Vivre simplement et vivre heureux est bien possible

 

Maison Kitisuru

Il y a quatre mois j’ai décidé de tout vendre chez moi et de ne vivre qu’avec le strict minimum: deux plats, deux cuillères, deux fourchettes, deux verres à eau et à vin, deux cuillères à café, deux petites marmites, deux couteaux de table, deux tabourets, une petite table. Mon lit même je l’ai vendu et me suis contentée du matelas posé à même le sol plus quelques draps. Mes chaussures, vêtements et autres sacs à main, qui m’étouffaient et ne suffisaient plus dans mon placard, ont été bien accueillis par les organismes de charité à qui j’ai donnés. Ma voiture, je ne l’ai utilisée et ne l’utilise plus que pour aller là où les transports publics n’arrivent pas ou alors lorsque ceux-ci ont arrêté de travailler. La nourriture et tous les autres produits de première nécessité, je les achetais lorsque j’en avais vraiment besoin, et plus du tout pour les avoir en stock à la maison comme par le passé.

Pourquoi tout ceci, vous allez certainement vous demander? Je voulais expérimenter ce qu’on appelle aujourd’hui le minimalisme. Vivre simplement, avec le strict nécessaire. Oui, je voulais voir si je peux vivre simplement, si je peux survivre à l’absence de ces biens matériels et être heureuse. Je suis heureuse de confesser aujourd’hui que oui, j’ai survécu et découvert avec émotion et beaucoup de satisfaction que nous pouvons vivre simplement et être heureux!

Parce que le bonheur n’a rien à voir avec 60 paires de chaussures et autant si non plus de robes, sacs à main, chapeaux, bijoux, voitures, maisons, ordinateurs et autres gadgets, etc.

Lorsque nous sommes arrivés à Nairobi il y a quelques années, nous avons loué la maison ci-dessus, que nos amis appelaient un château: un immense duplex avec six chambres, autant de salles d’eau, deux grands salons, une immense cuisine, une cheminée, un grand et très beau jardin, un grand et moderne bungalow, une deuxième maison dehors avec deux chambres, une maison fabuleuse en un mot. Les fournitures que nous avions ramenés du Burkina Faso étant insuffisants pour meubler toute cette maison, nous en avons achetés de nouveaux. Il fallait aussi recruter un personnel de maison pour nous aider à entretenir le duplex. Avant que notre fils ne nous quitte pour aller à l’université poursuivre ses études, il y avait déjà des chambres qui n’étaient pas occupées, et des parties entières de la maison qui n’avaient jamais été utilisées! Seules quelques chambres et la salle de télévision où nous passions le plus clair de notre temps et où nous mangions aussi et recevions nos invités étaient utilisées.

Pouvions-nous payer le loyer? Oui.

Avions-nous besoin de tout cela? Non.

Alors, pourquoi nous sommes-nous embarqués dans cette…aventure agréable, certes, mais coûteuse? Parce que nous avions pris nos désirs pour nos besoins, ce que plusieurs d’entre nous font d’ailleurs, au risque de se retrouver entrain de vivre au-dessus de leurs moyens. Le loyer de cette maison, les factures (eau, électricité, antenne parabolique, etc.), le salaire du personnel de maison, des gardiens du jour et de nuit, l’entretien du jardin, et j’en passe, tout cela tournait autour de 3000 Dollars par mois. Beaucoup d’argent à Nairobi!

Confondre ses désirs –par exemple, je veux un bouquet de 200 chaînes de télévision alors que je n’ai jamais le temps de m’asseoir et regarder la télévision; je veux cette marque de voiture et pas plutôt celle-là; je veux une voiture neuve alors qu’une voiture de seconde main ferait très bien l’affaire; je veux une deuxième, troisième ou même quatrième voiture (notre voisin de Nairobi en avait sept dans son garage); je veux un deuxième, troisième ou même un quatrième téléphone portable iPhone et cette fois-ci doré, etc.- avec ses besoins –manger, s’habiller, faire ses études, acheter ses médicaments, etc.- est dangereux et peux entraîner des conséquences dramatiques surtout si on n’a pas les moyens de sa politique.

En effet, lorsque tu utilises ta carte de crédit, c’est-à-dire de l’argent qui ne t’appartient pas –oui, cet argent auquel ta carte de crédit te permet d’accéder n’est pas ton argent! -, et que tu utilises aux conditions fixées par la banque qui te l’a prêté, lorsque tu contractes un prêt à ta banque ou à quelqu’un d’autre, ou alors puises dans ton épargne pour satisfaire ces désirs dont tu peux très bien te passer, tu ne fais du bien ni à toi-même, ni à ta famille, ni aux autres. Pire, tu entretiens l’illusion selon laquelle tu seras heureux une fois ces désirs satisfaits, détruis ton filet de sécurité, et t’installes dans un cycle de dettes dont il te sera difficile sinon impossible d’en sortir!

Je sais que plusieurs d’entre nous redoutent le qu’en dira-t-on et toucheraient même le diable pour impressionner les autres ou faire comme les autres, éviter les moqueries et maintenir le paraître, oubliant que l’on n’a aucun contrôle sur ce que les autres pensent, et qu’il y aura toujours des gens pour jaser quoique l’on fasse, parce que la vie est ainsi faite.

Si tu te reconnais dans ce que je viens de dire, et penses que tu en as plus que assez d’être victime de la dictature sociale, et qu’il est temps de rectifier pour vivre enfin ta vie, et pas celle que les autres dictent, voici quatre trucs qui pourront t’aider à y parvenir:

  • Souviens-toi à tout moment que le bonheur n’a rien à voir avec l’accumulation ou l’acquisition des biens matériels, comme je l’ai dit plus haut. Que cette accumulation, le superflu nuisent plutôt, stressent et coûtent chers
  • Rester imperméable aux qu’en dira-t-on est absolument nécessaire si tu veux vivre la vie que tu désires et que tu mérites.
  • Se comparer aux autres est la recette la plus efficace pour être éternellement insatisfait et malheureux car il y en aura toujours un qui a plus ou est mieux que soi
  • Se rappeler à chaque instant que le bonheur vient de notre intérieur et que c’est chacun de nous qui le définit. Et c’est absolument personnel.
  • Avoir un budget réaliste et surtout supprimer tout les extras et autres superflus et accessoires est nécessaire pour réduire nos charges économiques, nous concentrer sur ce qui est dans notre zone de contrôle et construire notre présent et avenir ainsi que ceux de notre famille. Parce que l’avenir se construit aujourd’hui. AUJOURD’HUI!

Ton tour:

Quels sont ces désirs ou ces objets qui empoisonnent ta vie et dont tu rêves de te passer sans succès? Commences par en faire une liste et ensuite le nettoyage. C’est dur mais tu y parviendras. Less is better, je t’assure! Agis, maintenant, et tu te sentiras que mieux.

 

Exprimer sa gratitude c’est aussi aimer

thank you

Il y a quelques jours un des clients de l’hôtel où je travaille nous a offert un merveilleux paquet de chocolat.

Pour la Saint Valentin.

Surprise par ce beau et émouvant geste, et parce que j’étais curieuse de savoir pourquoi il avait fait cela, ce gentleman m’a dit trois choses:

  • Je suis content d’être en vie et en santé malgré les multiples épreuves que la vie m’a infligées
  • C’est une bénédiction d’avoir toutes ces merveilleuses femmes que vous êtes dans ma vie et de pouvoir m’imprégner chaque jour de votre contagieuse joie de vivre
  • Je voudrais vous dire merci de prendre si bien soin de moi. Je voudrais que vous sachiez que j’adore ce que vous faites pour moi et vous suis, vous serai éternellement reconnaissant.

Cet homme exquis vit à l’hôtel depuis plusieurs années déjà. Avant d’y élire domicile, il vivait dans une de ses propriétés avec son épouse. Alors que les deux partaient passer l’hiver en Floride, ils ont été victime d’un horrible accident de circulation dans lequel son épouse est décédée sur le champ. Les deux venaient de prendre leur retraite et commençaient une nouvelle vie où ils allaient enfin prendre le temps de vivre. A 65 ans, la vie ne fait que commencer, voyons!

Brisé à jamais, privé de sa partenaire, de son amie et de sa confidente, désormais seul, notre homme a sombré dans une dépression qui a duré des années jusqu’au jour où, en cherchant un document dont il avait besoin dans le sous-sol de son domicile, il est tombé sur une caisse dans laquelle il avait gardé toutes les lettres écrites à la main qu’il avait reçues. Parmi elles, une bonne partie lui avait été envoyée par sa défunte épouse après qu’ils se soient rencontrés. Saisi par l’émotion, et surtout percevant cette découverte comme un signe du destin, il entreprit de lire ces lettres et particulièrement celles de son épouse, lesquelles le ramenaient des années en arrière dans sa vie, dans leur vie à deux. Une d’elle retint particulièrement son attention. Celle dans laquelle son épouse lui recommandait de vivre pour elle et pour eux deux si jamais quelque chose lui arrivait et elle le quittait avant. Elle lui promettait de faire pareil si, lui, partait avant. Dès ce jour, il décida de vivre.

Pour elle.

Pour eux deux.

Il vendit tout ses biens et s’installa dans notre hôtel avec pour seul bien cette fois-ci les lettres de sa bien-aimée. Accueillant et vivant chaque jour comme si c’était le dernier. Célébrant la vie et faisant de son mieux pour mettre un sourire sur le visage de tous ceux et toutes celles que la vie veut bien met sur son chemin.

Ton tour…

Ceux et celles qui prennent soin de nous, nous aident tout au long de notre vie, nous tendent la main lorsque nous en avons besoin, nous redonnent espoir lorsque nous avons perdu tout espoir, nous disent ces mots sauveurs que nous avons tant besoin d’entendre au moment où nous devons les entendre; ces personnes qui, quoiqu’étant de parfaits étrangers souvent, nous tendent leur épaule sur laquelle nous nous épanchons au moment où nous sommes en pleine détresse (comme cette jeune fille qui, nous voyant pleurer au moment de quitter définitivement le corps de notre ami qui venait de s’éteindre à l’hôpital en Décembre dernier, nous prend dans ses bras tout en nous susurrant que ça va aller), toutes ces personnes qui contribuent, d’une façon ou d’une autre, à rendre notre existence plus agréable, ne sont pas toujours celles que nous pensions. Notre cuisinier/cuisinière, notre femme de ménage, la nounou de nos enfants, notre chauffeur, notre gardien, le barman qui nous sert notre boisson préférée chaque fois que nous leur rendons visite; notre coiffeur/coiffeuse qui nous donne ce look qui nous fait triompher, le voisin qui ramasse notre courrier lorsque sommes en voyage, accompagne nos enfants à l’école ou les ramènent à la maison lorsque nous ne pouvons pas le faire; cette dame qui coiffe notre fille ou encore lui tient compagnie lorsque sommes en mission ou en voyage et n’avons personne d’autre pour le faire (nous sommes des parents seuls); cette famille chez qui notre fille/fils vit à l’étranger où il fait ses études, et qui l’encadre comme si c’était nous-même, cette nièce/tante qui a tout sacrifié pour garder nos enfants afin que nous vivions la vie personnelle et professionnelle que nous désirons et méritons, toutes ces personnes comptent énormément pour nous. Alors, qu’as-tu fais cette Saint Valentin pour leur dire ta gratitude et leur exprimer ton amour?

Si tu n y pas pensé, ce n’est pas grave, tu sais. La Saint Valentin c’est tous les jours. Du moins à mon avis. Il n’est donc jamais trop tard pour le faire. A toi de jouer, et de partager avec nous afin que nous continuons à cultiver la gratitude.

A ton Bonheur!

Céline Magnéché Ndé Sika

 

 

 

 

Dire merci. Exprimer sa gratitude. Saint Valentin ou pas

Demain c’est la Saint Valentin.

Même si cette journée a été kidnappée par les vendeurs de cartes postales, fleurs et chocolat, elle reste néanmoins l’occasion d’exprimer ou renouveler:

  • son amour pour ceux et celles que l’on aime
  • son affection pour ceux et celles qu’on estime
  • son amour, son affection et sa gratitude pour ceux et celles qui ont croisé notre chemin et contribué, d’une façon ou d’une autre, à construire celui ou celle que nous sommes aujourd’hui

Je parle de notre partenaire, cette personne spéciale  dans notre vie. Je parle de nos enfants, nos parents, nos amis, nos voisins, nos collègues, nos enseignants, nos frères et soeurs. Je parle de ces médecins  qui prennent soin de nous lorsque nous sommes malades. Je parle de ces parfaits étrangers qui nous tendu la main lorsque nous étions en détresse et redonné espoir lorsque nous croyions que tout était perdu, ou encore donné un conseil qui nous a soudain illuminé et ouvert les yeux. Ou simplement tendu leur épaule sur laquelle nous nous sommes épanchés.

Je parle de toutes ces personnes grâce à qui nous sommes nous.

Ces personnes grâce à qui nous sommes là-ou nous sommes aujourd’hui, et faisons ce que nous faisons.

Ces personnes qui nous ont aidé à devenir une meilleure version de nous-mêmes en tant qu’individu, partenaire, père, mère, frère, fils, fille, soeur, collègue, voisin, etc.

Parce que l’empreinte de ces personnes est indélébile dans notre vie, j’estime que nous ne devrions pas attendre la Saint Valentin pour leur signifier notre gratitude. Cultiver la gratitude et l’amour tous les jours, voilà une philosophie de vie que nous devrions tous et toutes embrasser et respirer. Alors, si j’ai un souhait à exprimer, ce serait celui-ci: que cette Saint Valentin ne s’arrête pas demain, mais soit le début d’une nouvelle vie ou tous les jours seront la Saint Valentin ou l’expression de notre amour, notre affection, notre gratitude!

Ton tour…

Comme tu le sais, on n’a pas besoin de dévaliser une banque ou se ruiner pour exprimer ou renouveler son amour, sa gratitude ou son affection à ces personnes qui sont dans notre vie. Parfois, très souvent même, le-leur dire, sincèrement, suffit. Face-à-face, avec un coup de fil, ou une lettre que vous aurez écrite de préférence à la main, ce qui est une preuve supplémentaire d’amour,  d’estime et de considération. En effet, cela suppose du temps non seulement pour écrire, mais aussi aller acheter l’enveloppe, le timbre et ensuite aller poster la lettre à la poste, ce que plusieurs ne sont pas prêts à faire en cette époque ou le temps est une ressources très rare.

Le-leur dire ou le-leur montrer. Par des gestes simples mais chargés de signification. Des gestes que chacun de nous définit. Pour ma part, je voudrais dire MERCI -toute opportunité est bonne pour que je le fasse- à tous ceux et toutes celles qui ont touché ma vie d’une manière ou d’une autre, directement ou indirectement.

Quel est ton plan pour demain? Dis aux tiens combien tu les aimes. Dis-leur ta reconnaissance. A ta manière. Montre-le leur.

Heureux Saint Valentin!

Celine Magneche Nde Sika

 

Loin des siens. Loin de tout!

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Il est 4:30 mn. La nuit est déjà tombée. Et il neige. Fortement. J’ai beaucoup hésité avant de me rendre à cette boutique à la sortie du travail. Ces deux dernières semaines ont été très éprouvantes pour moi. Alors, la dernière chose dont j’avais envie de faire était de faire des courses. Mais il le fallait car, malgré toutes les épreuves auxquelles nous sommes confrontés au quotidien, il faut continuer, n’est-ce pas?

Ne jamais jeter l’éponge.

Se relever et continuer.

Poser un pas après l’autre.

Toujours.

Vivre et surtout aider à vivre autant que faire se peut. Tendre la main à ceux et celles qui sont seuls, frustrés, découragés, déprimés, dépassés par la vie et ses multiples coups.

Aider ceux qui, comme David, se sentent seuls. Terriblement seuls. Loin de tout et de tous leurs êtres chers en ce moment si important de l’année.

David, que j’ai rencontré à l’arrêt du bus, est au Canada depuis trois ans et m’a avoué que c’est dur. Très dur. Emotionnellement. Socialement. Académiquement. Voici plus concrètement ce qu’il me dit après que nous ayons fait connaissance.

“Qu’est-ce que je fais ici, loin de ma terre, seul? Je donnerais ma vie pour retourner chez moi. Je n’ai jamais voulu venir ici. Mais, mon avis n’a pas compté. Pourtant il s’agit de ma vie. Mes parents ont décidé et je n’avais plus qu’à leur obéir. Personne ne m’a préparé à la réalité terrible que je vis depuis que je suis arrivé dans ce pays. La transition est dure et n’est pas terminée et je ne pense pas qu’elle terminera dans un avenir proche. Ou même un jour. Ce pays n’est pas pour moi, simplement.”

David est togolais, fils de parents nantis qui, comme plusieurs parents africains, veulent et font tout ce qu’ils peuvent pour que leurs enfants étudient et travaillent à l’étranger. Que ces enfants aient des rêves personnels, différents, qu’ils veuillent suivre un chemin différent de celui que leurs parents veulent tracer pour eux est simplement hors de question. Le résultat c’est des jeunes hommes et femmes incompris, déprimés, coupés du reste du monde dans lequel ils n’arrivent pas à s’intégrer, isolés de tout comme David qui, me l’a-t-il avoué, n’était pas sorti de sa chambre depuis des semaines.

Des jeunes hommes et des femmes qui, de plus en plus, commettent l’irréparable, la seule façon pour eux de se faire enfin entendre.

Pour tous ces enfants obligés de quitter leurs familles, ces enfants dont certains ont a peine 17 ans, les fêtes de fin et début d’année sont synonyme de torture atroce. Et si, en plus de souffrir de la solitude, du mal du pays et de l’absence de leur famille, ils sont obligés de gérer certaines contraintes comme celle de devoir quitter leur chambre à la résidence universitaire pendant cette période de l’année particulièrement froide, comme c’est le cas d’ailleurs ici au Canada, le fardeau devient trop lourd à porter.

De ma conversation avec David, des conversations que j’ai eues avec d’autres étudiants internationaux avec qui j’ai échangé sur leur nouvelle vie depuis que je suis au Canada, et surtout d’après ma propre expérience en tant qu’étudiante dans ce pays, je retiens quelques leçons que je voudrais partager avec vous:

  • Ecoutez vos enfants lorsqu’il s’agit de leur avenir. Certes, vous devez jouer votre rôle de parent, de guide, mais essayez de ne pas vouloir vivre à travers vos enfants parce que vos enfants ne sont pas votre prolongement. Ce sont des êtres à part entière, différents de vous. N’essayez pas de vivre ce rêve que vous n’avez pas pu réaliser à travers eux.
  • Revoyez vos attentes envers vos enfants. C’est OK de ne pas avoir les meilleurs notes au Collège ou à l’Université. C’est tout aussi OK de se tromper de filière parce que nous sommes tous des humains, donc imparfaits, et de changer, même après quelques années d’études. Et surtout ne considérez pas ces années comme perdues. Non!
  • Vos enfants auront certainement et énormément appris pendant cette période de tâtonnement, apprentissage qui leur permettra de mieux affronter la vie demain car à côté de la vie académique, il y a la vie. La réalité qui exige que l’on ait des compétences pas toujours académiques.
  • C’est normal et même nécessaire d’aider vos enfants à changer de cap lorsqu’ils se sont trompés de filière/programme. Imaginez un tout petit peu leur détresse. Dans le cas de David, non seulement il n’avait jamais voulu venir au Canada, mais il a dû étudier ce qu’il n’aimait pas, parce que ses parents en avaient décidé ainsi. Par respect pour ces derniers, il a continué, malgré lui, s’est accroché, pour leur faire plaisir.

Pour ne pas les décevoir.

Mais plusieurs abandonnent, en secret, et n’osent pas en informer leurs parents qui, en Afrique, croient que les choses vont bien pour leurs enfants, jusqu’au jour où ils découvrent le pot aux roses. Parce que les enfants, redoutant la réaction de leurs parents, n’osent pas s’ouvrir.

  • Créez les conditions pour que vos enfants puissent vous parler et se confier à vous sans aucune crainte de représailles. C’est seulement dans ces conditions que certains drames peuvent être évités et que vous pouvez réellement les aider lorsqu’ils ont besoin de vous.
  • Les mauvaises notes ne signifient pas la fin du monde. On peut avoir des mauvaises notes et réussir dans la vie. Plusieurs personnes prospères aujourd’hui n’ont jamais terminé le secondaire et étaient médiocres à l’école. Mais cela ne les a pas empêché d’être au sommet aujourd’hui, chefs d’entreprises prospères qui emploient ceux et celles-là qui étaient brillants en classe! Regardez autour de vous et vous verrez de quoi je parle.
  • Il n y a pas que la vie académique: vos enfants sont d’abord des êtres humains qui ont besoin de vivre une vie sociale et affective, et qui ont surtout besoin d’aide, de votre aide pour réussir ici aussi. Ils sont traumatisés, ont le mal du pays et sont en manque de leurs familles, ce qui peut sérieusement affecter leur santé mentale et les pousser à commettre l’irréparable. Le changement qu’ils vivent est drastique pour qu’on le prenne à la légère.

Le secondaire est un environnement structuré où les enfants sont encadrés et bénéficient d’appui et d’orientation constants. Les enseignants tiennent à ce que vous réussissez et s’y investissent. Lorsque vos notes sont mauvaises, ils cherchent à savoir pourquoi, en discutent avec vous et avec vos parents, suggèrent des stratégies pour vous aider à vous rattraper, etc. Ils sont vos enseignants mais aussi vos tuteurs et mentors en quelque sorte. Au Collège et à l’Université, c’est tout le contraire. Personne ne veille sur vous.

Personne ne vous demande des comptes ou encore vous rappelle ce que vous devez faire.

Personne ne vous demande si vous avez fait vos devoirs, etc.

Je me rappelle que nous réveillions nos enfants tous les matins à 7 heures lorsqu’ils étaient encore avec nous, veillions à ce qu’ils ne s’attardent pas trop, à ce qu’ils n’aillent pas à l’école sans avoir fait leur toilette ou encore en pyjama comme certains enfants le font ici. Nous veillions à ce qu’ils aillent à l’école et ne manquent aucun cours. A l’Université, personne d’autre ne fera tout cela. Dans ce nouvel environnement, on s’en fout et les enfants peuvent très rapidement et facilement perdre pied.

  • Préparez sérieusement vos enfants à réussir cette importante transition dans leur vie, et surtout réussir leur nouvelle vie.

“Personne ne m’avait dit que je dois changer de manière d’étudier. Je croyais que tout irait bien avec la stratégie que j’ai toujours utilisée au secondaire pour étudier, laquelle a toujours marché et m’a permis de réussir à mes examens,” nous a dit notre fils lorsqu’il s’est confronté à la réalité du monde universitaire.

Ces enfants commencent une nouvelle vie dans une nouvelle structure scolaire et un nouveau contexte et doivent aussi gérer leur nouvelle vie loin de leurs parents pour la première fois. Une nouvelle vie où ils doivent s’occuper de tout, faire leurs courses, établir et gérer un budget, préparer leurs repas, prendre soin de leur maison/chambre, faire leurs lits, leur lessive, la vaisselle, payer leurs factures à temps, naviguer leur nouvel environnement, en plus de répondre aux multiples attentes et exigences académiques.

Tout ceci peut se révéler trop lourd à porter surtout si ces enfants n’ont pas appris à se prendre en charge tôt. Nous, parents, oublions souvent cet important aspect de la vie et échouons à cultiver en nos enfants ces importantes aptitudes nécessaires pour vivre une vie réussie.

David n’a pas encore abandonné. Mais, qui sait combien d’enfants qui vivent la même réalité que lui l’ont déjà fait?

David n’a pas encore sombré dans l’alcool ou la drogue pour tenter de noyer ses soucis. Mais, qui sait combien d’enfants qui vivent la même réalité que lui l’ont déjà fait?

David vit encore seul, et refuse de se mettre en couple juste pour avoir quelqu’un qui va lui préparer à manger, faire sa lessive, sa vaisselle, faire ces courses qu’il abhorre, et bien d’autres choses que ses parents faisaient pour lui au pays. Mais, combien d’enfants qui vivent la même réalité que lui l’ont déjà fait? Juste pour s’en sortir. Mais, en couple, c’est dur aussi. ça, c’est un autre débat que j’aborderai plus tard.

Que la gratitude soit avec vous!

Céline Magnéché Ndé Sika

 

Travailler pour vivre et pas vivre pour travailler

Bonjour, chers amis,

Après la pause d’hier, le travail recommence aujourd’hui. Le 1er Mai c’est la fête du travail. Une journée consacrée, non seulement aux défilés et autres réjouissances, mais surtout à la réflexion sur le travail:

  • travailler pour vivre, ou vivre pour travailler?
  • travailler, mais dans quelles conditions? Et surtout, pour quel salaire?
  • comment préparons-nous notre retraite? car nous n’aurons pas toujours 20 ans. Et justement, quand devons-nous aspirer à cette retraite?
  • quel est le sort des veuves, des veufs et des orphelins qui ne peuvent pas toujours toucher la maigre pension de leurs partenaires décédés, lesquels ont pourtant cotisé toute sur vie?
  • que faire pour que le travail ne soit plus une source de problèmes, de stress, un bourreau de notre santé?
  • comment aider ceux et celles qui ont choisi de consacrer leur vie a aider les autres, les plus nécessiteux, à mieux faire leur travail sans y laisser leur peau, leur santé, et leur vie?

Hier, comme tous les autres 1er Mai antérieurs, j’ai pensé à toutes ces questions, et je vous avoue que je ne suis pas sûre d’avoir trouvé des réponses à ces questions. Ce n’est pas facile. Le travail devrait être une source de joie, pas une source de stress, d’angoisse, de souffrance.

Le travail devrait permettre aux travailleurs de s’épanouir, de se développer personnellement, mais aussi professionnellement.

Le travail ne devrait pas être un sacrifice, mais une activité réalisée avec joie, enthousiasme, gaité.

Le travail devrait permettre aux travailleurs de gagner leur pain quotidien. Il devrait leur permettre de toucher une juste rémunération, fruit de leurs efforts.

Le travail devrait éloigner de nous le vice, l’ennui et le besoin, comme l’avait si bien dit quelqu’un. Hélas, tel n’est pas le cas. Les lieux de service sont devenus des endroits par excellence:

  • où le vice prospère (harcèlement sexuel, alcool, drogues, corruption, vol, etc.)
  • où les gens s’ennuient à mourir parce qu’ils n’aiment pas ce qu’ils font; parce qu’ils ne trouvent aucun intérêt à leur travail; parce qu’ils sont écrasés, brimés, humiliés à longueur de journée par des chefs qui, pour couvrir leur incompétence, complexe et autre insécurité, ne laissent aucune opportunité à leurs collaborateurs pour que ces derniers puissent se développer personnellement et professionnellement;
  • où la rémunération perçue permet très rarement de couvrir nos besoins sans cesse croissants dans un monde de plus en plus difficile et exigeant.

Avec ce panorama, point de surprise que le nombre de suicides, de personnes victimes de dépression, stress et autres accident vasculaire cérébral augmente sans cesse, plongeant des familles entières dans la détresse, le désespoir, la pauvreté.

Le 1er Mai doit être une opportunité pour tous et pour toutes de revisiter la notion de travail, et de réaliser enfin que nous devons travailler pour vivre et pas vivre pour travailler. C’est un souhait mais surtout un droit. En effet, nous avons une seule vie et ce serait regrettable de passer à côté de celle-ci.

C’est aussi un devoir, celui de nous battre pour que ce droit inaliénable soit respecté. Pour nous, mais aussi pour les autres. Nous avons les moyens de faire en sorte que ceci soit possible. Du moins à notre niveau. Avec nos propres employés que nous devons traiter comme des êtres humains, puisqu’ils le sont avant d’être nos employés, pas des chameaux. Pas des esclaves.

Réclamons nos droits, mais surtout respectons ceux des autres. Toutes ces personnes qui, quotidiennement, travaillent à rendre notre vie facile, ont des droits que nous devons non seulement respecter, mais appliquer. Je parle de ces collaborateurs qui donnent et se donnent tous les jours pour que cette entreprise que nous avons créée  prospère et se fasse une place dans un monde où la compétition est plus que féroce, inhumaine.

Je parle de notre femme de ménage qui fait tout chez nous et pour nous, du ménage aux courses en passant par la lessive, le repassage, la cuisine, les chambres, et j’en passe, pour que nous puissions nous consacrer totalement à notre boulot.

Je parle de notre baby sitter, celle-là qui prend soin de nos enfants pendant que nous sommes en voyage, au boulot ou tout simplement fatigués.

Je parle de notre gardien, celui-là qui veille sur nous pendant que nous dormons, nous ouvre le portail tous les jours, sous la pluie ou le soleil, à toute heure.

Je parle des tuteurs de nos enfants, ceux-là qui aident nos enfants à réviser leurs leçons, faire leurs devoirs,  à mieux comprendre des concepts difficiles pour eux et parfois même pour nous, les motivent, les encouragent à toujours faire mieux, à ne pas jeter l’éponge, et leur rappellent sans cesse qu’ils peuvent le faire et même réussir à le faire -ce que nous devrions faire parce que ce sont nos enfants et c’est notre devoir d’accompagner ces hommes et femmes en devenir dans leur processus de formation et de développement-, et que nous ne faisons pas par manque de temps, parce que nous sommes trop fatigues, par exemple. Le savons-nous? Si oui, que faisons-nous pour que ces droits soient respectes et surtout appliques? Avons-nous seulement conscience que c’est  grâce à ces personnes, souvent trop modestes, que notre vie est plus facile?

Respecter et appliquer les droits de ces personnes, nos employés, c’est, par exemple, nous assurer: 

  • qu’elles perçoivent un salaire digne, salaire qu’elles perçoivent tous les mois, et à temps; 
  • qu’elles ont des congés. Des congés payés; 
  • qu’elles ont une sécurité sociale.  

ça au moins nous pouvons le faire, et faisons-le, pour elles, pour nous.

Es-tu à jour de cette question avec tes employés, si tu en as? J’aimerais que tu partages avec moi tes tips et trucs pour appliquer les droits de tes employés, ou encore aider les autres à en faire autant avec les leurs. Tu sais, il n’est jamais tard pour commencer, et mieux vaut tard que jamais.

A ton bonheur,

Céline Clémence Magnéché Ndé Sika

A la fin, lorsque tout est dit et fait, notre seul et véritable bien c’est notre tombe

 

 

ImageAvant de tomber malade, mon père, qui avait pris sa retraite il y avait de cela quelques années, était écrivain public, une activité qu’il aimait beaucoup car elle lui permettait surtout de s’occuper, de passer du temps avec ses amis retraités comme lui, et de donner un coup de main   à toutes ces personnes perdues dans le labyrinthe de l’administration camerounaise.

Sa machine à écrire manuelle, qu’il avait refusé d’échanger contre une électronique, était son bien le plus précieux, qu’il protégeait et soignait plus qu’un bébé. Lorsqu’il rentrait du travail le soir, après l’avoir nettoyée et cirée pendant des heures toujours avec un plaisir renouvelé, il la gardait soigneusement dans un coin de la maison où personne n’avait alors le droit de passer. Je me souviendrais toujours de ses colères mémorables chaque fois que l’un de nous devait déplacer cette machine pour nettoyer le sol ou alors passer dans ce coin pour récupérer quelque chose. Il menaçait alors le malheureux ou la malheureuse des pires sanctions si, par mégarde, inattention ou malchance, quelque chose arrivait à sa machine pendant que cette personne était dans le coin. Lorsqu’il est tombé malade, nous avons transféré sa machine à écrire dans une caisse et rangé dans une chambre dans l’espoir qu’il se remettrait vite de sa maladie pour l’utiliser encore. Mais papa est mort sept ans après le début de sa maladie. Nous avons oublié la machine à écrire jusqu’à il y a quelques jours lorsque ma fille, en voyant une photo de son grand père sous un grand parasol entrain de saisir un texte, m’a demandé où était passé cette machine.

Papa n’était pas riche.  Mais il avait ce bien qui lui était précieux, sa machine à écrire. Lorsqu’il est décédé, il ne l’a pas amenée avec lui dans l’au-delà. Il n’a rien amené d’autre d’ailleurs avec lui, pas même ses deux cabanes qu’il avait construites au village, encore moins ces dizaines de bouteilles de bière et de soda qu’il avait accumulées pendant des années et qu’il nous faisait nettoyer régulièrement, dans l’attente du jour où il pourrait ouvrir enfin son débit de boisson. Il n’est parti qu’avec ce cercueil que nous avons bien voulu lui offrir, déposé au fond de ce petit trou de quelques mètres carrés que nous avons bien voulu creusé pour lui. Après s’être battu toute sa vie pour offrir à sa famille une vie digne, un toit sur notre tête, une éducation de qualité à ses enfants, avec les moyens dont il disposait ; après avoir passé sa vie à aider et conseiller des hommes, des femmes, des enfants de tout âge afin qu’ils puissent vivre la vie qu’ils désirent et qu’ils méritent, afin qu’ils puissent vivre une vie bien meilleure, à sa mort, nous n’avons pu lui offrir que ce petit trou. Pouvions-nous faire autrement ? Non, car au soir de la vie, à l’heure de la vérité, lorsque tout est dit et fait, pour notre dernier voyage, notre unique et véritable bien c’est notre tombe. Pas même le cercueil, les vêtements ou toutes ces couronnes de fleurs que ceux et celles qui nous survivent nous offrent car ils se désintégreront.

Comme mon papa, aucun mort n’a jamais rien emporté au moment de quitter le monde des vivants : riche, pauvre, président de la république, balayeur de rue,  directeur d’entreprise, baby sitter, plombier, directeur général, citadin, villageois, roi, reine, prince, ou sujet ordinaire. Au soir de notre vie, nous partons comme nous sommes venus : nu. Bras ballants.

Kadhafi, qui avait toutes sortes de richesses et de bien, tout ce que nous pouvons imaginer, et même l’inimaginable, est quelque part dans un trou dans le désert. Nu.

Félix Houphouet Boigny, Omar Bongo Ondimba, Gnassingbe Eyadéma, et toutes les autres personnalités qui étaient à la tête de grandes fortunes sont certainement enterrés dans de beaux mausolées mais ils sont nus là-dedans. lls sont partis les bras ballants. Sans rien emporter avec eux.  Rien.

Lady Di, Steve Jobs sont eux aussi quitté ce monde les bras ballants, avec sur eux ce que nous, les vivants, avions bien voulu leur mettre sur le corps.

Vous aussi, moi-même, quitterons ce monde sans rien, avec pour unique possession notre tombe, si quelqu’un veut bien en creuser une pour nous.

Alors, pourquoi, connaissant cette vérité crue, toutes ces batailles, toute cette violence, tout ce mal que nous commettons les uns aux autres ? Pourquoi nous nous battons, parfois armes au poing, pour acquérir, acquérir et toujours acquérir, n’hésitant pas à piétiner, vilipender, abuser, violenter, écraser, exploiter, tuer, spolier ? Pourquoi nous nous battons tant pour avoir autant et laisser tout derrière nous quelques années après, en échange d’un bout de terre ? D’un tout petit bout de terre ?

Pour satisfaire notre moi, notre moi et rien que notre moi. Que les autres croupissent dans la misère la plus noire et absolue, ou crèvent de faim et de soif, ou de maladies, n’est pas notre tasse de thé. Mais, pendant combien de temps ce moi, que nous sommes prêt à tout pour satisfaire, sera sur cette terre ? Et, surtout, de quoi a vraiment besoin ce moi pour être sur cette terre :

-de 30.000 hectares de terres comme l’a déclaré un des candidats aux dernières élections présidentielles du Kenya, terres qui, selon les kenyans, auraient été arrachées aux populations locales qui, aujourd’hui, n’ont aucun endroit où poser leurs têtes ou cultiver pour se nourrir ?

Et ces 30.000 hectares ne seraient que la pointe de l’iceberg car ce monsieur et sa famille seraient propriétaires de la moitié du pays.

  • de 50 voitures dans notre parking, toutes aussi sophistiquées les unes les autres, alors que des pères et mères de famille se font éjecter des bus de transport et écraser parce qu’ils n’ont pas les 10 Kenya Shillings qui leur manquent pour compléter leur ticket de transport ?
  • de de cette résidence de 150.000.000 de Kenya Shillings dans laquelle nous vivons, sans compter toutes ces autres résidences secondaires disséminées aux quatre coins du pays et du monde pendant que des familles entières dorment à huit dans une chambre en tôle, dans un de ces nombreux bidonvilles qui entourent nos belles capitales africaines, sans toilettes, sans eau potable, sans électricité, sans aucune intimité, les uns sur les autres, les parents obligés d’avoir des relations sexuelles devant leurs enfants ?
  • de tous ces millions que nous volons de façon éhontée des caisses de l’Etat, ou détournons de l’aide au développement destinés à construire des écoles, des hôpitaux et des routes pour rendre la vie des millions de nos frères et sœurs moins douloureuse ?

Nous n’avons pas besoin de tout cela pour vivre. Mais pourquoi alors cette course effrénée pour avoir, avoir et toujours avoir ? 

Si notre motivation c’est une vie à l’abri du besoin, une vie décente, alors il est temps de rectifier car nous pouvons vivre décemment avec moins que tout ceci. Beaucoup moins que tout ceci. Si c’est le bonheur que nous recherchons en faisant main basse sur tout, à tout prix, alors détrompons-nous car la possession des biens matériels n’a jamais été et ne sera jamais synonyme de bonheur.  Aujourd’hui, celui qui n’a pas n’est pas. J’ai, donc je suis. Si je n’ai pas, alors je ne suis pas. Alors, pour avoir, tout est permis, absolument tout, et la fin justifie les moyens. Si je dois tuer, violer, mentir, trahir, faire emprisonner, truquer les élections, soumettre, acheter les consciences, détourner de l’argent, escroquer, pour avoir, alors je le fais car c’est la fin qui importe. Mais, quelle fin ? Quelle fin si, après tout, après avoir fait tout cela, la vérité c’est que nous n’avons rien ?

Il y a des vérités que nous devons connaître et faire connaître, pour notre bien, mais aussi celle des autres. De l’humanité. Et une de ces vérités c’est que, oui, à la fin, lorsque tout est fait et dit, rien ne nous appartient. Même pas ce bout de terre dans lequel on nous enterre, car nous pouvons en être éjecté un de ces jours si les vivants en décident ainsi. Même pas ce petit carré au cimetière dans lequel on place provisoirement nos cendres parce que nous pouvons également en être éjecté si les vivants cessent de payer les frais de location. Lorsqu’ils n’ont pas simplement décidé de jeter vos cendres dans la mer.

Pensons-y. Méditons cela. Tous les jours. Sérieusement. Répandons cette vérité autour de nous car sa possession pourrait nous épargner tant de souffrance, de tragédies, de confiscation de pouvoir, avec tout ce que cela suppose. Et souvenons-nous que, le monde, la vie est une scène de théâtre, et nous, des acteurs. Shakespeare l’a dit. Avec raison. Lorsque nous sommes sur cette scène de théâtre qu’est la vie, chacun de nous doit mettre un point d’honneur non seulement à jouer son parfaitement rôle, mais aussi à profiter de cette vie lorsque nous en avons encore la force, et nous assurer que les autres en font autant.

 Tout le reste n’est que perte de temps.

Savoir c’est pouvoir. Pouvoir rectifier, corriger, améliorer, relativiser, et aider les autres à en faire autant. Ensemble nous pouvons construire un monde plus heureux et pacifique. Où chacun a sa place. Où personne ne se sent exclu. Où chacun vit la vie qu’il désire et qu’il mérite. C’est possible, si chacun fait sa part. Qu’en penses-tu ? Ton avis est la bienvenue. Ton aide, aussi.

A ton bonheur !

 

Céline Magnéché Ndé Sika

Souviens-toi que tu es responsable de ta vie

Il y a un an nous avons décidé d’aider un de nos frères qui était sorti de prison après y avoir passé trois années à se réinsérer dans la société à travers une formation en coiffure. Ladite formation devait durer un an et, au terme de celle-ci, nous devions l’aider à s’installer à son compte, dans son propre salon de coiffure. En plus de payer les frais de formation de notre frère, lequel était logé et nourri -faut le préciser-, nous lui donnions tous les mois un peu d’argent de poche pour ses besoins personnels car un homme de 28 ans a évidement des besoins. Nous nous attendions à ce que notre frère non seulement nous informe de l’évolution de sa formation, mais aussi qu’il partage avec nous, qui avons exprimé le souhait de l’aider à créer son propre salon à la fin de sa formation, ses idées et autres stratégies quant à la création de son future salon de coiffure, et surtout qu’il nous interpelle à la fin de son année de formation parce qu’il s’agit après tout de sa vie. De son avenir. En un mot, qu’il apporte sa propre contribution à la construction de son avenir. Non seulement il n’a rien fait de tout ceci, mais il nous a accusés de l’avoir abandonné. D’après lui, nous devions non seulement payer sa formation, mais aussi tout planifier, tout réaliser et lui remettre en main la clé de son salon de coiffure immédiatement à la fin de sa formation parce que nous sommes ses frères et sœurs. Et, en tant que tels, avons l’obligation de l’aider.

Cette histoire, qui ne me surprend pas du tout, est révélatrice de la mentalité qui habite plusieurs d’entre nous et qui a la formidable vertu de nous soustraire à nos responsabilités, à notre principale responsabilité à savoir prendre notre vie en main.

Qu’est-ce qui fait croire à mon frère que je suis responsable de sa vie ? Que je dois, que nous devons tout arranger pour lui, que nous sommes la solution miracle à ses problèmes?

Qu’est-ce qui pousse les hommes et les femmes à se croiser les bras et attendre tranquillement que d’autres personnes les sauvent littéralement?

Réalisent-ils seulement l’absurdité de cette situation?

Réalisent-ils seulement que personne d’autre qu’eux-mêmes ne peut conduire le bateau de leur vie, et que si quelqu’un d’autre le faisait, ils ne seraient plus que le spectateur de leur propre vie?

J’ai envie de dire a mon frère et à toutes ces personnes qui commettent la fatale erreur de croire que les autres sont responsables de leur vie, de leur succès, de leur bonheur ceci:

-le premier responsable de ta vie c’est TOI-MÊME et personne d’autre

-c’est bien de demander de l’aide -à Dieu, aux autres êtres humains-. Mais c’est mille fois mieux de t’aider toi-même d’abord car ce n’est qu’en le faisant que les autres seront motivés à t’aider. Attache ton chameau avant de le confier à Allah !

-n’attends rien des autres parce qu’ils ne sont pas obligés de te venir en aide. Ils le font parce qu’ils le veulent, parce que leur cœur le leur demande et pas parce qu’ils se sentent une quelconque obligation à le faire.

N’attends rien des autres et tu ne seras pas déçu s’ils ne t’offrent rien.

N’attends rien des autres et tu ne leur en voudras pas s’ils ne t’offrent rien.

N’attends rien des autres et tu seras libre de toute rancune, de tout ressentiment.

-souviens-toi que la main qui demande est toujours en dessous de celle qui donne. C’est-à-dire que tu dois demander avec humilité, DEMANDER, pas EXIGER. DEMANDER HUMBLEMENT. Et accepter que ceux à qui tu demandes ne puissent pas ou ne veuillent pas t’aider.

-et surtout sois RECONNAISSANT et dis MERCI à ceux qui te tendent la main. Parce que, comme je l’ai dit, ils ne sont pas obligés de te tendre la main. C’est un choix délibéré qu’ils font.

Aujourd’hui nous ne savons plus nous comporter parce qu’il y a un grave déficit de ce que les Anglophones appellent “life skills.” Nous ne savons pas dire merci, s’il te plait. Nous ne savons pas prendre nos responsabilités, écouter et respecter les autres. Nous croyons que nous avons tous les droits, rien que des droits et aucun devoir envers nous-mêmes mais aussi envers les autres. Nous demandons, toujours et toujours, mais sommes incapables de donner. De donner même notre sourire lequel est pourtant gratuit. Nous exigeons que les autres assument les conséquences des actes que nous avons délibérément -et parfois contre l’avis de tous et faisant fi de tout conseil- posées. Et, lorsque ceux-ci nous rappellent que nous sommes les auteurs de ces actes et que, par conséquent nous devons les assumer, nous nous en offusquons et les traitons de méchants. Nous les accusons de nous avoir abandonnés.

Nous accusons les autres, le monde entier d’être responsable de nos malheurs, de nos échecs, de nos problèmes, de notre manque de bonheur. Oui, ce sont les autres. C’est toujours les autres.

Et nous alors dans tout cela?

Et notre responsabilité dans ce qui nous arrive?

Je crois qu’il est temps que nous prenions nos responsabilités et assumions notre vie, nos décisions, nos échecs. Il est temps que nous prenions en main le volant de cette voiture qui est notre vie. Comme je l’ai toujours dit, seuls la vie et parfois la mort appartiennent à Dieu : le reste est entre nos mains.
Certes, nous ne pouvons le faire si nous n’avons reçu aucune formation, aucune éducation allant dans ce sens parce que l’éducation que nous avons reçue et que nos enfants sont entrain de recevoir est surtout académique, c’est-à-dire celle qui nous permet, comme disait Cheikh Hamidou Kane dans l’Aventure Ambigüe, de « lier le bois au bois pour faire des édifices de bois », et ne nous permet pas de faire face à la vie avec toute sa complexité, tous ses pièges.

L’éducation à la vie doit être une priorité dans notre agenda à nous tous. Nous devons nous mobiliser pour que celle-ci soit reconnue comme un facteur de développement de l’être humain, promue et enseignée au même titre que l’éducation académique. Et, tout en nous mobilisant pour que cette discipline soit enseignée a nos enfants dans le cadre de l’éducation formelle, nous devons aussi, à notre niveau, chacun avec les moyens dont il dispose, là où il se trouve, et surtout depuis la cellule familiale, aider nos enfants à acquérir ces outils précieux dont ils ont besoin pour devenir des hommes et des femmes sains, heureux, responsables, capables de prendre de bonnes décisions, de se prendre en charge et de contribuer activement au développement de leurs familles, communautés et pays. Pour leur propre bien et pour le bien de tous.

Autour de toi tu dois certainement observer des exemples comme celui que je viens de mentionner. Des exemples de personnes qui attendent tranquillement mais exigent aussi parfois que les autres planifient et gèrent leur vie. Règlent les problèmes qu’ils rencontrent dans la vie. Comment renverser la tendance? Que fais-tu pour aider ces personnes à se réveiller et à prendre leur vie en main? Je serais vraiment heureuse que tu partages ce que tu crois avec nous, ici, pour aider les autres à améliorer leur vie.

Celine SIKA