons pas résoudre tous les problèmes de tout le monde même si on leur donnait TOUT notre salaire tous les mois, et que nous DEVONS ABSOLUMENT mettre NOS BESOINS en première position. Et les plus importants de ces besoins étaient 1) de nous construire une cabane, 2) mettre de l’argent de côté pour l’éducation  de nos enfants et 3) préparer notre retraite.

Nous avons pris la peine d’expliquer clairement a ceux et celles qui comptent sur nous pour vivre notre décision et nos attentes (qu’ils nous comprennent et respectent notre décision), ce que nous pouvions désormais faire pour eux, et ce que nous ne pouvions plus faire.

Cela a été dur, très dur, comme tu peux l’imaginer, mais nous avons tenu bon. Il le fallait car le temps passe et un jour qui est passé est passé et terminé.

Nous avons donc écrit chacun de ces trois projets avec des objectifs bien précis, mis au point un plan d’action, et avons commencé l’implémentation de ces trois projets. Nous avons ouvert des comptes d’épargne pour chacun de nous deux et chacun de nos enfants avec un objectif bien précis, comptes dans lesquels nous mettons systématiquement de l’argent TOUS les mois et même parfois plusieurs fois par mois si nous avons de l’argent qui entre. Et RIEN ne nous détourne de cet objectif, meme pas quand mon père est tombé malade et a été malade pendant sept ans, sept années pendant lesquelles nous avons dû payer tous ses frais d’hôpital parce que, comme la plupart des camerounais, sa pension misérable ne lui permettait même pas de faire vivre sa petite famille.

J’ai payé les frais d’hôpital de mon père, et j’ai continué à aider ceux que nous aidons depuis plus de deux décennies mais sans oublier nos propres besoins, Lucienne.

Nous avons également cessé d’aider les paresseux, les parasites et tous ceux et toutes celles qui pensent que, parce que nous sommes frères et soeurs, nous devons porter leurs croix à eux. Et les pressions de la famille n’ont rien changé à notre décision.

Après avoir aidé nos frères et soeurs, cousins et tantes, nous avons décidé de ne pas aider leurs enfants ou petits enfants car c’est un engrenage sans fin. Nous avons rappeler à leurs parents que nous les aidons pour qu’ils puissent se prendre en charge et s’occuper de leurs familles, ce qui est LEUR RESPONSABILITE, pas la nôtre.

Au lieu de prendre les enfants des frères et soeurs, cousins, oncles et tantes chez nous pour qu’ils vivent avec nous -nous l’avons fait pendant des années-, nous avons décidé de les aider à distance, et cela en fonction de nos moyens, et plus de façon systématique comme par le passé.

Voilà, Lucienne, quelques unes des mesures que nous avons prises et qui nous ont permis à mon mari et moi d’éviter l’asphyxie à cause du poids des charges de la grande famille africaine. Pour me résumer, voici ce que je propose de faire pour préparer sa retraite lorsque 1000 personnes comptent sur toi pour vivre:

1. Aider les nôtres, mais Mettre NOS besoins en PREMIERE position parce qu’il n’y a que nous pour prendre soin de NOUS, vraiment. Si on ne le fait pas, demain nous en paierons les frais et serons la risée de tous et de toutes.

2. Aider nos parents, absolument, dans la mesure de notre possible, parce que nous les aimons. Mais nous devons nous sentir libres de le faire, et ne pas culpabiliser lorsqu’on ne peut pas le faire. La plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a.

3. Discipliner ceux et celles qui nous demandent de l’aide. Aider quand on peut, et si on le souhaite (même le fait d’être frères et soeurs ne nous y obligent pas, mais alors pas du tout). Leur dire CLAIREMENT ce que nous pouvons faire et ce que nous ne pouvons pas faire.

4. POSER DES CONDITIONS à notre aide, fixer des DELAIS et EXIGER DES RESULTATS.

5. AIDER CEUX ET CELLES QUI VEULENT REELLEMENT S’EN SORTIR  et qui le démontrent, et laisser tomber les paresseux et les parasites. Ce sera dur mais c’est vital pour vous et pour eux car cela les forcera à se reveiller et à se mettre au travail.

6. Soyez fermes avec vos décisions et tenez bon, quelques soient les pressions et autres menaces et chantages.

7. S’il le faut,  NAVIGUEZ A CONTRE COURANT. En effet, ce qui vous semble logique, ne l’est pas pour les autres.

8. Et surtout, surtout, commencez à préparer cette retraite DES MAINTENANT si ce n’est pas encore le cas. Mieux vaut tard que jamais dit-on souvent.

Cela peut être très stressant de mettre tout ce qui précède -et bien d’autres choses que je n’ai pas citées car cette liste est très loin d’être exhaustive-  en oeuvre. Et justement parce que cela est stressant, beaucoup n’osent pas le faire et choisissent de souffrir en silence, se poser et reposer cette question. Mais ce qu’ils oublient, c’est que c’est un choix qu’ils font et que, comme tout autre choix dans la vie, celui-la a une incidence sur leur vie, leur avenir et celui de leur famille.

Avant de prendre congé de toi, je voudrais te poser cette question: où en es-tu avec ton projet de retraite? Si tu l’as déjà commence, c’est formidable. Je te suggérerai de l’évaluer. Si tel n’est pas le cas, alors il est temps.

Merci de m’avoir lue. Si tu as aimé, n’oublie pas de partager cette information avec les tiens, entièrement, en indiquant le lien du blog.

Si tu as appris quelque chose d’utile qui pourra t’aider à améliorer ta vie, alors reviens pour d’autres tips et trucs dans les prochains articles.

Affectueusement vôtre,

Céline Sika

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