Vous les appréciez? Vous les aimez? Dites-le leur. Pendant qu’il est encore temps!

DSCN0204Depuis que je vis hors de mon pays, je communique avec ma famille tous les Dimanches grâce à ce formidable et merveilleux outil qu’est Skype. Ce rendez-vous est devenu un rituel presque, que j’attends et chéris. Je leur donne de mes nouvelles et prends des leurs. Donc, Dimanche dernier, ma soeur m’annonce l’arrivée d’un nouveau-né dans la famille, lequel a reçu le nom de notre défunt papa. Surprise! Enorme et double surprise! D’abord parce que le bébé est celui de notre cousine. Selon la tradition de chez-nous, cet enfant, puisqu’il est le premier né de notre cousine, devrait porter le nom de son grand père paternel. Cela se passe presque toujours comme cela, à quelques très rares exceptions près. Deuxième surprise, l’enfant est nommé par quelqu’un qui, du vivant de notre papa, n’avait jamais exprimé de l’affection pour ce dernier. Alors, pourquoi? Pourquoi? L’échange que j’ai par la suite eu avec ma soeur a éclairé le mystère. Tenez.

-Mais pourquoi notre papa? ai-je demandé à ma soeur, sincèrement surprise. Il n’est pas venu aux obsèques de papa, choisissant d’aller en voyage, alors que l’on enterrait papa à quelques dizaines de mètres de sa résidence.

-Tu n’es pas la seule personne surprise. Tout le monde l’est. Il souhaite peut-être se racheter.

-Se racheter pourquoi? Il n’était pas obligé d’assister aux obsèques de papa, tu sais.

-Pas par rapport aux obsèques.

-Quoi alors?

-Il dit que papa lui a rendu un immense service qu’il n’oubliera jamais.

-Accouche!

-Il dit que c’est grâce à notre papa qu’il a épousé la maman de notre cousine, c’est-à-dire la grand mère du nouveau-né.

Effectivement, alors que tout le monde était contre cette union, notre papa avait remué ciel et terre pour que les deux amoureux se marient, se faisant des ennemis au passage, ce qui lui importait très peu parce qu’il voulait que sa soeur, qu’il aimait beaucoup, soit heureuse surtout que cette dernière adorait son fiancé.

-J’espère qu’il le-lui a dit de son vivant, m’exclamai-je! Parce que papa n’est plus là pour voir ce geste qu’il a posé.

-Je n’en sais rien, dit ma soeur. Mais tu sais que ce n’est pas toujours facile d’exprimer ses sentiments ici chez-nous. Qu’ils soient contents ou enragés, les gens se taisent. Ce qui n’est pas correct. Il faudrait que tout cela change et que les gens apprennent à dire aux autres leurs sentiments, et surtout au moment où il le faut.

Depuis cet échange, je voudrais écrire ces quelques lignes pour partager avec vous les leçons que j’ai tirées dudit échange. Des histoires comme celle-ci, vous en connaissez certainement. Vous-même avez très certainement déjà regretté de n’avoir pas eu l’opportunité d’exprimer votre gratitude à quelqu’un qui vous a rendu service, quelqu’un qui a posé un acte qui a changé votre vie. Lorsque vous le réalisez, il est trop tard car cette personne n’est plus de ce monde.

J’adorais mon papa, qui avait ses défauts comme tout le monde, bien évidemment, mais qui, en ce qui concernait l’éducation de ses enfants, était prêt à marcher à genoux d’un bout de la ville à l’autre pour leur donner l’éducation dont ils avaient besoin. Il était un très modeste fonctionnaire mais se débrouillait, je ne sais comment, pour que ses nombreux enfants puissent aller à l’école. Emotionnellement aussi, il était présent, voyageant toujours pour venir m’assister chaque fois que j’avais un examen official à passer. La veille de l’examen, il m’accompagnait repérer ma salle d’examen ainsi que ma table et, tous les matins pendant l’examen, il m’accompagnait, s’assurant que j’ai déjeuné et fait un tour aux toilettes avant de quitter la maison. Pendant la pause, il m’apporter à manger et saisissait l’opportunité pour me demander comment se sont déroulées les épreuves. A la fin de l’examen, il me donnait toujours de l’argent pour aller au cinéma avec ma meilleure amie, pour me féliciter et célébrer la fin de l’examen.

Lorsque je me suis mariée, il a continué à être émotionnellement présent, me prodiguant des conseils pour m’aider à construire avec mon époux un mariage heureux. Je n’ai pas eu l’opportunité de lui dire merci pour ce cadeau inestimable pendant qu’il était encore là. C’était son devoir de parent de faire cela, certes, mais il aurait pu ne pas le faire, et se comporter comme plusieurs parents qui se contentent d’avoir des enfants et c’est tout.

Je ne l’ai pas fait. Et n’ai pas eu le privilège que quelqu’un attire mon attention là-dessus. J’aurais tellement aimé qu’il soit encore là pour le-lui dire… Et il est tard. Très tard maintenant. Un sentiment horrible, croyez-moi. Un sentiment qu’il faut absolument éviter. Comment? Que faut-il faire?

  • Pendant que vous le pouvez, et qu’ils sont encore là, capables de vous entendre et de comprendre ce que vous leur dites, dites à vos êtres les plus chers combien vous les aimez. Il existe des tas de façons de le faire. Verbalement, mais aussi par des gestes. Des actions. Mais faites quelque chose pour faire passer cet important message.
  • Dites-leur merci pour leur amour, leur soutien. Dites merci à toutes ces personnes qui sont avec vous lorsque vous riez, mais qui restent également avec vous lorsque vous pleurez. Vos parents et votre famille aussi parce qu’ils ne sont pas obligés de vous soutenir, de vous accompagner, d’être là lorsque les choses vont mal pour vous. Ils le font par amour.

Pourquoi ne pas exprimer notre gratitude a la personne qui nous a rendu service, nous a montre la voie, tenu la main, donne un conseil vital, ouvert une porte, donne un précieux contact, pourquoi ne pas le faire? Et surtout pourquoi ne pas le faire au moment où il faut le faire? Ne pas le faire c’est pas correct. Et le faire lorsque la personne n’est plus la c’est le faire pour soi-même, et pas pour le/la défunt(e). C’est comme ces médailles républicaines qu’on attribue aux gens après leur décès et qui, d’après moi, n’ont aucune valeur.

Même à ces personnes qui nous tournent le dos lorsque nous avons besoin de leur appui, nous devons également dire merci parce rien n’arrive pour rien. Dans cette vie, on ne perd jamais. Si on ne gagne pas, on apprend, on découvre. Et, croyez-moi, très souvent, le geste/l’acte de ces personnes nous pousse à regarder ailleurs, un ailleurs qui, comme l’expérience l’a souvent montré, est bien mieux pour nous.

Ton tour…

Si tu as appris quelque chose de ce qui précède, j’en suis ravie. Et si tu as un commentaire à ajouter, ou une histoire à partager avec nous pour contribuer à améliorer la vie des autres,  je serais heureuse de te lire!

Celine Clemence Magneche Nde Sika

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4 réflexions au sujet de « Vous les appréciez? Vous les aimez? Dites-le leur. Pendant qu’il est encore temps! »

  1. Très contente de vous lire Mme Sika, votre témoignage est tellement émotionnel et riche. C’est vrai nous devrons apprendre à exprimer notre reconnaissance du vivant de la personne. Merci et courage.

    • Salut, Germaine,

      Et merci pour ton feedback! Oui, la gratitude n’est pas toujours la chose la mieux partagee parmi les humains. Exprimer sa reconnaissance pour des services recus et librement offerts, qui ont impacte notre vie d’une facon ou d’une autre, n’est simplement pas possible pour certaines personnes a cause des egos surdimensionnes, du sentiment erronne qu’ont certains que les autres leur doivent tout et eux rien en retour, meme pas un simple et gratuit merci. C’est incroyable, n’est-ce pas? Mais la vie est ainsi faite et ce genre de choses ne disparaitra pas du jour au lendemain sans de serieux efforts. Il faut effectivement une longue et patiente sensibilisation des uns et des autres sur la necessite de revenir aux choses de base qui mettent l’être humain au – dessus des animaux.

      Nous devons revenir au savoir-vivre que certains ne connaissent pas du tout.

      A la civilisation car dire « Merci » apres avoir recu un service de quelqu’un qui aurait pu choisir librement de ne pas rendre ce service c’est faire preuve d’elegance, de savoir-vivre j’allais dire. Cela commence a la maison avec nous-memes qui devons systematiquement dire « Merci, S’il te plait, Je suis desolee, Excuse-moi, etc. » a nos enfants, partenaires, et tous ceux qui nous entourent. Et cela continue dehors avec nos amis, au boulot avec nos collegues, dans la famille avec nos freres et soeurs et parents, nos voisins, etc. Si mes ecrits peuvent aider a corriger ce comportement et aider les uns et les autres a semer et cultiver la gratitude, sincerement, je serai comblee.

      A ton bonheur!

      Celine Magneche Nde Sika

  2. Bonsoir Céline!
    Je n’ai pas eu à terminer la lecture pour comprendre de quoi il est question ou d’en tirer une leçon.
    Il s’agit tout simplement d’un fait culturel (encré dans les mentalités des gens de ce terroir que nous deux connaissons parfaitement bien)
    En fait connaissez vous combien de personne dans notre terroir qui sache demander pardon? dire merci? dire Excuse-moi?
    Pourtant le faire nous évite les remords et le sentiment de culpabilité au moment où les personnes concernées viennent à disparaitre.
    Pour vous citer un cas vécu sans détailler, avant la disparition de mon père en décembre 1991, il tint un conseil de famille durant lequel il demanda pardon à tous ces enfants, ces frères et ses épouses qu’il avait pu offenser d’une manière ou d’une autre. La réciproque eu également lieu ce même jour.
    Depuis nous sommes restés unis et soudé dans nos joies et nos peines. Sans être chrétien, il nous a administré une bonne leçon d’amour. Contrairement aux autres voisin, nous sommes exempté des rites traditionnelles pour avoir la paix. Pour le respect des traditions de mon terroir, je ne peux détailler plus.
    Cordialement.
    Pierre SIMO.

    • Pierre Marie bonjour!

      Et merci pour ta sortie! Et pour cet éclairage qui nous illumine et nous aide à comprendre l’importance de s’aimer et surtout de démontrer cet amour en demandant pardon lorsqu’on a offensé son prochain.

      Nous sommes tous des humains et pouvons, de façon consciente ou inconsciente, heurter /offenser les autres. Si nous avons la chance de le réaliser par nous-mêmes, ou alors si ces personnes offensées nous le font savoir -et nous devons savoir que si ces personnes nous le font savoir, c’ est par amour pour nous, et non par méchanceté-, demander pardon, sincèrement, sincèrement, du fond du coeur, est ce que nous devons faire. C’est un geste noble qui, au lieu de nous rabaisser comme beaucoup le croient et nous grandit.

      Oui, demander pardon lorsqu’on a offense l’autre, dire « Je suis désolée, excuse-moi »; dire « S’il te plait » lorsqu’on a besoin d’un service; ou « Merci » lorsqu’on nous rend service, n’est pas la chose la mieux partagée. Hélas, non! Regardez autour de vous, et vous serez édifié. Que ce soit les parents ou les enfants, les frères et soeurs, les voisins, les collègues, les passants dans la rue, on ne sait plus dire ces mots merveilleux qui ont le pouvoir de faire bouger des montagnes, créer l’harmonie, ouvrir les portes les plus hermétiquement fermées; apaiser les coeurs et réconcilier même les ennemis. Tout le monde prend tout le monde pour acquis, et trouve que ces mots appartiennent à un autre âge, ou alors ne sont utilisés que par des imbéciles ou des faibles, comme quelqu’un me l’a dit il y a quelque temps.

      C’était un parent, un ainé a qui j’avais demandé pourquoi il aboyait toujours lorsqu’il s’adressait à ses enfants et ses épouses, et pourquoi il ne disait jamais « S’il te plait » ou « Merci » .

      « Dire s’il te plait? Pourquoi? Je ne suis pas un faible type! Je dois démontrer que je suis le coq dans ce poulailler. Je dois asseoir mon autorité. Si non, ils vont tous me marcher dessus. »

      Ces mots, qui ne sont pas utilisés par des faibles ou des imbéciles comme ce parent le pense encore et toujours (il continue d’aboyer lorsqu’il ouvre la bouche pour parler aux siens, ignore ces derniers lorsqu’il n’a pas besoin d’eux et ne leur adresse la parole que pour aboyer et exiger des faveurs et qu’on lui rende service, pour ne pas dire merci après, ou même accuser réception des cadeaux reçus), mais par des gens assez intelligents pour savoir que ces mots ont le pouvoir de faire obtenir ce que nous souhaitons sans écraser les autres dans le processus, et aussi le pouvoir de nous épargner des remords, le sens de la culpabilité et surtout nous libérer d’une prison ou nous nous serions enfermé nous-mêmes.

      Nous devons changer cela, je veux dire faire chacun, à son niveau, les efforts qu’il faut pour changer ce paysage affreux. Prêcher par l’exemple. Surtout cela. Et ne pas hésiter à interpeller ceux et celles qui ont ce comportement affreux. Ce n’est pas facile, mais c’est possible et surtout nécessaire.

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