Laissons nos enfants vivre leur vie d’enfants!

Lorsque j’étais petite, et ces souvenirs sont très frais dans mon esprit, notre quotidien était le suivant: nous allions à l’école, au retour nous mangions, donnions un coup de main à la maison, faisions nos devoirs et, avant d’aller au lit, nous jouions.  Lorsque à 11 ans je suis aller vivre avec ma grand mère au village, ce rituel n’a pas beaucoup changé. Certes, après l’école je devais d’abord aider ma grand mère à faire les travaux ménagers, faire la cuisine, manger et, ensuite faire mes devoirs. Mais le jeu était toujours présent, que ce soit sur le chemin menant à la rivière ou à l’unique fontaine du village où tout le monde se regroupait tous les soirs pour puiser de l’eau au prix de rixes épiques et interminables, ou sur le chemin menant au moulin où il fallait aller écraser le maïs pour le dîner, à l’échope du quartier où il fallait aller acheter du pétrole pour nos lampes tempête ou encore des allumettes. Nous jouions, tous les jours, seuls, sans aucune pression ou supervision des adultes, et sans que cela ne nous empêche d’apprendre d’autres compétences et habiletés nécessaires à la vie d’adultes. Cela ne nous a pas empêchés de devenir ce que nous sommes aujourd’hui, des hommes et des femmes épanouis, qui gagnent leur vie, qui sont heureux.

Dans ma vie ainsi que celle de tous les autres enfants il y avait de la place pour le jeu et nos parents respectaient ces moments-là, et veillaient simplement à ce que tout se passe normalement, sans trop de dégâts, et que toutes les autres activités soient faites parce que la vie ce n’est pas non plus seulement le jeu. C’était important pour eux que leurs enfants jouent, qu’ils aient leurs propres expériences et échecs, qu’ils se trompent, qu’ils apprennent a se battre au contact et avec d’autres enfants, qu’ils se mesurent à ces derniers, qu’ils apprennent certaines choses qu’on n’enseigne pas dans les salles de classe. Aujourd’hui, je suis triste de constater que tout cela n’est plus que de l’histoire ancienne et que nous, parents, avons oublié la place que joue le jeu dans la vie d’un enfant, et faisons-tout  mais absolument tout pour non seulement pour surprotéger nos enfants -parce que nous avons peur qu’ils se fassent mal, qu’ils souffrent- mais aussi pour évacuer le jeu de leur vie.

Nos enfants n’ont plus le droit d’avoir un après midi libre. Ou alors moins d’activités le soir après  l’école. Il n’est plus permis de faire autre chose que des études ainsi que la pléthore d’activités pouvant et devant absolument mener au succès de nos enfants. Dès que le coup de siflet ou la sonnerie retentit annonçant la fin de la journée scolaire, commence alors une autre série d’activités soit disant extrascolaires:

  • cours de langue le Lundi soir,
  • sport le Mardi soir,
  • théâtre le Mercredi soir,
  • musique le Jeudi soir,
  • jeu d’échecs le Vendredi soir,
  • répétitions des mathématiques le Samedi matin et danse le Samedi soir,
  • et cours d’informatique le Dimanche soir.

Et ceci se passe dès la toute petite enfance, de gré ou de force parce que chaque parent souhaite que son fils ou sa fille devienne  la future Serena Williams, le prochain Justin Bieber, Mark Zuckenberg, Samuel Eto’o et j’en passe. Et, pour atteindre cet objectif, tout doit être entrepris, aux dépens des enfants qui ne demandent pourtant qu’à vivre leur enfance, laquelle précisons-le, va jusqu’à 18 ans.

Il n’est plus rare de voir des parents inscrire leurs enfants de six ans à plusieurs cours de langue à la fois parce qu’ils veulent que ces derniers soient prêts demain pour saisir toutes les opportunité qui pourraient se présenter à eux. Je me souviens encore avec tristesse de mes petits élèves du primaire (Grade 1) dans une école Internationale de Nairobi au Kenya qui mélangeaient absolument tout pendant mes cours d’Espagnol parce que les pauvres suivaient, en plus de l’Espagnol, des cours de Français et de Swahili, ce que leurs parents trouvaient absolument normal. Sans oublier que la plupart de ces enfants avaient une autre langue qu’ils utilisaient à la maison comme l’Allemand, l’ Hébreu, l’Anglais, le Dutch, le Finlandais. Vous pouvez donc comprendre la confusion dans l’esprit de ces enfants qui devaient manipuler quatre langues à la fois.

Et si vous demandez aux parents pourquoi font-ils cela, ils vous répondent aussitôt, et très sérieusement, que c’est parce qu’ils veulent donner à leurs enfants les moyens d’être heureux et de réussir leur vie demain. Mais qu’est-ce que le bonheur? Qu’est-ce que la réussite? Qui les définit? Ce qui me rend heureux te rend- t-il aussi heureux? Faut-il être Serena Williams, Justin Bieber, Samuel Eto’o, Bill Gates pour être heureux? Est-il absolument nécessaire de passer par Harvard, d’être le premier de sa classe, d’être Directeur d’entreprise, d’avoir un Doctorat, d’être membre du plus prestigieux cabinet d’avocats de Washington ou d’être propriétaire des Hotels Hilton ou de trois voitures Porshe pour savoir qu’on a réussi?

Non. Sincèrement non car le bonheur et la réussite chacun de nous les définit. Et ce n’est pas parce que je conduis trois voitures Porshe, deux voitures Ferrari, que je voyage trois fois par semaine en classe première pour aller participer à des réunions à Londres, que j’utilise trois téléphones portables dernier cri, m’habille chez Chanel, chausse des Christian Louboutin et mange tous les jours des menus mijotés avec soin par Oliver Jamie dans un chalet de prince avec une armée de domestiques à mon service que je suis heureuse.

Nous parents, devons cesser de mettre la pression sur nos enfants pour qu’ils réalisent nos rêves  à nous. Cessons de trop nous préoccuper pour eux, de programmer leur vie, de décider de ce qu’ils doivent être, faire ou devenir car trop souvent ceci ne contribue qu’à créer des êtres malheureux, stressés, et souvent aussi violents qui, dès que l’occasion se présente, évacuent cette violence de façon parfois brutale.

Si vous interrogez des parents sur leur vie, plusieurs vous diront qu’ils ne sont pas heureux parce qu’ils exercent des métiers qu’ils n’aiment pas, parce qu’ils travaillent des heures impossibles, parfois plus de 50 heures par semaine, dans un environnement qu’ils détestent. Ils vous diront pour la plupart qu’ils  rêvaient de faire un métier différent lorsqu’ils étaient tout petits, métier auquel ils jouaient lorsqu’ils étaient enfants, et qu’ils ont dû accepter le choix de leurs parents, et devenir ce que ceux-ci voulaient, parfois au prix de sacrifices terribles. Pourtant ils reproduisent la même chose avec leurs enfants.

C’est important que nos enfants aillent à l’école pour apprendre “à lier le bois au bois pour faire des edifices de bois” comme disait l’écrivain sénégalais Cheikh Hamidou Kane. Mais c’est aussi important qu’ils soient enfants, c’est-à-dire qu’ils puissent jouer seuls ou avec leurs amis sans être punis, et que leurs parents créent des conditions pour que cette activité soit possible parce que c’est absolument important pour le dévelopment et le plein épanouissement de l’enfant: course-poursuite, cache-cache, saute-mouton, trampoline, sauter à la corde, monter à bicyclette, les enfants doivent s’amuser.

Et, s’ils peuvent aller à Harvard, c’est tant mieux. Célébrons-le et soyons heureux. S’ils choisissent d’être serveurs dans un restaurant de notre communauté, célébrons cela aussi et soyons heureux. S’ils ne rêvent que d’être éboueurs, célébrons également cela et soyons non seulement fiers de notre enfant mais soyons heureux car si notre enfant est heureux en étant éboueur, c’est le plus important. Célébrons cela et aidons-le à être le meilleur des éboueurs. En effet, nous avons besoin dans notre société aussi bien de directeurs d’entreprises, de médecins, que d’artistes, de plombiers, de serveurs, de cuisiniers, de chauffeurs, d’électriciens, d’éboueurs.

Que penses-tu de tout ceci? Si cela a un sens pour toi et surtout si tu as appris quelque chose d’utile en lisant cet article, fais-moi une faveur: partage-le autour de toi, en n’oubilant pas de mentionner l’origine de l’article. Et n’oublie pas de revenir, ici, pour plus de tips et trucs pour améliorer ta vie.

Celine SIKA

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