A la fin, lorsque tout est dit et fait, notre seul et véritable bien c’est notre tombe

 

 

ImageAvant de tomber malade, mon père, qui avait pris sa retraite il y avait de cela quelques années, était écrivain public, une activité qu’il aimait beaucoup car elle lui permettait surtout de s’occuper, de passer du temps avec ses amis retraités comme lui, et de donner un coup de main   à toutes ces personnes perdues dans le labyrinthe de l’administration camerounaise.

Sa machine à écrire manuelle, qu’il avait refusé d’échanger contre une électronique, était son bien le plus précieux, qu’il protégeait et soignait plus qu’un bébé. Lorsqu’il rentrait du travail le soir, après l’avoir nettoyée et cirée pendant des heures toujours avec un plaisir renouvelé, il la gardait soigneusement dans un coin de la maison où personne n’avait alors le droit de passer. Je me souviendrais toujours de ses colères mémorables chaque fois que l’un de nous devait déplacer cette machine pour nettoyer le sol ou alors passer dans ce coin pour récupérer quelque chose. Il menaçait alors le malheureux ou la malheureuse des pires sanctions si, par mégarde, inattention ou malchance, quelque chose arrivait à sa machine pendant que cette personne était dans le coin. Lorsqu’il est tombé malade, nous avons transféré sa machine à écrire dans une caisse et rangé dans une chambre dans l’espoir qu’il se remettrait vite de sa maladie pour l’utiliser encore. Mais papa est mort sept ans après le début de sa maladie. Nous avons oublié la machine à écrire jusqu’à il y a quelques jours lorsque ma fille, en voyant une photo de son grand père sous un grand parasol entrain de saisir un texte, m’a demandé où était passé cette machine.

Papa n’était pas riche.  Mais il avait ce bien qui lui était précieux, sa machine à écrire. Lorsqu’il est décédé, il ne l’a pas amenée avec lui dans l’au-delà. Il n’a rien amené d’autre d’ailleurs avec lui, pas même ses deux cabanes qu’il avait construites au village, encore moins ces dizaines de bouteilles de bière et de soda qu’il avait accumulées pendant des années et qu’il nous faisait nettoyer régulièrement, dans l’attente du jour où il pourrait ouvrir enfin son débit de boisson. Il n’est parti qu’avec ce cercueil que nous avons bien voulu lui offrir, déposé au fond de ce petit trou de quelques mètres carrés que nous avons bien voulu creusé pour lui. Après s’être battu toute sa vie pour offrir à sa famille une vie digne, un toit sur notre tête, une éducation de qualité à ses enfants, avec les moyens dont il disposait ; après avoir passé sa vie à aider et conseiller des hommes, des femmes, des enfants de tout âge afin qu’ils puissent vivre la vie qu’ils désirent et qu’ils méritent, afin qu’ils puissent vivre une vie bien meilleure, à sa mort, nous n’avons pu lui offrir que ce petit trou. Pouvions-nous faire autrement ? Non, car au soir de la vie, à l’heure de la vérité, lorsque tout est dit et fait, pour notre dernier voyage, notre unique et véritable bien c’est notre tombe. Pas même le cercueil, les vêtements ou toutes ces couronnes de fleurs que ceux et celles qui nous survivent nous offrent car ils se désintégreront.

Comme mon papa, aucun mort n’a jamais rien emporté au moment de quitter le monde des vivants : riche, pauvre, président de la république, balayeur de rue,  directeur d’entreprise, baby sitter, plombier, directeur général, citadin, villageois, roi, reine, prince, ou sujet ordinaire. Au soir de notre vie, nous partons comme nous sommes venus : nu. Bras ballants.

Kadhafi, qui avait toutes sortes de richesses et de bien, tout ce que nous pouvons imaginer, et même l’inimaginable, est quelque part dans un trou dans le désert. Nu.

Félix Houphouet Boigny, Omar Bongo Ondimba, Gnassingbe Eyadéma, et toutes les autres personnalités qui étaient à la tête de grandes fortunes sont certainement enterrés dans de beaux mausolées mais ils sont nus là-dedans. lls sont partis les bras ballants. Sans rien emporter avec eux.  Rien.

Lady Di, Steve Jobs sont eux aussi quitté ce monde les bras ballants, avec sur eux ce que nous, les vivants, avions bien voulu leur mettre sur le corps.

Vous aussi, moi-même, quitterons ce monde sans rien, avec pour unique possession notre tombe, si quelqu’un veut bien en creuser une pour nous.

Alors, pourquoi, connaissant cette vérité crue, toutes ces batailles, toute cette violence, tout ce mal que nous commettons les uns aux autres ? Pourquoi nous nous battons, parfois armes au poing, pour acquérir, acquérir et toujours acquérir, n’hésitant pas à piétiner, vilipender, abuser, violenter, écraser, exploiter, tuer, spolier ? Pourquoi nous nous battons tant pour avoir autant et laisser tout derrière nous quelques années après, en échange d’un bout de terre ? D’un tout petit bout de terre ?

Pour satisfaire notre moi, notre moi et rien que notre moi. Que les autres croupissent dans la misère la plus noire et absolue, ou crèvent de faim et de soif, ou de maladies, n’est pas notre tasse de thé. Mais, pendant combien de temps ce moi, que nous sommes prêt à tout pour satisfaire, sera sur cette terre ? Et, surtout, de quoi a vraiment besoin ce moi pour être sur cette terre :

-de 30.000 hectares de terres comme l’a déclaré un des candidats aux dernières élections présidentielles du Kenya, terres qui, selon les kenyans, auraient été arrachées aux populations locales qui, aujourd’hui, n’ont aucun endroit où poser leurs têtes ou cultiver pour se nourrir ?

Et ces 30.000 hectares ne seraient que la pointe de l’iceberg car ce monsieur et sa famille seraient propriétaires de la moitié du pays.

  • de 50 voitures dans notre parking, toutes aussi sophistiquées les unes les autres, alors que des pères et mères de famille se font éjecter des bus de transport et écraser parce qu’ils n’ont pas les 10 Kenya Shillings qui leur manquent pour compléter leur ticket de transport ?
  • de de cette résidence de 150.000.000 de Kenya Shillings dans laquelle nous vivons, sans compter toutes ces autres résidences secondaires disséminées aux quatre coins du pays et du monde pendant que des familles entières dorment à huit dans une chambre en tôle, dans un de ces nombreux bidonvilles qui entourent nos belles capitales africaines, sans toilettes, sans eau potable, sans électricité, sans aucune intimité, les uns sur les autres, les parents obligés d’avoir des relations sexuelles devant leurs enfants ?
  • de tous ces millions que nous volons de façon éhontée des caisses de l’Etat, ou détournons de l’aide au développement destinés à construire des écoles, des hôpitaux et des routes pour rendre la vie des millions de nos frères et sœurs moins douloureuse ?

Nous n’avons pas besoin de tout cela pour vivre. Mais pourquoi alors cette course effrénée pour avoir, avoir et toujours avoir ? 

Si notre motivation c’est une vie à l’abri du besoin, une vie décente, alors il est temps de rectifier car nous pouvons vivre décemment avec moins que tout ceci. Beaucoup moins que tout ceci. Si c’est le bonheur que nous recherchons en faisant main basse sur tout, à tout prix, alors détrompons-nous car la possession des biens matériels n’a jamais été et ne sera jamais synonyme de bonheur.  Aujourd’hui, celui qui n’a pas n’est pas. J’ai, donc je suis. Si je n’ai pas, alors je ne suis pas. Alors, pour avoir, tout est permis, absolument tout, et la fin justifie les moyens. Si je dois tuer, violer, mentir, trahir, faire emprisonner, truquer les élections, soumettre, acheter les consciences, détourner de l’argent, escroquer, pour avoir, alors je le fais car c’est la fin qui importe. Mais, quelle fin ? Quelle fin si, après tout, après avoir fait tout cela, la vérité c’est que nous n’avons rien ?

Il y a des vérités que nous devons connaître et faire connaître, pour notre bien, mais aussi celle des autres. De l’humanité. Et une de ces vérités c’est que, oui, à la fin, lorsque tout est fait et dit, rien ne nous appartient. Même pas ce bout de terre dans lequel on nous enterre, car nous pouvons en être éjecté un de ces jours si les vivants en décident ainsi. Même pas ce petit carré au cimetière dans lequel on place provisoirement nos cendres parce que nous pouvons également en être éjecté si les vivants cessent de payer les frais de location. Lorsqu’ils n’ont pas simplement décidé de jeter vos cendres dans la mer.

Pensons-y. Méditons cela. Tous les jours. Sérieusement. Répandons cette vérité autour de nous car sa possession pourrait nous épargner tant de souffrance, de tragédies, de confiscation de pouvoir, avec tout ce que cela suppose. Et souvenons-nous que, le monde, la vie est une scène de théâtre, et nous, des acteurs. Shakespeare l’a dit. Avec raison. Lorsque nous sommes sur cette scène de théâtre qu’est la vie, chacun de nous doit mettre un point d’honneur non seulement à jouer son parfaitement rôle, mais aussi à profiter de cette vie lorsque nous en avons encore la force, et nous assurer que les autres en font autant.

 Tout le reste n’est que perte de temps.

Savoir c’est pouvoir. Pouvoir rectifier, corriger, améliorer, relativiser, et aider les autres à en faire autant. Ensemble nous pouvons construire un monde plus heureux et pacifique. Où chacun a sa place. Où personne ne se sent exclu. Où chacun vit la vie qu’il désire et qu’il mérite. C’est possible, si chacun fait sa part. Qu’en penses-tu ? Ton avis est la bienvenue. Ton aide, aussi.

A ton bonheur !

 

Céline Magnéché Ndé Sika

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