Vivre simplement et vivre heureux est bien possible

 

Maison Kitisuru

Il y a quatre mois j’ai décidé de tout vendre chez moi et de ne vivre qu’avec le strict minimum: deux plats, deux cuillères, deux fourchettes, deux verres à eau et à vin, deux cuillères à café, deux petites marmites, deux couteaux de table, deux tabourets, une petite table. Mon lit même je l’ai vendu et me suis contentée du matelas posé à même le sol plus quelques draps. Mes chaussures, vêtements et autres sacs à main, qui m’étouffaient et ne suffisaient plus dans mon placard, ont été bien accueillis par les organismes de charité à qui j’ai donnés. Ma voiture, je ne l’ai utilisée et ne l’utilise plus que pour aller là où les transports publics n’arrivent pas ou alors lorsque ceux-ci ont arrêté de travailler. La nourriture et tous les autres produits de première nécessité, je les achetais lorsque j’en avais vraiment besoin, et plus du tout pour les avoir en stock à la maison comme par le passé.

Pourquoi tout ceci, vous allez certainement vous demander? Je voulais expérimenter ce qu’on appelle aujourd’hui le minimalisme. Vivre simplement, avec le strict nécessaire. Oui, je voulais voir si je peux vivre simplement, si je peux survivre à l’absence de ces biens matériels et être heureuse. Je suis heureuse de confesser aujourd’hui que oui, j’ai survécu et découvert avec émotion et beaucoup de satisfaction que nous pouvons vivre simplement et être heureux!

Parce que le bonheur n’a rien à voir avec 60 paires de chaussures et autant si non plus de robes, sacs à main, chapeaux, bijoux, voitures, maisons, ordinateurs et autres gadgets, etc.

Lorsque nous sommes arrivés à Nairobi il y a quelques années, nous avons loué la maison ci-dessus, que nos amis appelaient un château: un immense duplex avec six chambres, autant de salles d’eau, deux grands salons, une immense cuisine, une cheminée, un grand et très beau jardin, un grand et moderne bungalow, une deuxième maison dehors avec deux chambres, une maison fabuleuse en un mot. Les fournitures que nous avions ramenés du Burkina Faso étant insuffisants pour meubler toute cette maison, nous en avons achetés de nouveaux. Il fallait aussi recruter un personnel de maison pour nous aider à entretenir le duplex. Avant que notre fils ne nous quitte pour aller à l’université poursuivre ses études, il y avait déjà des chambres qui n’étaient pas occupées, et des parties entières de la maison qui n’avaient jamais été utilisées! Seules quelques chambres et la salle de télévision où nous passions le plus clair de notre temps et où nous mangions aussi et recevions nos invités étaient utilisées.

Pouvions-nous payer le loyer? Oui.

Avions-nous besoin de tout cela? Non.

Alors, pourquoi nous sommes-nous embarqués dans cette…aventure agréable, certes, mais coûteuse? Parce que nous avions pris nos désirs pour nos besoins, ce que plusieurs d’entre nous font d’ailleurs, au risque de se retrouver entrain de vivre au-dessus de leurs moyens. Le loyer de cette maison, les factures (eau, électricité, antenne parabolique, etc.), le salaire du personnel de maison, des gardiens du jour et de nuit, l’entretien du jardin, et j’en passe, tout cela tournait autour de 3000 Dollars par mois. Beaucoup d’argent à Nairobi!

Confondre ses désirs –par exemple, je veux un bouquet de 200 chaînes de télévision alors que je n’ai jamais le temps de m’asseoir et regarder la télévision; je veux cette marque de voiture et pas plutôt celle-là; je veux une voiture neuve alors qu’une voiture de seconde main ferait très bien l’affaire; je veux une deuxième, troisième ou même quatrième voiture (notre voisin de Nairobi en avait sept dans son garage); je veux un deuxième, troisième ou même un quatrième téléphone portable iPhone et cette fois-ci doré, etc.- avec ses besoins –manger, s’habiller, faire ses études, acheter ses médicaments, etc.- est dangereux et peux entraîner des conséquences dramatiques surtout si on n’a pas les moyens de sa politique.

En effet, lorsque tu utilises ta carte de crédit, c’est-à-dire de l’argent qui ne t’appartient pas –oui, cet argent auquel ta carte de crédit te permet d’accéder n’est pas ton argent! -, et que tu utilises aux conditions fixées par la banque qui te l’a prêté, lorsque tu contractes un prêt à ta banque ou à quelqu’un d’autre, ou alors puises dans ton épargne pour satisfaire ces désirs dont tu peux très bien te passer, tu ne fais du bien ni à toi-même, ni à ta famille, ni aux autres. Pire, tu entretiens l’illusion selon laquelle tu seras heureux une fois ces désirs satisfaits, détruis ton filet de sécurité, et t’installes dans un cycle de dettes dont il te sera difficile sinon impossible d’en sortir!

Je sais que plusieurs d’entre nous redoutent le qu’en dira-t-on et toucheraient même le diable pour impressionner les autres ou faire comme les autres, éviter les moqueries et maintenir le paraître, oubliant que l’on n’a aucun contrôle sur ce que les autres pensent, et qu’il y aura toujours des gens pour jaser quoique l’on fasse, parce que la vie est ainsi faite.

Si tu te reconnais dans ce que je viens de dire, et penses que tu en as plus que assez d’être victime de la dictature sociale, et qu’il est temps de rectifier pour vivre enfin ta vie, et pas celle que les autres dictent, voici quatre trucs qui pourront t’aider à y parvenir:

  • Souviens-toi à tout moment que le bonheur n’a rien à voir avec l’accumulation ou l’acquisition des biens matériels, comme je l’ai dit plus haut. Que cette accumulation, le superflu nuisent plutôt, stressent et coûtent chers
  • Rester imperméable aux qu’en dira-t-on est absolument nécessaire si tu veux vivre la vie que tu désires et que tu mérites.
  • Se comparer aux autres est la recette la plus efficace pour être éternellement insatisfait et malheureux car il y en aura toujours un qui a plus ou est mieux que soi
  • Se rappeler à chaque instant que le bonheur vient de notre intérieur et que c’est chacun de nous qui le définit. Et c’est absolument personnel.
  • Avoir un budget réaliste et surtout supprimer tout les extras et autres superflus et accessoires est nécessaire pour réduire nos charges économiques, nous concentrer sur ce qui est dans notre zone de contrôle et construire notre présent et avenir ainsi que ceux de notre famille. Parce que l’avenir se construit aujourd’hui. AUJOURD’HUI!

Ton tour:

Quels sont ces désirs ou ces objets qui empoisonnent ta vie et dont tu rêves de te passer sans succès? Commences par en faire une liste et ensuite le nettoyage. C’est dur mais tu y parviendras. Less is better, je t’assure! Agis, maintenant, et tu te sentiras que mieux.

 

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A la fin, lorsque tout est dit et fait, notre seul et véritable bien c’est notre tombe

 

 

ImageAvant de tomber malade, mon père, qui avait pris sa retraite il y avait de cela quelques années, était écrivain public, une activité qu’il aimait beaucoup car elle lui permettait surtout de s’occuper, de passer du temps avec ses amis retraités comme lui, et de donner un coup de main   à toutes ces personnes perdues dans le labyrinthe de l’administration camerounaise.

Sa machine à écrire manuelle, qu’il avait refusé d’échanger contre une électronique, était son bien le plus précieux, qu’il protégeait et soignait plus qu’un bébé. Lorsqu’il rentrait du travail le soir, après l’avoir nettoyée et cirée pendant des heures toujours avec un plaisir renouvelé, il la gardait soigneusement dans un coin de la maison où personne n’avait alors le droit de passer. Je me souviendrais toujours de ses colères mémorables chaque fois que l’un de nous devait déplacer cette machine pour nettoyer le sol ou alors passer dans ce coin pour récupérer quelque chose. Il menaçait alors le malheureux ou la malheureuse des pires sanctions si, par mégarde, inattention ou malchance, quelque chose arrivait à sa machine pendant que cette personne était dans le coin. Lorsqu’il est tombé malade, nous avons transféré sa machine à écrire dans une caisse et rangé dans une chambre dans l’espoir qu’il se remettrait vite de sa maladie pour l’utiliser encore. Mais papa est mort sept ans après le début de sa maladie. Nous avons oublié la machine à écrire jusqu’à il y a quelques jours lorsque ma fille, en voyant une photo de son grand père sous un grand parasol entrain de saisir un texte, m’a demandé où était passé cette machine.

Papa n’était pas riche.  Mais il avait ce bien qui lui était précieux, sa machine à écrire. Lorsqu’il est décédé, il ne l’a pas amenée avec lui dans l’au-delà. Il n’a rien amené d’autre d’ailleurs avec lui, pas même ses deux cabanes qu’il avait construites au village, encore moins ces dizaines de bouteilles de bière et de soda qu’il avait accumulées pendant des années et qu’il nous faisait nettoyer régulièrement, dans l’attente du jour où il pourrait ouvrir enfin son débit de boisson. Il n’est parti qu’avec ce cercueil que nous avons bien voulu lui offrir, déposé au fond de ce petit trou de quelques mètres carrés que nous avons bien voulu creusé pour lui. Après s’être battu toute sa vie pour offrir à sa famille une vie digne, un toit sur notre tête, une éducation de qualité à ses enfants, avec les moyens dont il disposait ; après avoir passé sa vie à aider et conseiller des hommes, des femmes, des enfants de tout âge afin qu’ils puissent vivre la vie qu’ils désirent et qu’ils méritent, afin qu’ils puissent vivre une vie bien meilleure, à sa mort, nous n’avons pu lui offrir que ce petit trou. Pouvions-nous faire autrement ? Non, car au soir de la vie, à l’heure de la vérité, lorsque tout est dit et fait, pour notre dernier voyage, notre unique et véritable bien c’est notre tombe. Pas même le cercueil, les vêtements ou toutes ces couronnes de fleurs que ceux et celles qui nous survivent nous offrent car ils se désintégreront.

Comme mon papa, aucun mort n’a jamais rien emporté au moment de quitter le monde des vivants : riche, pauvre, président de la république, balayeur de rue,  directeur d’entreprise, baby sitter, plombier, directeur général, citadin, villageois, roi, reine, prince, ou sujet ordinaire. Au soir de notre vie, nous partons comme nous sommes venus : nu. Bras ballants.

Kadhafi, qui avait toutes sortes de richesses et de bien, tout ce que nous pouvons imaginer, et même l’inimaginable, est quelque part dans un trou dans le désert. Nu.

Félix Houphouet Boigny, Omar Bongo Ondimba, Gnassingbe Eyadéma, et toutes les autres personnalités qui étaient à la tête de grandes fortunes sont certainement enterrés dans de beaux mausolées mais ils sont nus là-dedans. lls sont partis les bras ballants. Sans rien emporter avec eux.  Rien.

Lady Di, Steve Jobs sont eux aussi quitté ce monde les bras ballants, avec sur eux ce que nous, les vivants, avions bien voulu leur mettre sur le corps.

Vous aussi, moi-même, quitterons ce monde sans rien, avec pour unique possession notre tombe, si quelqu’un veut bien en creuser une pour nous.

Alors, pourquoi, connaissant cette vérité crue, toutes ces batailles, toute cette violence, tout ce mal que nous commettons les uns aux autres ? Pourquoi nous nous battons, parfois armes au poing, pour acquérir, acquérir et toujours acquérir, n’hésitant pas à piétiner, vilipender, abuser, violenter, écraser, exploiter, tuer, spolier ? Pourquoi nous nous battons tant pour avoir autant et laisser tout derrière nous quelques années après, en échange d’un bout de terre ? D’un tout petit bout de terre ?

Pour satisfaire notre moi, notre moi et rien que notre moi. Que les autres croupissent dans la misère la plus noire et absolue, ou crèvent de faim et de soif, ou de maladies, n’est pas notre tasse de thé. Mais, pendant combien de temps ce moi, que nous sommes prêt à tout pour satisfaire, sera sur cette terre ? Et, surtout, de quoi a vraiment besoin ce moi pour être sur cette terre :

-de 30.000 hectares de terres comme l’a déclaré un des candidats aux dernières élections présidentielles du Kenya, terres qui, selon les kenyans, auraient été arrachées aux populations locales qui, aujourd’hui, n’ont aucun endroit où poser leurs têtes ou cultiver pour se nourrir ?

Et ces 30.000 hectares ne seraient que la pointe de l’iceberg car ce monsieur et sa famille seraient propriétaires de la moitié du pays.

  • de 50 voitures dans notre parking, toutes aussi sophistiquées les unes les autres, alors que des pères et mères de famille se font éjecter des bus de transport et écraser parce qu’ils n’ont pas les 10 Kenya Shillings qui leur manquent pour compléter leur ticket de transport ?
  • de de cette résidence de 150.000.000 de Kenya Shillings dans laquelle nous vivons, sans compter toutes ces autres résidences secondaires disséminées aux quatre coins du pays et du monde pendant que des familles entières dorment à huit dans une chambre en tôle, dans un de ces nombreux bidonvilles qui entourent nos belles capitales africaines, sans toilettes, sans eau potable, sans électricité, sans aucune intimité, les uns sur les autres, les parents obligés d’avoir des relations sexuelles devant leurs enfants ?
  • de tous ces millions que nous volons de façon éhontée des caisses de l’Etat, ou détournons de l’aide au développement destinés à construire des écoles, des hôpitaux et des routes pour rendre la vie des millions de nos frères et sœurs moins douloureuse ?

Nous n’avons pas besoin de tout cela pour vivre. Mais pourquoi alors cette course effrénée pour avoir, avoir et toujours avoir ? 

Si notre motivation c’est une vie à l’abri du besoin, une vie décente, alors il est temps de rectifier car nous pouvons vivre décemment avec moins que tout ceci. Beaucoup moins que tout ceci. Si c’est le bonheur que nous recherchons en faisant main basse sur tout, à tout prix, alors détrompons-nous car la possession des biens matériels n’a jamais été et ne sera jamais synonyme de bonheur.  Aujourd’hui, celui qui n’a pas n’est pas. J’ai, donc je suis. Si je n’ai pas, alors je ne suis pas. Alors, pour avoir, tout est permis, absolument tout, et la fin justifie les moyens. Si je dois tuer, violer, mentir, trahir, faire emprisonner, truquer les élections, soumettre, acheter les consciences, détourner de l’argent, escroquer, pour avoir, alors je le fais car c’est la fin qui importe. Mais, quelle fin ? Quelle fin si, après tout, après avoir fait tout cela, la vérité c’est que nous n’avons rien ?

Il y a des vérités que nous devons connaître et faire connaître, pour notre bien, mais aussi celle des autres. De l’humanité. Et une de ces vérités c’est que, oui, à la fin, lorsque tout est fait et dit, rien ne nous appartient. Même pas ce bout de terre dans lequel on nous enterre, car nous pouvons en être éjecté un de ces jours si les vivants en décident ainsi. Même pas ce petit carré au cimetière dans lequel on place provisoirement nos cendres parce que nous pouvons également en être éjecté si les vivants cessent de payer les frais de location. Lorsqu’ils n’ont pas simplement décidé de jeter vos cendres dans la mer.

Pensons-y. Méditons cela. Tous les jours. Sérieusement. Répandons cette vérité autour de nous car sa possession pourrait nous épargner tant de souffrance, de tragédies, de confiscation de pouvoir, avec tout ce que cela suppose. Et souvenons-nous que, le monde, la vie est une scène de théâtre, et nous, des acteurs. Shakespeare l’a dit. Avec raison. Lorsque nous sommes sur cette scène de théâtre qu’est la vie, chacun de nous doit mettre un point d’honneur non seulement à jouer son parfaitement rôle, mais aussi à profiter de cette vie lorsque nous en avons encore la force, et nous assurer que les autres en font autant.

 Tout le reste n’est que perte de temps.

Savoir c’est pouvoir. Pouvoir rectifier, corriger, améliorer, relativiser, et aider les autres à en faire autant. Ensemble nous pouvons construire un monde plus heureux et pacifique. Où chacun a sa place. Où personne ne se sent exclu. Où chacun vit la vie qu’il désire et qu’il mérite. C’est possible, si chacun fait sa part. Qu’en penses-tu ? Ton avis est la bienvenue. Ton aide, aussi.

A ton bonheur !

 

Céline Magnéché Ndé Sika

Nous n’avons pas besoin de consommer pour être heureux ou prouver à ceux que nous aimons notre amour

Plus d’un mois déjà que les fêtes de fin et début d’année sont passées. A cette occasion nous avons dépensé des sommes absolument incroyables pour acheter et offrir des cadeaux à nous-mêmes, nos collègues, nos amis. Des cadeaux qui, très souvent, se révèlent inutiles parce que les bénéficiaires ont déjà tout ou presque, en tout cas plus qu’il n’en faut pour eux. Ou carrément obsolètes quelques jours après les fêtes comme dans le cas des gadgets électroniques qu’il faut update tous les trois mois, par exemple. Ces cadeaux que nous avons acquis en dépensant des sommes folles, et que les bénéficiaires acceptent souvent pas pure courtoisie, finissent donc très souvent à la poubelle -et plus tard dans notre environnement que nous contribuons allègrement à détruire-, ou dans nos salles de débarras où ils y resteront des années, couverts de poussières ou rongés par l’humidité ou des rats et autres cafards.

Nous vivons dans une société où tout est parfaitement et soigneusement orchestré pour nous pousser à consommer et à toujours consommer, même lorsque nos besoins sont satisfaits, largement satisfaits. Parce qu’il faut vendre, se faire de l’argent. Parce que l’économie doit tourner même si c’est aux dépends des consommateurs et de la nature. Un des arguments utilisés avec succès par les média et la publicité pour convaincre les plus sceptiques à rejoindre les rangs de ceux et celles qui achètent des choses dont eux-mêmes ou d’autres bénéficiaires n’ont pas besoin, avec l’argent qu’ils n’ont pas parfois, c’est que notre bonheur est associé à la consommation.

« Offrez-vous telle chose et vous serez heureux.» « Vous voulez gagner le cœur de votre dulcinée ? Offrez-lui tel cadeau et elle sera à vous éternellement ! »

« Voulez-vous avoir des enfants heureux, une épouse ou un époux heureux ? Offrez-leur le dernier gadget à la mode, le véhicule dernier cri ! ».

Et nous nous laissons prendre à ce piège grossier que notre naïveté ne nous permet pas de déceler et d’éviter. Pourtant, la réalité est bien autre : le bonheur n’est pas un don. Acquérir des objets ou du matériel ne vous rendra pas heureux, ou alors vous penserez l’être pendant un moment mais une fois l’euphorie de l’achat passée, vous reviendrez à la case départ qui s’appelle insatisfaction. Pourquoi ? Parce que le bonheur n’est pas ailleurs pour être poursuivi : il est en vous. C’est un état d’esprit. C’est un choix que nous pouvons faire et une expérience que nous pouvons parfaitement vivre, au quotidien, sans avoir besoin de béquilles comme ces cadeaux que nous nous ruinons pour acquérir. Notre bonheur dépend de la qualité de nos pensées comme disait si bien Marc Aurel. Il ne dépend ni des autres, ni des objets que nous recevons ou pourrons recevoir ou acquérir. Nous n’avons pas besoin de consommer pour être heureux.

En effet, ne croyez pas que vous rendrez les autres heureux en les noyant de cadeaux, parce qu’il n’y a pas de relation de cause à effet entre le cadeau et le bonheur. Combien d’épouses ou d’époux baignant dans le luxe absolu sont tristes et malheureux ? Combien d’enfants gâtés par leurs parents sont désespérément seuls, tristes, fâchés, malades de solitude parce que coupés justement du monde extérieur par les cadeaux reçus ? Combien d’épouses/d’époux interrompent leur relation alors qu’ils/elles avaient une vie de roi ou de reine ? Combien d’enfants fuguent, ratent leur vie alors qu’ils avaient tout pour réussir ? Le bonheur ne coûte pas cher. Il ne devrait pas coûter cher. C’est un bien que l’on possède déjà en nous et dont nous devons tout simplement reconnaître l’existence, apprécier, cultiver et arroser comme une plante pour qu’il vive.

Pour montrer à nos êtres les plus chers combien nous les aimons, nous n’avons pas besoin de nous ruiner et de ruiner notre environnement. Un gâteau que nous avons préparé nous-mêmes, un beau poème que nous avons écrit pour eux, un beau bouquet de fleurs ou une rose que nous remettons à notre chère moitié à la sortie de son travail, une belle blague de temps en temps, une partie de ping pong avec notre fils ou notre fille ou encore ce match de football de son équipe préférée auquel nous assistons avec lui/elle, un album photos avec toutes les photos de son enfance commentées par des parents, des amis, jusqu’au moment où vous lui offrez ce cadeau original, une réelle implication dans la vie scolaire –choix de l’établissement scolaire et paie de la pension scolaire mais aussi participation aux réunions des parents des élèves, réunions et rencontres avec les maîtres/professeurs de tes enfants pour discuter avec ces derniers de l’éducation de vos enfants, des difficultés qu’ils pourraient avoir et de l’aide que vous pourrez apporter aussi bien aux maîtres qu’a vos enfants à la maison, etc.- et personnelle de vos enfants –parce que tout ne se réduit pas aux études de vos enfants : ces derniers ont une vie personnelle qui n’est pas souvent facile à gérer-, dans la vie à la maison –participation aux tâches domestiques, soins aux enfants, etc.-, ces cadeaux inoubliables ne coûtent pas chers. Et ne nuisent à personne. Au contraire : ils sont la preuve que vous les aimez vraiment.

Les fêtes ne manquent pas. Bientôt c’est la Saint Valentin. Vous êtes probablement déjà entrain de penser au cadeau que vous offrirez à votre partenaire. Il serait intéressant de repenser le type de cadeaux que vous offrez aux vôtres. Et surtout de repenser l’objectif que vous voulez atteindre en offrant un cadeau. Je suis sûre que, cet exercice fait, vous trouverez le cadeau qu’il faut pour les vôtres, pour atteindre l’objectif que vous vous serez fixé, lequel ne sera plus de les rendre heureux. N’oubliez pas de partager vos idées de cadeaux avec nous, ici. Et n’oubliez pas non plus que less is beautiful.

Céline SIKA

Nous sommes tous responsables

Il y a quelques semaines une étudiante indienne a été sauvagement violée et battue dans un bus en Inde, puis jetée dehors. Sous les yeux de son petit ami, malmené lui aussi, sans que personne ne leur vienne en aide. Les violeurs ont ensuite continué tranquillement leur chemin, comme si rien ne s’était passé, prêts à continuer à vivre leur vie, normalement, comme si rien ne s’était passé. Plus tard, l’étudiante est décédée des suites de cette agression.

Depuis ce triste et regrettable incident qui a poussé dans la rue des millions d’hommes et de femmes en Inde -mais aussi dans le monde entier- horrifiés et surtout révoltés par cette violence permanente contre les femmes qui n’arrête pas et ne semble pas s’arrêter, je me pose des questions. Sur les méthodes d’enseignement utilisées dans les écoles pour éduquer nos enfants, ainsi que le système de parenté que nous-mêmes, parents, utilisons à la maison pour aider nos enfants à devenir des hommes et des femmes épanouis, équilibrés, dotés d’aptitudes dont ils ont besoin pour répondre aux exigences de la vie quotidienne. L’école apprend à nos enfants « à lier le bois au bois pour faire des édifices de bois » comme le dit Cheikh Hamidou Kane dans l’Aventure Ambigüe. Mais comment est-ce qu’elle s’y prend ? Ces hommes et ces femmes qui sont chargés de transmettre ce savoir à nos enfants, ont-ils toujours les outils nécessaires pour créer les conditions et l’environnement nécessaires à un meilleur apprentissage de nos enfants ? Ces enseignants qui mettent leur enseignement et l’atteinte de leurs objectifs éducatifs au-dessus de tout, et sont prêts à insulter, humilier, brimer et marginaliser les enfants qui tardent à comprendre, sont lents à réagir, ou simplement ont des besoins différents de ceux de leurs camarades, sont-ils seulement conscients des dégâts qu’ils causent chez ces enfants et des conséquences qui peuvent découler de ce mauvais traitement ?

Humilier un enfant parce qu’il n’y arrive pas ou tarde à y arriver, lui prédire un avenir médiocre parce qu’il n’a pas obtenu 20/20 en mathématiques, ignorer ses efforts pour ne pas être laissé derrière et le comparer sans cesse avec ses camarades qui font mieux c’est non seulement tuer toute motivation pour l’apprentissage chez cet enfant, mais semer les graines du ressentiment, lequel peut plus tard créer des monstres comme ceux qui tuent froidement ou violent sans états d’âme.

La plupart des systèmes éducatifs mettent l’accent sur l’atteinte des résultats académiques, et ignorent le développement personnel des apprenants. L’aspect humain des apprenants parce que ces derniers, avant d’êtres des apprenants, sont des êtres humains avec des émotions et des besoins autres qu’éducatifs, lesquels devraient être également pris en compte dans tout processus éducatif. L’école ne s’en occupe pas, ou alors très rarement, parce qu’elle n’a pas pris conscience de cet important besoin, ou alors parce qu’elle en a pris conscience mais n’a pas pris les mesure nécessaires pour que ce besoin soit satisfait.

Dans les familles les choses ne sont pas meilleures. Les enfants sont jetés dans l’arène de la vie sans avoir été dotés d’outils dont ils besoin pour répondre avec succès aux exigences de notre temps, de la vie en société, société à laquelle nous tous appartenons et avons le droit d’y vivre, en paix, sans crainte. Comment respecter l’autre si personne ne nous a jamais instruit sur cette question ? Si nous avons toujours vu autour de nous des actes qui sont tout sauf le respect de l’autre ?

Comment résister à l’envie de nous jeter sur l’autre pour lui prendre de force quelque chose si, autour de nous, et tout au long de notre existence, nous avons vu les autres faire la même chose sans être inquiétés ?

Comment traiter notre épouse comme un être humain qui a des droits et mérite du respect si tout au long de notre vie nous avons vu notre papa malmener notre maman, la brutaliser, lui manquer constamment du respect ?

Condamnons l’acte commis par ces hommes parce que c’est inacceptable et intolérable dans une société qui se veut démocratique, et en ce siècle où le respect de la personne humaine, la valeur suprême, ainsi que ses droits, est presque unanimement accepté par tous. Mais surtout interrogeons-nous sur le pourquoi. Où est-ce que nous, en tant que société, parents, éducateurs, gouvernements, avons failli. Le fait qu’il y ait cette extraordinaire violence en général et contre les femmes en particulier, partout, toujours, est un signe que quelque part quelque chose ne marche pas.

L’etudiante violée et décédée des suites de ses blessures ne doit pas être morte pour rien. Son décès nous rappelle que ce monde n’est toujours pas un lieu sûr pour les femmes malgré les engagements pris par les uns et les autres pour promouvoir et appliquer les droits de la femme. Il nous rappelle la déliquescence d’un état qui n’a pas su assurer la protection et la sécurité des citoyens en affirmant et en faisant respecter son autorité. Il nous rappelle que la société encourage, par son silence qui est une forme de complicité, certaines pratiques inadmissibles. Il nous rappelle que la famille ne joue pas toujours son rôle d’orientation et d’encadrement en ce qui concerne l’éducation à la vie de ses membres. Il nous rappelle enfin qu’aux programmes d’enseignement il manque un élément qui doit préparer à la vie.

Son décès mais surtout son courage et sa résistance doivent nous inspirer et surtout nous motiver à exiger et nous battre pour que la violence contre les femmes cesse. Cependant, notre réponse à cet acte barbare doit être holistique. Nous devons continuer à enseigner à nos filles le respect de soi. Nous devons continuer à leur donner des outils pour se défendre contre cette violence et contribuer à ce qu’elle cesse. Mais en même temps, nous devons également éduquer nos garçons, nos hommes. Education aux droits humains et droits de la personne. Education à la vie. Nous devons les aider à acquérir ces compétences dont ils ont besoin pour vivre en harmonie et en paix avec les autres membres de la société, aider à vivre et laisser vivre. Sans oublier d’exiger que les autres parties prenantes (écoles et gouvernements) mettent résolument et activement leurs mains à la pâte pour contribuer à construire une société où chacun a sa place, une société où personne n’est menacé pour quelque raison que ce soit, et surtout pas à cause de son sexe.

Il faut agir. A partir de l’endroit ou nous nous trouvons. Avec les moyens dont nous disposons. En bloguant. En écrivant. En sensibilisant les décideurs et les responsables d’écoles. En créant des groupes de réflexion et de lobbying sur cette question. Il y a plusieurs façons d’agir pour contribuer à mettre un terme à la violence contre les femmes. En connais-tu d’autres ? N’hésite pas à les partager avec nous, ici.

Céline SIKA

Il n y a rien d’anormal à demander de l’aide

Quelques années après que mon père soit tombé malade, nous avons suggéré à notre maman de recruter quelqu’un qui vendrait l’aider quotidiennement à prendre soin de notre papa, puisque maman, qui avait déjà dépassé la soixantaine à l’époque, n’avait pas la force physique nécessaire pour mettre papa au lit, le descendre du lit, le relever lorsqu’il tombait, le nourrir, l’habiller, faire sa toilette toutes les deux heures, le promener, le laver toutes les heures parce qu’il n’était plus capable d’aller aux toilettes seul et souillait très souvent son pantalon.

Il faut dire que notre papa avait été victime d’un accident vasculaire cérébral qui l’a laissé presque végétatif et incapable de faire toutes des choses que nous prenons pour acquises. A notre très grande surprise notre maman a opposé un non catégorique à notre offre. D’après elle, une femme qui laisse quelqu’un d’autre s’occuper de son mari c’est une mauvaise femme, une femme irresponsable, et elle n’en était pas une. “Je suis fatiguée, c’est vrai. J’ai perdu l’appétit depuis longtemps déjà, c’est vrai. Je ne sors plus de chez moi depuis belle lurette, mais je préfère mourir que de laisser les autres s’occuper de mon mari. Lorsque je l’ai épousé je l’ai fait pour le meilleur et pour le pire. J’étais sincère. Je ne changerais pas aujourd’hui où il a plus besoin de moi.“

Et maman s’est occupée de notre papa seule avec l’aide d’une de mes soeurs pendant les sept années que papa a été malade jusqu’à sa mort en Décembre dernier.

J’ai décidé de vous parler de cette histoire parce qu’elle m’a profondément marquée et surtout mis en evidence la trop grande pression que subissent les femmes dans nos societes. On attend d’elles qu’elles soient parfaites, infatigables, omnipresentes, qu’elles ne tombent pas malades. Elles ne doivent pas dire non, ne doivent pas échouer, encore moins se plaindre, et doivent mettre leurs propres besoins et ambitions au placard et satisfaire ceux des autres.

Mais personne n’est un super héros ou une superwoman. Le penser et le dire c’est faire croire que la femme ne peut jamais échouer, tomber malade, être fatiguée.

Ce qui est faux car les femmes aussi sont épuisées, dépassées par les responsabilités, stressées, et ont besoin d’aide pour ne pas ruiner leur santé mentale.

A la mort de notre papa, notre maman n’était plus que l’ombre d’elle-même, amaigrie, victime de palpitations très fréquentes. Après le décès de notre papa, elle a dû passer de multiples examens et suivre un programme de soins recommandé par des médecins. Huit mois après le décès de papa, elle n’a toujours pas totalement recouvré sa santé.

Une femme qui prend le temps de se reposer et de prendre soin d’elle-même n’est pas une mauvaise femme, une femme irresponsable ou une personne égoiste comme la société veut nous faire croire. Nous devons voir les femmes comme elles sont réellement: des êtres humains avec des besoins comme tout autre être humain, comme celui de se reposer, de prendre soin de soi. Nous devons accepter qu’elles ont aussi le droit d’être fatiguées, d’échouer, de se tromper, d’être tristes, stressées, et dépassées par les évènements. Et qu’elles ont le droit et même le devoir de demander de l’aide lorsqu’elles n’en peuvent plus. Et surtout nous devons cesser de véhiculer des idées qui ne corresondent pas du tout avec la réalité, cesser de penser et de propager qu’elles sont des super héroines et qu’elles seront heureuses si elles accomplissent les rôles que la société leur a imposés sans toujours leur donner les moyens dont elles ont besoin pour les assumer.

Alors, que faire pour améliorer la vie des femmes et la nôtre? Nous devons:

-reconnaître tous les rôles que jouent les femmes (ce qui n’est souvent pas le cas), et les aider à s’aimer et accepter les compliments, au lieu de les repousser

-aider les femmes à reconnaître qu’elles ne peuvent pas tout faire,

-les aider à comprendre et accepter que demander de l’aide lorsqu’elles sont épuisées n’est pas un délit,

-les aider à comprendre qu’elles ont le droit de prendre le temps de s’occuper d’elles-mêmes et même de mettre cette activité au premier rang de leur liste des choses à faire.

 Faire ceci c’est les aider à améliorer leur vie et je puis vous assurer que lorsque les femmes sont en santé, lorsqu’elles sont heureuses et épanouies, c’est toute la famille, toutes les personnes de son entourage et même les parfaits inconnus qui en bénéficient.

 Faites-le dès maintenant et vous verez vous-mêmes le changement que vos actes apporteront. Et encouragez les vôtres à en faire autant. Et surtout n’oubliez pas de partagez cette expérience avec nous ici.

 Merci de m’avoir lue et à très bientôt ici pour d’autres tips et trucs pour améliorer votre vie et celle des vôtres!

 Celine SIKA

 

C’est possible de préparer sa retraite quand 1000 personnes comptent sur nous pour vivre

Après avoir lu mon dernier article sur la retraite, Lucienne, une amie à  moi, m’a posé cette question très pertinente: comment préparer sa retraite lorsque 1000 personnes comptent sur toi pour vivre?

Cette question, Lucienne n’est pas la seule à se la poser: plusieurs personnes, surtout en Afrique, se la posent à longueur de journée et d’années, sans toujours y trouver une réponse. Pourtant il le faut bien. J’ai partagé ma petite expérience avec Lucienne, et je voudrais en faire de même avec vous. Voici ma réponse à Lucienne.

Si j’ai décidé de créer ce blog, c’est pour parler des sujets vitaux comme celui de la retraite et des difficultés que nous autres, africains, éprouvons pour préparer cette retraite et faire bien d’autres choses. Tu as bien fait de poser le problème et j’espère qu’ensemble nous allons y réfléchir et trouver une solution parce que, Lucienne, il faut préparer sa retraite. Tu sais aussi bien que moi que c’est absolument nécessaire.

Je crois que tu ne voudrais pas être une charge pour tes enfants demain, n’est-ce pas? Parce que le monde dans lequel nous vivons devient de plus en plus compliqué et nos enfants connaîtront plus de difficultés que nous. Nous le voyons dejà avec tous ces jeunes qui sortent de l’Université et ne peuvent pas trouver un emploi. Nous encore nous avons quelque chose même si ce n’est très souvent pas ce que nous souhaitons. Mais nos enfants, ce ne sera pas du tout évident.

Je crois aussi que tu aimerais pouvoir demain, lorsque tu prendras ta retraite, vivre décemment, couvrir au moins tes frais de base, sans devoir tendre la main, sans déranger personne, même pas ces personnes à qui tu donnes tout aujourd’hui au point de ne pas penser à préparer ta retraite.

Je sais, et je suis d’accord avec toi que nos parents nous ont donné la vie, mais tu reconnais avec moi que nous n’avons pas demandé à naître, Lucienne.

Ils nous ont élevés et envoyés à l’école mais ils ne faisaient que leur devoir de parents, Lucienne. En principe, en principe je dis bien, nous ne leur devons rien. Ils ont contribué à faire de nous ce que nous sommes aujourd’hui en nous donnant de l’affection, en nous protégeant, en nous conseillant (pour ceux et celles qui ont eu la chance que les choses se passent ainsi parce que je connais des parents qui se contentent de te donner la vie et le reste ne les regarde plus) mais, une fois encore, ils faisaient leur devoir de parents. Alors, je pense, et c’est mon point de vue, uniquement mon point de vue, que nous aidons nos parents parce que nous les aimons et ne souhaitons pas qu’ils souffrent ou manquent de quelque chose. Moi je le fais, tu le fais, presque tous les africains le font. C’est une charge absolument terrible, surtout dans nos pays où il n y a pas de sécurité sociale pour prendre en charge nos parents malades, nos frères malades, nos tantes et oncles malades, ce qui fait que tout cela nous tombe dessus.

A côté, il y a les frères, les soeurs, les cousins, les tantes, les oncles, les beaux-pères, les belles-mères,  les neveux, les nièces, les voisins qui attendent et comptent absolument sur nous autres qui avons pu sortir la tête de l’eau pour vivre, pour payer leurs frais d’hôpital, payer la scolarité de leurs enfants, manger, s’habiller, et même boire leur bière.

Nous ne sommes pas Bill Gates mais ça ce n’est pas leur problème. Nous  DEVONS leur donner de l’argent quelque soit ce que nous vivons nous autres et, et je sais que tu es d’accord avec moi, quand tu ne peux pas donner, tu as de sérieux problèmes avec eux car ils te traitent de tous les noms d’oiseaux rares, d’égoïste, etc.

Comment en sommes-nous arrivés la, Lucienne?

Comment pouvons-nous sortir de cette prison comme tu le dis si bien, de ce piège ?

Nous n’aurions jamais dû commencer à donner du moins à ceux et celles qui sont valides, jeunes, forts et peuvent se débrouiller par eux-mêmes parce que cela encourage le parasitisme, la paresse.

Maintenant que nous avons commencé, certaines mesures sont absolument à prendre:

1. Poser des conditions et fixer une limite dans le temps

Tu ne peux pas aider ta soeur ou ton frère et, après eux, commencer à aider leurs enfants et, après leurs enfants, passer à leurs petits enfants. Il faut aider ceux et celles qui veulent vraiment qu’on les aide, et qui montrent clairement qu’ils veulent s’ensortir. Ok, je suis prête à t’aider, mais apporte-moi un plan d’action, un projet bien monté, et surtout ta propre contribution, etc. Et je veux voir tes résultats, ce que tu as fait de ce que je t’ai apporté comme aide.

Et je vais t’aider pendant X temps, et surtout rester ferme et intransigeant car cela met la pression et évite que les gens nous prennent pour une vache qu’ils peuvent traire éternellement.

Moi particulièrement, avec mon mari, nous aidons les nôtres depuis plus de vingt cinq ans maintenant. Je peux te dire que nous avons vu de toutes les couleurs, Lucienne. Nous nous sommes faits escroquer par nos êtres les plus chers, crois-moi, à plusieurs reprises, mais nous avons appris –c’est le plus important- et c’est cette petite expérience qui me permet de te dire ce que je te dis. Nous avons compris à un certain moment que nous ne pouvons pas résoudre tous les problèmes de tout le monde même si on leur donnait TOUT notre salaire tous les mois, et que nous DEVONS ABSOLUMENT mettre NOS BESOINS en première position. Et les plus importants de ces besoins étaient 1) de nous construire une cabane, 2) mettre de l’argent de côté pour l’éducation  de nos enfants et 3) préparer notre retraite.

Nous avons pris la peine d’expliquer clairement a ceux et celles qui comptent sur nous pour vivre notre décision et nos attentes (qu’ils nous comprennent et respectent notre décision), ce que nous pouvions désormais faire pour eux, et ce que nous ne pouvions plus faire.

Cela a été dur, très dur, comme tu peux l’imaginer, mais nous avons tenu bon. Il le fallait car le temps passe et un jour qui est passé est passé et terminé.

Nous avons donc écrit chacun de ces trois projets avec des objectifs bien précis, mis au point un plan d’action, et avons commencé l’implémentation de ces trois projets. Nous avons ouvert des comptes d’épargne pour chacun de nous deux et chacun de nos enfants avec un objectif bien précis, comptes dans lesquels nous mettons systématiquement de l’argent TOUS les mois et même parfois plusieurs fois par mois si nous avons de l’argent qui entre. Et RIEN ne nous détourne de cet objectif, meme pas quand mon père est tombé malade et a été malade pendant sept ans, sept années pendant lesquelles nous avons dû payer tous ses frais d’hôpital parce que, comme la plupart des camerounais, sa pension misérable ne lui permettait même pas de faire vivre sa petite famille.

J’ai payé les frais d’hôpital de mon père, et j’ai continué à aider ceux que nous aidons depuis plus de deux décennies mais sans oublier nos propres besoins, Lucienne.

Nous avons également cessé d’aider les paresseux, les parasites et tous ceux et toutes celles qui pensent que, parce que nous sommes frères et soeurs, nous devons porter leurs croix à eux. Et les pressions de la famille n’ont rien changé à notre décision.

Après avoir aidé nos frères et soeurs, cousins et tantes, nous avons décidé de ne pas aider leurs enfants ou petits enfants car c’est un engrenage sans fin. Nous avons rappeler à leurs parents que nous les aidons pour qu’ils puissent se prendre en charge et s’occuper de leurs familles, ce qui est LEUR RESPONSABILITE, pas la nôtre.

Au lieu de prendre les enfants des frères et soeurs, cousins, oncles et tantes chez nous pour qu’ils vivent avec nous -nous l’avons fait pendant des années-, nous avons décidé de les aider à distance, et cela en fonction de nos moyens, et plus de façon systématique comme par le passé.

Voilà, Lucienne, quelques unes des mesures que nous avons prises et qui nous ont permis à mon mari et moi d’éviter l’asphyxie à cause du poids des charges de la grande famille africaine. Pour me résumer, voici ce que je propose de faire pour préparer sa retraite lorsque 1000 personnes comptent sur toi pour vivre:

1. Aider les nôtres, mais Mettre NOS besoins en PREMIERE position parce qu’il n’y a que nous pour prendre soin de NOUS, vraiment. Si on ne le fait pas, demain nous en paierons les frais et serons la risée de tous et de toutes.

2. Aider nos parents, absolument, dans la mesure de notre possible, parce que nous les aimons. Mais nous devons nous sentir libres de le faire, et ne pas culpabiliser lorsqu’on ne peut pas le faire. La plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a.

3. Discipliner ceux et celles qui nous demandent de l’aide. Aider quand on peut, et si on le souhaite (même le fait d’être frères et soeurs ne nous y obligent pas, mais alors pas du tout). Leur dire CLAIREMENT ce que nous pouvons faire et ce que nous ne pouvons pas faire.

4. POSER DES CONDITIONS à notre aide, fixer des DELAIS et EXIGER DES RESULTATS.

5. AIDER CEUX ET CELLES QUI VEULENT REELLEMENT S’EN SORTIR  et qui le démontrent, et laisser tomber les paresseux et les parasites. Ce sera dur mais c’est vital pour vous et pour eux car cela les forcera à se reveiller et à se mettre au travail.

6. Soyez fermes avec vos décisions et tenez bon, quelques soient les pressions et autres menaces et chantages.

7. S’il le faut,  NAVIGUEZ A CONTRE COURANT. En effet, ce qui vous semble logique, ne l’est pas pour les autres.

8. Et surtout, surtout, commencez à préparer cette retraite DES MAINTENANT si ce n’est pas encore le cas. Mieux vaut tard que jamais dit-on souvent.

Cela peut être très stressant de mettre tout ce qui précède -et bien d’autres choses que je n’ai pas citées car cette liste est très loin d’être exhaustive-  en oeuvre. Et justement parce que cela est stressant, beaucoup n’osent pas le faire et choisissent de souffrir en silence, se poser et reposer cette question. Mais ce qu’ils oublient, c’est que c’est un choix qu’ils font et que, comme tout autre choix dans la vie, celui-la a une incidence sur leur vie, leur avenir et celui de leur famille.

Avant de prendre congé de toi, je voudrais te poser cette question: où en es-tu avec ton projet de retraite? Si tu l’as déjà commence, c’est formidable. Je te suggérerai de l’évaluer. Si tel n’est pas le cas, alors il est temps.

Merci de m’avoir lue. Si tu as aimé, n’oublie pas de partager cette information avec les tiens, entièrement, en indiquant le lien du blog.

Si tu as appris quelque chose d’utile qui pourra t’aider à améliorer ta vie, alors reviens pour d’autres tips et trucs dans les prochains articles.

Affectueusement vôtre,

Céline Sika