L’écriture, les prédateurs sexuels et les autres…

Il y a quelques jours je suis allée dans une ambassade demander le visa Schengen pour voyager en Europe et, lorsque la dame qui m’a servie m’a demandé ce que je fais pour gagner ma vie et que je lui aid dit que j’écris, elle a marqué une pause, m’a regardée longueument et s’est exclamée par la suite:

“Ah, c’est donc votre mari qui travaille!”

“Ecrire c’est un métier, Madame, même si l’écrivain est Freelance. Vous avez certainement entendu parler de Paulo Coelho, J.K.Rowlings, Chimamanda Ngozi Adichie, et tous ces hommes et femmes qui vivent de leur plume,” lui ai-je répondu.

Pour cette dame comme pour plusieurs autres personnes, l’écriture, tout comme la comédie et le football il y a quelques années, n’est pas un boulot. Il faut avoir un boulot de 9-5 pour être considéré travailleur ou travailleuse. Même celles qui sont femmes au foyer continuent à être considérées comme des oisives. Faire le ménage, les courses, faire la cuisine, la lessive, la vaisselle, repasser le linge, s’occuper de sa famille, régler les conflits, encadrer les enfants après l’école, gérer l’intendance, organiser les voyages de la famille, les évènements de la famille, et plusieurs autres choses, certains continuent à croire que tout ceci n’est pas un boulot. Même les femmes elles-mêmes. Il est temps de corriger cela surtout aujourd’hui où de plus en plus de personnes choisissent de travailler pour vivre et non plus de vivre pour travailler et ce, contre un salaire de misère paée par des employeurs qui vous utilisent, au sens propre comme au sens figuré, pour construire leur richesse et assouvir leurs pulsions sexuelles. Etre son propre boss, faire ce que l’on aime, choisir à qui offrir ses services et gérer son propre emploi de temps n’est plus un luxe mais un choix que de plus en plus de personnes font aujourd’hui.

Certes, c’est difficile parfois, surtout lorsque l’on est à ses débuts et que l’on cherche à construire une clientèle fidèle. Mais, la passion, la perséverance, le travail bien fait et le temps finissent par faire leur effet et produire les résultats escomptés. Et, c’est toujours infiniment mieux de travailler pour soi-même que de le faire pour quelqu’un d’autre pour qui vous n’êtes qu’un objet qu’il utilise pour prospérer et qu’il exploite sexuellement et tranquillement parce qu’il sait que vous êtes foiré et avez besoin de ce boulot, que vous n’oserez pas le dénoncer et que, même si vous le faites, personne ne vous croira, et certains vous blameront même d’avoir créé des conditions pour que le prédateur opère. C’était le cas jusqu’à il y a peu. Mais les choses ont commencé à changer depuis queques semaines du côté des USA, du Canada et de l’Europe. Bill Cosby, Kevin Spacey, George  H W Bush, James Toback, Ben Affleck, Kalanick, Harvey Weistein, Tariq Ramadan, tous des hommes puissants qui ont utilisé leur pouvoir et leur argent pour utiliser les plus vulnérables. Des hommes qui ont sévit pendant des décennies sans que personne ne lève le moindre petit doigt pour dénoncer leur comportement horrible alors que cela se savait.

Cela se savait mais personne n’a rien dit, même ceux qui pouvaient et devaient le faire. Un silence, un environnement et une société qui ont permis à ces hommes de continuer à prospérer jusqu’à il y a quelques semaines. Parce que la vérité finit toujours par émerger et surnager comme l’huile sur l’eau. Finalement les victimes, trop longtemps opprimées, ont eu le courage de parler pour dénoncer, interpeller la société sur son silence et demander que des actions soient prises pour que plus jamais personne n’use et abuse de l’autre sexuellement sans son consentement. Pour que plus jamais personne n’utilise son statut, pouvoir ou richesse pour exploiter sexuellemet les plus vulnérables.

A quand l’Afrique comme le disait feu Professeur Joseph Ki Zerbo? Quand est-ce que les langues vont enfin se délier en Afrique parce que, ici aussi, les femmes et les hommes sont victimes de harcelllement sexuel et de viol par d’autres femmes et hommes qui utilisent leur pouvoir, statut et richesse pour abuser des autres. Ces prédateurs sont parmi nous, vivent avec nous, travaillent avec et auprès de nous. Ce sont des politiciens, des businessmen, des pasteurs et autres prêtres, des enseignants,  et j’en passe. Nous choisissons de fermer les yeux sur leur comportement condemnable et nous nous concentrons plutôt sur leur argent et leur succès.

Comme plusieurs femmes africaines, j’ai été moi aussi victime de harcèlement sexuel. A plusieurs reprises par ceux-là même en qui j’avais confiance. Des prêtres, mes enseignants, mes patrons. J’ai abandonné le chemin de l’église à cause du harcèlement sexuel des prêtres. Mon dossier de recrutement dans une université au Cameroun a disparu  parce que j’avais refusé les avances de mon boss. Quant à ma Maîtrise préparée à l’Université de Yaoundé -j’avais régulièrement suivi les cours, participé à tous les examens et soutenu mon mémoire avec brio-, je ne l’ai jamais eue parce que le président du jury a confisqué le procès verbal de la soutenance et est mort avec le document il y a quelques années. La raison? J’avais refusé de passer par le canapé comme toutes les filles qui avaient la malchance de lui plaire le faisaient. Le doyen de l’université en avait besoin pour me délivrer mon diplôme. Lorsque j’ai sollicité l’aide de directeur de mémoire, il m’a recommandé de passer par le canapé du prédateur comme le faisaient les autres filles. J’ai abandonné mon diplôme parce que j’avais et j’ai des principes qui me guident et que rien ni personne ne peut piétiner. J’avais aussi une autre option. En effet, je préparais cette maîtrise tout en étant étudiante en formation dans une école au Cameroun. Plusieurs de mes camarades d’université n’avaiet pas ce choix et ont simplement abandonné l’école parce que, comme moi, elles avaient des principes, une dignité et ne voulaient pas se salir. Elles ne voulaient pas être associées à des personnes pouries.

Pendant que j’attendais mon recrutement dans cette université que j’ai mentionnée plus haut, je travaillais comme vacataire et jouais en même temps le rôle de conseillère auprès des jeunes filles qui me sollictaient tout le temps pour les aider à repousser les avances de leurs enseignants qui menaçaient de leur donner de mauvaises notes si elles les repoussaient.

A quand? Nous devons parler pour dénoncer ces comportements innacceptables et contribuer à ce que les choses changent. C’est nous qui ferons changer les choses et personne d’autre et, lorsque je parle de nous, je veux dire les hommes et les femmes. Parce que les victimes c’est les épouses, les mamans, les soeurs, les filles, les tantes, des autres, de ceux-là qui regardent et laissent faire ou regardent ailleurs pendant que tout ceci se passe.

Ton tour…

Quelle est ton expérience? Partage-la pour que les autres sachent qu’ils ne sont pas seuls et pour que les choses changent! Parle pour changer!

 

 

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