Nous sommes tous responsables

Il y a quelques semaines une étudiante indienne a été sauvagement violée et battue dans un bus en Inde, puis jetée dehors. Sous les yeux de son petit ami, malmené lui aussi, sans que personne ne leur vienne en aide. Les violeurs ont ensuite continué tranquillement leur chemin, comme si rien ne s’était passé, prêts à continuer à vivre leur vie, normalement, comme si rien ne s’était passé. Plus tard, l’étudiante est décédée des suites de cette agression.

Depuis ce triste et regrettable incident qui a poussé dans la rue des millions d’hommes et de femmes en Inde -mais aussi dans le monde entier- horrifiés et surtout révoltés par cette violence permanente contre les femmes qui n’arrête pas et ne semble pas s’arrêter, je me pose des questions. Sur les méthodes d’enseignement utilisées dans les écoles pour éduquer nos enfants, ainsi que le système de parenté que nous-mêmes, parents, utilisons à la maison pour aider nos enfants à devenir des hommes et des femmes épanouis, équilibrés, dotés d’aptitudes dont ils ont besoin pour répondre aux exigences de la vie quotidienne. L’école apprend à nos enfants « à lier le bois au bois pour faire des édifices de bois » comme le dit Cheikh Hamidou Kane dans l’Aventure Ambigüe. Mais comment est-ce qu’elle s’y prend ? Ces hommes et ces femmes qui sont chargés de transmettre ce savoir à nos enfants, ont-ils toujours les outils nécessaires pour créer les conditions et l’environnement nécessaires à un meilleur apprentissage de nos enfants ? Ces enseignants qui mettent leur enseignement et l’atteinte de leurs objectifs éducatifs au-dessus de tout, et sont prêts à insulter, humilier, brimer et marginaliser les enfants qui tardent à comprendre, sont lents à réagir, ou simplement ont des besoins différents de ceux de leurs camarades, sont-ils seulement conscients des dégâts qu’ils causent chez ces enfants et des conséquences qui peuvent découler de ce mauvais traitement ?

Humilier un enfant parce qu’il n’y arrive pas ou tarde à y arriver, lui prédire un avenir médiocre parce qu’il n’a pas obtenu 20/20 en mathématiques, ignorer ses efforts pour ne pas être laissé derrière et le comparer sans cesse avec ses camarades qui font mieux c’est non seulement tuer toute motivation pour l’apprentissage chez cet enfant, mais semer les graines du ressentiment, lequel peut plus tard créer des monstres comme ceux qui tuent froidement ou violent sans états d’âme.

La plupart des systèmes éducatifs mettent l’accent sur l’atteinte des résultats académiques, et ignorent le développement personnel des apprenants. L’aspect humain des apprenants parce que ces derniers, avant d’êtres des apprenants, sont des êtres humains avec des émotions et des besoins autres qu’éducatifs, lesquels devraient être également pris en compte dans tout processus éducatif. L’école ne s’en occupe pas, ou alors très rarement, parce qu’elle n’a pas pris conscience de cet important besoin, ou alors parce qu’elle en a pris conscience mais n’a pas pris les mesure nécessaires pour que ce besoin soit satisfait.

Dans les familles les choses ne sont pas meilleures. Les enfants sont jetés dans l’arène de la vie sans avoir été dotés d’outils dont ils besoin pour répondre avec succès aux exigences de notre temps, de la vie en société, société à laquelle nous tous appartenons et avons le droit d’y vivre, en paix, sans crainte. Comment respecter l’autre si personne ne nous a jamais instruit sur cette question ? Si nous avons toujours vu autour de nous des actes qui sont tout sauf le respect de l’autre ?

Comment résister à l’envie de nous jeter sur l’autre pour lui prendre de force quelque chose si, autour de nous, et tout au long de notre existence, nous avons vu les autres faire la même chose sans être inquiétés ?

Comment traiter notre épouse comme un être humain qui a des droits et mérite du respect si tout au long de notre vie nous avons vu notre papa malmener notre maman, la brutaliser, lui manquer constamment du respect ?

Condamnons l’acte commis par ces hommes parce que c’est inacceptable et intolérable dans une société qui se veut démocratique, et en ce siècle où le respect de la personne humaine, la valeur suprême, ainsi que ses droits, est presque unanimement accepté par tous. Mais surtout interrogeons-nous sur le pourquoi. Où est-ce que nous, en tant que société, parents, éducateurs, gouvernements, avons failli. Le fait qu’il y ait cette extraordinaire violence en général et contre les femmes en particulier, partout, toujours, est un signe que quelque part quelque chose ne marche pas.

L’etudiante violée et décédée des suites de ses blessures ne doit pas être morte pour rien. Son décès nous rappelle que ce monde n’est toujours pas un lieu sûr pour les femmes malgré les engagements pris par les uns et les autres pour promouvoir et appliquer les droits de la femme. Il nous rappelle la déliquescence d’un état qui n’a pas su assurer la protection et la sécurité des citoyens en affirmant et en faisant respecter son autorité. Il nous rappelle que la société encourage, par son silence qui est une forme de complicité, certaines pratiques inadmissibles. Il nous rappelle que la famille ne joue pas toujours son rôle d’orientation et d’encadrement en ce qui concerne l’éducation à la vie de ses membres. Il nous rappelle enfin qu’aux programmes d’enseignement il manque un élément qui doit préparer à la vie.

Son décès mais surtout son courage et sa résistance doivent nous inspirer et surtout nous motiver à exiger et nous battre pour que la violence contre les femmes cesse. Cependant, notre réponse à cet acte barbare doit être holistique. Nous devons continuer à enseigner à nos filles le respect de soi. Nous devons continuer à leur donner des outils pour se défendre contre cette violence et contribuer à ce qu’elle cesse. Mais en même temps, nous devons également éduquer nos garçons, nos hommes. Education aux droits humains et droits de la personne. Education à la vie. Nous devons les aider à acquérir ces compétences dont ils ont besoin pour vivre en harmonie et en paix avec les autres membres de la société, aider à vivre et laisser vivre. Sans oublier d’exiger que les autres parties prenantes (écoles et gouvernements) mettent résolument et activement leurs mains à la pâte pour contribuer à construire une société où chacun a sa place, une société où personne n’est menacé pour quelque raison que ce soit, et surtout pas à cause de son sexe.

Il faut agir. A partir de l’endroit ou nous nous trouvons. Avec les moyens dont nous disposons. En bloguant. En écrivant. En sensibilisant les décideurs et les responsables d’écoles. En créant des groupes de réflexion et de lobbying sur cette question. Il y a plusieurs façons d’agir pour contribuer à mettre un terme à la violence contre les femmes. En connais-tu d’autres ? N’hésite pas à les partager avec nous, ici.

Céline SIKA

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