Mettez de l’ordre dans vos affaires pendant qu’il est encore temps

ImageIl y a  quelques années ici au Kenya l’histoire d’une famille qui se déchirait autour de la fortune du vieux patriarche malade a fait la une des journaux pendant des mois. Les enfants de la première épouse décédée, ceux de la deuxième épouse, et celle-ci se battaient dans les tribunaux à travers une armée d’avocats, mais aussi hors des tribunaux, à travers des gangs recrutés pour corriger et intimider la partie adverse, ou alors eux-mêmes, partout où ils se rencontraient.

Il faut dire que le patriarche avait battit une fortune colossale, objet de toutes les convoitises.  Diminué par l’âge et la maladie, l’homme assistait, impuissant, à ce spectacle digne de films d’horreurs, lequel avait fini par provoquer une crise cardiaque fatale chez lui. Deux années après son décès, la bataille pour le partage de l’héritage n’est pas terminée. Finalement, l’Etat kenyan a dû prendre les choses en main en attendant que la situation soit tirée au clair. Quand ? Nul ne le sait. Nul ne peut le dire. En attendant, la famille continue à se déchirer.

Ce genre d’histoire, nous en avons presque tous en entendu parler autour de nous. Chez moi au Cameroun, on ne compte plus le nombre de familles irrémédiablement détruites parce que les parents n’ont pas mis de l’ordre dan leurs affaires pendant qu’ils avaient encore la force, le temps et les moyens de le faire.

Par méfiance. Parce que parler de ses biens c’est attirer la convoitise des autres. Attirer l’attention sur soi ainsi qu’une pluie de demandes de la part des membres de sa famille, les amis, les collègues, dans cette Afrique où l’on n’a pas honte de tendre la main, même lorsque l’on a tous ses dix doigts et lorsqu’on jouit d’une parfaite santé.

Par pudeur. Parler de ses biens c’est en quelque sorte manquer de respect à ceux qui n’ont rien, qui souffrent et tirent le diable par la queue.

Par crainte. On a peur d’être tué si on parlait du partage de ses biens pendant qu’on est encore vivant. Ou alors on a peur de déclencher des crises d’hystérie, de nerfs, de déclencher la haine ou même des drames parmi ceux des membres de notre famille qui se sentiraient lésés lors du partage.

Par ignorance. On ne sait toujours pas qu’il faut le faire ou alors on en est conscient mais on ne sait pas par où commencer ni avec qui régler ce genre de choses si délicates, l’escroquerie, la malhonnêteté, la trahison étant devenues le sport national partout, même de la part des gens qu’on aurait jamais soupçonnés.

Par superstition. Oui, parce que personne n’aime parler de la mort. C’est, paraît-il, l’inviter dans nos demeures. Mais ne pas en parler n’empêche pas cette demoiselle de s’inviter chez nous lorsque notre tour arrive. Et ce tour arrive souvent au moment où nous nous y attendons le moins. Semant le désordre, la haine, les ressentiments, la mort même, lorsque nous n’avons pas pris la peine, le temps ou le soin de mettre de l’ordre dans nos affaires.

Personne ne souhaite que ceci arrive à sa famille lorsqu’on ne sera plus là. Nous voulons que nos êtres les plus chers vivent en harmonie après nous. Qu’ils s’aiment les uns les autres et s’entraident au lieu de se déchirer, de s’entretuer, lorsque nous ne serons plus là.

Nous voulons que nos enfants continuent à aller à l’école et fassent de bonnes études lorsque nous ne serons plus là.

Nous voulons que notre famille continue à vivre sous un toit lorsque nous ne serons plus de ce monde.

Nous voulons que nos enfants et notre partenaire continuent à se faire soigner lorsque nous ne serons plus là.

Nous voulons que notre famille continue à manger à sa faim, à faire des projets, à se projeter dans l’avenir lorsque nous ne serons plus de ce monde.

Mais ceci n’arrivera pas tout seul, comme par miracle. Non. Il faut une préparation minutieuse, structurée, pendant qu’il est encore temps. Pendant que vous avez encore tous vos moyens. Et, cette préparation, c’est vous qui devez la faire. Vous devez mettre de l’ordre dans vos affaires. Qu’est-ce que cela veut dire ?

  1. Rédiger votre testament. Avec l’aide d’un notaire crédible, intègre, honnête. Et n’oubliez pas de l’actualiser de temps en temps (si vous l’avez rédigé lorsque vous étiez monogame, par exemple, il convient de corriger cette information si vous prenez une seconde ou plusieurs autres épouses). Dans cet important document, dites clairement ce que vous avez comme biens en nature (terrains, maisons, affaires, voitures, etc.) et en argent (cash dans les banques, actions, etc.), comment est-ce que vous souhaitez que tout ceci soit géré ou partagé après votre décès.
  2. Réglez vos dettes ou tout au moins faites le point dessus. Clarifiez tout pour éviter que des escrocs de tout poil ne profitent de votre absence pour ruiner (vous n’êtes plus là pour les faire mentir) et plumer vos enfants ou votre famille.
  3. Aidez vos enfants à préparer votre départ. Sans souffrance. La mort est doublement douloureuse, ne l’oubliez pas : votre départ, et les préparatifs de vos obsèques. C’est pour vous aider à mieux préparer votre départ que les compagnies d’assurance ont développé des produits qu’elles seront très heureuses de vous proposer. Pensez-y, et rendez-vous service. Rendez services à votre famille. Achetez une police d’assurance obsèques le plus tôt possible. Vous épargnerez une somme souvent très modeste mensuellement. Mais, le moment venu, les bénéfices de cet acte d’amour pour vous et pour vos êtres aimés seront énormes.

Si vous ne faites rien, une fois parti, votre famille doit se débrouiller pour organiser vos obsèques, parfois sans aucune ressource. Ce genre de situation crée des tensions, des bagarres et même des drames parfois irréversibles dans des familles.

Si vous souhaitez être enterré à un endroit précis, dans un type de tombe ou de mausolée précis, dites-le.

Si vous souhaitez être enterré –habillé d’un costume trois pièces ou nu, ou simplement enroulé dans un linceul ; dans un cercueil en bois, en bambou ou en fer – dans un endroit précis –dans votre maison, votre cour, votre champ, derrière votre maison, dans votre pays d’origine, n’importe où-, ou alors incinéré et vos cendres jetées à la mer ou déposées chez vous, dites-le. Clairement. Mais pensez à prévoir les moyens qu’il faut pour accomplir vos dernières volontés. Car vous ne pouvez pas exiger, par exemple, à votre famille qui n’a pas les moyens financiers, d’être rapatrié et enterré dans votre pays d’origine, alors que vous n’avez rien fait pour que ce souhait soit réalisé.

Certains vont jusqu’à construire leur tombe ou leur mausolée de leur vivant. Si vous avez les moyens de le faire, faites-le. Vous dormirez en paix dans votre dernière demeure que vous aurez construite vous-même, et rendrez ainsi un service inestimable à votre famille.

4. Prenez une assurance-vie pour protéger ceux et celles qui restent. Si non, votre famille risque de se retrouver dans la rue si vous étiez en location ; vos enfants risquent ne plus aller à l’école et poursuivre leurs études. Et partagez cette information avec votre partenaire. Il/elle ne vous tuera pas car tout le monde n’est pas des monstres. Il y a encore des gens biens sur cette terre. Si vous n’en parlez pas, votre famille n’en profitera pas après votre décès.

5. Aidez votre grande famille (vos frères, vos sœurs, vos parents, vos oncles, etc.) à respecter votre famille nucléaire, à respecter les droits de vos enfants et de votre partenaire. Disciplinez-les, fixez les limites, et surtout prenez toutes les dispositions nécessaires pour que votre partenaire et vos enfants ne soient pas dépouillés lorsque vous ne serez plus là. Et aidez votre partenaire à connaître ses droits et à se défendre en cas de besoin. C’est la moindre des choses que vous devez faire pour ceux et celles que vous aimez et que vous vous êtes battu toute votre vie pour protéger.

6. Vous avez de l’argent en banque ? Pensez à donner la signature sur les comptes que vous possédez à votre partenaire. Si vous ne le faites pas, une fois que vous ne serez plus là, votre partenaire risque ne pas avoir accès à votre argent. Parce que votre partenaire n’a pas de signature sur vos comptes bancaires, parce que la bureaucratie est un labyrinthe où très peu de personnes s’en sortent, du moins en Afrique. Des veuves, des veufs et des orphelins souffrent partout en Afrique –du moins chez moi au Cameroun- parce qu’il leur est impossible de toucher l’argent laissé dans des comptes en Afrique et en Occident par leurs partenaires décédés. Ou simplement malades et incapables de faire quoi que ce soit.

Ceci ne devrait pas être un problème dans des couples où la confiance et la transparence  sont des valeurs solides sur lesquelles sont construits ces couples, valeurs réelles et partagées par les deux partenaires tous les jours.

La mort surprend presque toujours. Nous vivons comme si nous n’allons jamais mourir. Pourtant nous savons tous et toutes qu’un jour nous quitterons ce monde. Comment voulons-nous le quitter : sereins parce que nous savons que la vie va continuer son cours avec harmonie lorsque nous ne serons plus là, parce que nous avons fait ce qu’il fallait pour que les choses se passent ainsi, ou alors tristes et malheureux parce que nous savons que la haine, la guerre, des drames vont se déclencher dans nos familles dès le moment où nous aurons les yeux fermés, parce que nous n’avons pas fait cet important devoir d’amour ? Dans le premier cas, nous aurons vécu notre vie, pleinement, librement, en suivant des principes et des valeurs qui nous sont chers. Que nous avons déterminés nous-mêmes et qui nous gouvernent quotidiennement. Nous avons planifié notre vie. Nous avons été maîtres de notre vie.

Dans le second cas, nous aurons subi notre vie. Vécu la vie des autres, la vie imposée par les autres : la société, notre église, nos collègues, nos amis, notre grande famille. Nous aurons passé notre vie à voir les choses pas comme elles sont, mais comme nous avons été conditionné à les voir.

Nous aurons passé notre vie à voir les choses à travers les lunettes que les autres nous ont données – la société, notre église, nos collègues, nos amis, notre grande famille -, au lieu de fabriquer nos propres lunettes, avec des valeurs et des principes que nous avons nous-mêmes identifiés et fait nôtres, et de nous en servir pour voir le monde, les choses, les personnes et agir comme nous le pensons –et non pas comme les autres pensent-, faire ce que nous pensons être correct.

Et, ce qui est correct, dans ce cas précis, c’est de mettre de l’ordre dans nos affaires pendant qu’il est encore temps. Pendant que nous avons encore la force et les moyens de le faire. 

Avant de te quitter, je voudrais te demander si tu as pensé à ce geste d’amour. Si oui, comment t’y prends-tu ? Je serai heureuse que tu partages ton expérience avec nous, pour aider les autres à améliorer leur vie. Tous les jours.

Céline Magnéché Ndé Sika

 

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2 réflexions au sujet de « Mettez de l’ordre dans vos affaires pendant qu’il est encore temps »

    • Hi Solange,

      And THANKS for your feedback. This message is very important as you underline it. Unfortunately we tend to forget it and live just as if we were not to dye. And yet we will dye. And we can dye at ANY moment. We must therefore be prepared not only spiritually but also materially. If we care for our beloved ones, we must get all our stuff -personal, professional, etc.- in order, at any time. Have a wonderful day and see you, sister!

      Celine

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