L’argent est plus tabou que le sexe. Il est temps de changer les choses!

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Faites cette petite expérience: demandez à vos parents, votre partenaire, vos amis, vos collègues, vos enfants combien ils gagnent comme salaire par mois et, dans 99% des cas, c’est la gêne, la stupeur et même parfois une vraie hostilité qui se déclenche. “Pourquoi veux-tu connaître combien je gagne? C’est personnel!” Même dans les couples, on entend souvent ce genre de réplique. Bizarre, n’est-ce pas? Parce que, voici des gens qui se sont unis en principe pour la vie et qui sont supposés regarder dans la même direction, avoir des projets communs et surtout réaliser ces projets ensemble en mettant ensemble leur intelligence, leurs efforts, leur expertise, leurs ressources communes. Bizarre, bizarre!

Entre parents et enfants, l’argent est également un champ laissé en jachère. Au bout du compte, des herbes sauvages de très mauvaise qualité y poussent et, avec le temps, deviennent impossible à arracher, causant de graves torts à tout le monde: aux enfants d’abord et aux parents ensuite. Ne pas parler argent coûte cher et nuit sérieusement! Voici comment redresser la barre, du moins avec vos enfants.

  1. Dès que vos enfants ont l’âge de comprendre, aidez-les à comprendre la valeur de l’argent. Parce que l’argent a une valeur et ceux qui ne comprennent pas cela ont une relation très légère avec l’argent, dépensant sans compter pour acquérir des choses dont ils n’ont pas besoin, et qui pourrissent très vite, abandonnés dans un coin.
  2. Donnez-leur des responsabilités… ET aussi des limites. Tu as besoin d’argent? Très bien! Ce sera en échange de quelque chose: des travaux domestiques aux courses de la maison en passant par l’organisation des activités de la famille. Il y a plein de choses que nos enfants peuvent et devraient faire pour mériter de recevoir une allocation mensuelle. Cela les aide à comprendre la valeur de l’argent et, en même temps, ils apprennent des compétences de vie –life skills- dont ils auront absolument besoin demain pour vivre une vie épanouie et réussie.

Les limites? Il faut-les leur fixer. S’ils épuisent leur allocation mensuelle avant la fin du mois, ne cédez surtout pas à la tentation de les aider! Si vous ne pouvez résister à l’envie de voler à leur secours, faites-leur savoir que cette somme que vous leur avancez sera déduite de leur prochaine allocation mensuelle, et veillez à ce que cela soit fait pour ne pas perdre votre crédibilité. Ils doivent apprendre de cette situation une chose importante: il est nécessaire de ne pas vivre au-dessus de ses moyens et surtout, il faut établir un budget mensuel ET le respecter.

  1. Et aidez vos enfants a établir ce budget, of course: revenus, dépenses mensuelles, achats, échéances, épargne, etc.! Si vous ne savez pas le faire vous-même, ce qui est malheureusement vrai pour beaucoup de parents, mettez votre égo au placard et formez-vous. Faites-le. Pour vous et pour vos enfants!
  2. Vos enfants veulent des choses: le dernier iPhone ou ordinateur Mac Pro, le vélo du coureur cycliste Christopher Froome, le dernier modèle des tennis Jordan, les sorties, les voyages à Cancun, le dernier Bombo, les mèches brésiliennes pour leurs cheveux ou les derniers chaussures Louboutin? Aidez-les à comprendre la différence entre un désir –c’est pour se faire plaisir et on peut s’en passer sans toutefois mourir- et un besoin –si on ne mange pas, on tombe malade et meurt; si on n’achète pas ses médicaments, on meurt; si on ne porte pas des vêtements chauds en hiver, on meurt; si on ne paie pas ses factures à temps, on sera privé de lumière ou d’eau, de la connexion Internet et, sans tout ceci, il sera très difficile de survivre; si on ne paie pas sa carte de métro ou de bus, on va râter ses cours à l’école, échouer à ses examens et ne pas réaliser son rêve de devenir acteur de cinéma, avocat, médecin ou encore winemaker! Aidez-les à comprendre la différence mais laissez-lez établir leurs priorités. Vous ne serez toujours pas là auprès d’eux pour le faire à leur place. C’est mieux qu’ils apprennent à le faire et le plus tôt serait le mieux!
  3. Encouragez-les à trouver un emploi dès que possible, à condition que cela ne perturbe pas leurs études, bien sûr. C’est une expérience qui leur apportera beaucoup de bénéfices en termes de compréhension de l’argent et la gestion de ce dernier.
  4. Et, bien sûr, veillez à ce qu’il ouvre un compte d’épargne où il virera systématiquement une bonne portion de son argent -50% serait parfait- dès qu’il reçoit son premier salaire pour épargner. Il est important qu’ils prennent l’habitude d’épargner et aidez-les à comprendre cette nécessité en liant cette épargne à la réalisation future de leurs projets ou simplement l’acquisition de leur indépendance financière, un luxe que plusieurs n’ont pas et qui leur pourrit la vie.
  5. Revenu brut et net, retenus à la source…

Dès que vos enfants reçoivent leur premier salaire, saisissez l’opportunité pour leur expliquer toutes ces nuances: salaire net et brut, déductions, etc. Ils doivent comprendre que tout, mais alors tout, est taxable, et pourquoi il est important de payer ses taxes et ce, à temps, et aussi à quoi servent les taxes, etc.

  1. Vos enfants veulent s’acheter un véhicule ou le dernier iPhone en or qui coûte 3000 Dollars et leur salaire ou leurs économies ne leur permettent pas de se payer ce luxe? Aidez-les à l’acheter mais convertissez cette transaction en dette de leur part. Et faites-les payer les intérêts sur cet argent que vous leur avez prêtez! Il est absolument important que vous fassiez cela pour les aider à comprendre comment les choses marchent réellement dans la vie réelle. S’ils ne vous remboursent pas le montant que vous avez fixez tous ensemble, saisissez le téléphone ou la voiture parce que c’est exactement ce qui se passe dans la vraie vie si on ne paie pas ses traites. Pas de complaisance car plus tard, la banque ne sera pas tendre avec eux!
  2. Relevés de comptes

Vérifiez régulièrement l’état de leurs comptes avec eux et saisissez cette opportunité pour les aider à comprendre la différence entre le crédit et le débit. Et, s’il ont une dette contractée avec leur carte de de crédit, ils doivent impérativement ramener le solde à zéro, et surtout à temps! Sinon, bonjour les intérêts et pénalités gigantesques, et bienvenue dans le cercle vicieux des dettes!

  1. Valeur suprême: ne vivez jamais au-dessus de vos moyens!

Il est important que vos enfants comprennent cette valeur sacrée car la cause des ennuis de plus d’un c’est cette habitude qu’ils ont de vivre au-dessus de leurs moyens, très souvent pour faire comme les autres, faire croire aux autres qu’ils sont riches, ou parce qu’ils veulent impressionner des gens qui se fichent totalement de ce qu’ils font ou ne font pas! Si tu gagnes 1000 $ par mois et dépenses 1500 $ par mois, c’est le suicide!

  1. Recyclez. Réutilisez. Réduisez

Il n y a pas de raison d’acheter un nouveau téléphone tous les six mois alors que celui que nous avons marche parfaitement bien quoique un peu plus âgé. Il n y a pas de raison de s’acheter une voiture neuve, même si c’est avec notre propre argent, si nous vivons dans une ville où les transports publics existent et fonctionnent parfaitement, ou si des opportunités d’acquérir des voitures de seconde main en parfait état de fonctionnement existent. Je ne vois pas pourquoi je devrais acheter un manteau de 1500 $ alors qu’avec 150 $ je peux acquérir un d’excellente qualité dans une boutique d’objets de seconde main. Récycler et réutiliser des objets, et réduire son empreinte sur la planète fait économiquement et environnementalement sens. Il est important de l’expliquer à nos enfants et surtout n’oubliez pas de prêcher par l’exemple.

  1. Rester imperméable aux qu’en dira-t-on

Rester soi-même, suivre son chemin, faire ce que l’on veut faire parce que c’est ce que nous aimons et qui nous rend heureux, définir ce que le succès veut dire pour nous, tout ceci est très difficile si on est tout le temps préoccupé par ce que les autres diront ou penseront de nos faits et gestes. Comprendre que ce qui compte vraiment c’est ce que nous pensons, et pas ce que les autres pensent de nous et de nos actes, c’est le passeport pour le bonheur et la possibilité de vivre la vie que nous désirons et méritons. Inculquez cela dans la tête de vos enfants, même s’il faut le faire à coup de marteau! Et, bien sûr, soyez le meilleur exemple pour eux!

Nous laissons souvent l’éducation financière de nos enfants au hasard. Il est temps que nous comprenons que rien ne se fait tout seul et que ce genre de négligence a des conséquences qui affectent éternellement la vie des nôtres, et pas dans le bon sens.

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Loin des siens. Loin de tout!

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Il est 4:30 mn. La nuit est déjà tombée. Et il neige. Fortement. J’ai beaucoup hésité avant de me rendre à cette boutique à la sortie du travail. Ces deux dernières semaines ont été très éprouvantes pour moi. Alors, la dernière chose dont j’avais envie de faire était de faire des courses. Mais il le fallait car, malgré toutes les épreuves auxquelles nous sommes confrontés au quotidien, il faut continuer, n’est-ce pas?

Ne jamais jeter l’éponge.

Se relever et continuer.

Poser un pas après l’autre.

Toujours.

Vivre et surtout aider à vivre autant que faire se peut. Tendre la main à ceux et celles qui sont seuls, frustrés, découragés, déprimés, dépassés par la vie et ses multiples coups.

Aider ceux qui, comme David, se sentent seuls. Terriblement seuls. Loin de tout et de tous leurs êtres chers en ce moment si important de l’année.

David, que j’ai rencontré à l’arrêt du bus, est au Canada depuis trois ans et m’a avoué que c’est dur. Très dur. Emotionnellement. Socialement. Académiquement. Voici plus concrètement ce qu’il me dit après que nous ayons fait connaissance.

“Qu’est-ce que je fais ici, loin de ma terre, seul? Je donnerais ma vie pour retourner chez moi. Je n’ai jamais voulu venir ici. Mais, mon avis n’a pas compté. Pourtant il s’agit de ma vie. Mes parents ont décidé et je n’avais plus qu’à leur obéir. Personne ne m’a préparé à la réalité terrible que je vis depuis que je suis arrivé dans ce pays. La transition est dure et n’est pas terminée et je ne pense pas qu’elle terminera dans un avenir proche. Ou même un jour. Ce pays n’est pas pour moi, simplement.”

David est togolais, fils de parents nantis qui, comme plusieurs parents africains, veulent et font tout ce qu’ils peuvent pour que leurs enfants étudient et travaillent à l’étranger. Que ces enfants aient des rêves personnels, différents, qu’ils veuillent suivre un chemin différent de celui que leurs parents veulent tracer pour eux est simplement hors de question. Le résultat c’est des jeunes hommes et femmes incompris, déprimés, coupés du reste du monde dans lequel ils n’arrivent pas à s’intégrer, isolés de tout comme David qui, me l’a-t-il avoué, n’était pas sorti de sa chambre depuis des semaines.

Des jeunes hommes et des femmes qui, de plus en plus, commettent l’irréparable, la seule façon pour eux de se faire enfin entendre.

Pour tous ces enfants obligés de quitter leurs familles, ces enfants dont certains ont a peine 17 ans, les fêtes de fin et début d’année sont synonyme de torture atroce. Et si, en plus de souffrir de la solitude, du mal du pays et de l’absence de leur famille, ils sont obligés de gérer certaines contraintes comme celle de devoir quitter leur chambre à la résidence universitaire pendant cette période de l’année particulièrement froide, comme c’est le cas d’ailleurs ici au Canada, le fardeau devient trop lourd à porter.

De ma conversation avec David, des conversations que j’ai eues avec d’autres étudiants internationaux avec qui j’ai échangé sur leur nouvelle vie depuis que je suis au Canada, et surtout d’après ma propre expérience en tant qu’étudiante dans ce pays, je retiens quelques leçons que je voudrais partager avec vous:

  • Ecoutez vos enfants lorsqu’il s’agit de leur avenir. Certes, vous devez jouer votre rôle de parent, de guide, mais essayez de ne pas vouloir vivre à travers vos enfants parce que vos enfants ne sont pas votre prolongement. Ce sont des êtres à part entière, différents de vous. N’essayez pas de vivre ce rêve que vous n’avez pas pu réaliser à travers eux.
  • Revoyez vos attentes envers vos enfants. C’est OK de ne pas avoir les meilleurs notes au Collège ou à l’Université. C’est tout aussi OK de se tromper de filière parce que nous sommes tous des humains, donc imparfaits, et de changer, même après quelques années d’études. Et surtout ne considérez pas ces années comme perdues. Non!
  • Vos enfants auront certainement et énormément appris pendant cette période de tâtonnement, apprentissage qui leur permettra de mieux affronter la vie demain car à côté de la vie académique, il y a la vie. La réalité qui exige que l’on ait des compétences pas toujours académiques.
  • C’est normal et même nécessaire d’aider vos enfants à changer de cap lorsqu’ils se sont trompés de filière/programme. Imaginez un tout petit peu leur détresse. Dans le cas de David, non seulement il n’avait jamais voulu venir au Canada, mais il a dû étudier ce qu’il n’aimait pas, parce que ses parents en avaient décidé ainsi. Par respect pour ces derniers, il a continué, malgré lui, s’est accroché, pour leur faire plaisir.

Pour ne pas les décevoir.

Mais plusieurs abandonnent, en secret, et n’osent pas en informer leurs parents qui, en Afrique, croient que les choses vont bien pour leurs enfants, jusqu’au jour où ils découvrent le pot aux roses. Parce que les enfants, redoutant la réaction de leurs parents, n’osent pas s’ouvrir.

  • Créez les conditions pour que vos enfants puissent vous parler et se confier à vous sans aucune crainte de représailles. C’est seulement dans ces conditions que certains drames peuvent être évités et que vous pouvez réellement les aider lorsqu’ils ont besoin de vous.
  • Les mauvaises notes ne signifient pas la fin du monde. On peut avoir des mauvaises notes et réussir dans la vie. Plusieurs personnes prospères aujourd’hui n’ont jamais terminé le secondaire et étaient médiocres à l’école. Mais cela ne les a pas empêché d’être au sommet aujourd’hui, chefs d’entreprises prospères qui emploient ceux et celles-là qui étaient brillants en classe! Regardez autour de vous et vous verrez de quoi je parle.
  • Il n y a pas que la vie académique: vos enfants sont d’abord des êtres humains qui ont besoin de vivre une vie sociale et affective, et qui ont surtout besoin d’aide, de votre aide pour réussir ici aussi. Ils sont traumatisés, ont le mal du pays et sont en manque de leurs familles, ce qui peut sérieusement affecter leur santé mentale et les pousser à commettre l’irréparable. Le changement qu’ils vivent est drastique pour qu’on le prenne à la légère.

Le secondaire est un environnement structuré où les enfants sont encadrés et bénéficient d’appui et d’orientation constants. Les enseignants tiennent à ce que vous réussissez et s’y investissent. Lorsque vos notes sont mauvaises, ils cherchent à savoir pourquoi, en discutent avec vous et avec vos parents, suggèrent des stratégies pour vous aider à vous rattraper, etc. Ils sont vos enseignants mais aussi vos tuteurs et mentors en quelque sorte. Au Collège et à l’Université, c’est tout le contraire. Personne ne veille sur vous.

Personne ne vous demande des comptes ou encore vous rappelle ce que vous devez faire.

Personne ne vous demande si vous avez fait vos devoirs, etc.

Je me rappelle que nous réveillions nos enfants tous les matins à 7 heures lorsqu’ils étaient encore avec nous, veillions à ce qu’ils ne s’attardent pas trop, à ce qu’ils n’aillent pas à l’école sans avoir fait leur toilette ou encore en pyjama comme certains enfants le font ici. Nous veillions à ce qu’ils aillent à l’école et ne manquent aucun cours. A l’Université, personne d’autre ne fera tout cela. Dans ce nouvel environnement, on s’en fout et les enfants peuvent très rapidement et facilement perdre pied.

  • Préparez sérieusement vos enfants à réussir cette importante transition dans leur vie, et surtout réussir leur nouvelle vie.

“Personne ne m’avait dit que je dois changer de manière d’étudier. Je croyais que tout irait bien avec la stratégie que j’ai toujours utilisée au secondaire pour étudier, laquelle a toujours marché et m’a permis de réussir à mes examens,” nous a dit notre fils lorsqu’il s’est confronté à la réalité du monde universitaire.

Ces enfants commencent une nouvelle vie dans une nouvelle structure scolaire et un nouveau contexte et doivent aussi gérer leur nouvelle vie loin de leurs parents pour la première fois. Une nouvelle vie où ils doivent s’occuper de tout, faire leurs courses, établir et gérer un budget, préparer leurs repas, prendre soin de leur maison/chambre, faire leurs lits, leur lessive, la vaisselle, payer leurs factures à temps, naviguer leur nouvel environnement, en plus de répondre aux multiples attentes et exigences académiques.

Tout ceci peut se révéler trop lourd à porter surtout si ces enfants n’ont pas appris à se prendre en charge tôt. Nous, parents, oublions souvent cet important aspect de la vie et échouons à cultiver en nos enfants ces importantes aptitudes nécessaires pour vivre une vie réussie.

David n’a pas encore abandonné. Mais, qui sait combien d’enfants qui vivent la même réalité que lui l’ont déjà fait?

David n’a pas encore sombré dans l’alcool ou la drogue pour tenter de noyer ses soucis. Mais, qui sait combien d’enfants qui vivent la même réalité que lui l’ont déjà fait?

David vit encore seul, et refuse de se mettre en couple juste pour avoir quelqu’un qui va lui préparer à manger, faire sa lessive, sa vaisselle, faire ces courses qu’il abhorre, et bien d’autres choses que ses parents faisaient pour lui au pays. Mais, combien d’enfants qui vivent la même réalité que lui l’ont déjà fait? Juste pour s’en sortir. Mais, en couple, c’est dur aussi. ça, c’est un autre débat que j’aborderai plus tard.

Que la gratitude soit avec vous!

Céline Magnéché Ndé Sika

 

Nous n’avons que nos enfants: gérons avec eux!

Une de mes lectrices a réagi à mon dernier article sur l’éducation financière que nous devons donner à nos enfants si nous voulons que ces derniers ne se noient pas dans la mer des problèmes qu’une mauvaise relation avec l’argent crée tôt ou tard. Elle a particulièrement utilisé cette phrase que j’ai aimée et que je voudrais partager avec vous: nous n’avons que nos enfants, gérons avec eux. Ne pas le faire c’est donner le pouvoir aux autres de le faire lorsque vous ne serez plus là ou lorsque vous ne serez plus capables de le faire. Et de le faire pas comme vous l’aurez souhaité, mais comme ils le veulent. Est-ce ce que vous voulez?

Parler finances avec ses enfants est une très bonne chose aussi bien pour les parents que pour les enfants. Cela permet aux parents de doter leurs enfants d’outils dont ils ont et auront besoin demain pour gérer avec efficacité et sans dégâts leurs ressources financiers. Cela permet aux enfants d’apprendre à gérer leurs finances, à construire une relation saine avec l’argent. Lorsqu’ils savent ce qui entre, et comment cela est géré, ils ne peuvent pas vous demander l’impossible. Parler de sa bonne gestion des finances de la famille mais aussi de ses déboires car cela permet aux enfants d’apprendre de vos erreurs pour ne pas commettre ces mêmes erreurs.

Qu’attendons-nous d’un enfant qui n’a jamais vu un chéquier ou une carte de crédit et qui se retrouve, du jour au lendemain, obligé d’en demander une et surtout de la gérer, dans une société de consommation où les banquiers sans foi ni loi poussent les gens, quelque soit votre âge et votre statut, c’est-à-dire des vieillards aux adultes en passant par des enfants, à toujours consommer, et surtout à consommer autant que faire se peut et à payer plus tard, avec ce que cela comporte comme conséquences graves et parfois fatales pour les consommateurs?

Qu’attendons-nous de nos enfants qu’ils fassent si tout au long de notre vie nous leur avons soigneusement caché les finances de notre famille, entreprise ou l’entreprise que nous avons créé avec des partenaires? Si nous ne sommes pas transparents, si nous sommes opaques?

Pourquoi sommes-nous surpris demain lorsqu’ils sont incapables de gérer leur propre argent, celui de la famille qu’ils ont fondée, ou l’argent de l’entreprise dans laquelle ils travaillent, ou l’argent de l’entreprise que nous leur avons laissée en héritage?

Comment pouvons-nous attendre qu’ils réussissent financièrement alors que nous ne leur avons pas donné les outils dont ils ont besoin pour bien gérer leur argent et régler avec succès les problèmes financiers qu’ils rencontreront inévitablement tout au long de leur vie?

Les miracles n’existent pas, guys, et on ne récolte que ce qu’on a semé, et si on ne sème rien, on ne récoltera rien sauf si on est voleur, escroc et malhonnête.

Apprendre aux enfants à mieux gérer leurs finances et tout ce qui y est lie, et le plus tôt possible, c’est urgent parce que vital. Qu’est-ce que cela veut dire? Rien de trop compliqué, voyons.

  • C’est par exemple leur expliquer ce que c’est qu’un chéquier, un chèque sans provisions et ses conséquences, une carte bancaire, la différence entre une carte de crédit et une carte de débit.
  • C’est leur confier la tâche d’aller faire des opérations bancaires ou des achats avec votre carte de crédit.
  • C’est leur confier la tâche de préparer le budget de la famille et les laisser le superviser par exemple.
  • C’est leur donner la parole, les écouter et prendre en compte leur point de vue en ce qui concerne la gestion des finances de la maison, même si c’est vous qui travaillez cet argent.
  • C’est leur expliquer pourquoi il est important d’épargner et les aider à construire une habitude, une culture de l’épargne
  • C’est leur expliquer pourquoi il est important de ne pas gaspiller, les encourager à créer des stratégies pour économiser, les féliciter et récompenser lorsqu’ils en créent une et surtout les motiver à continuer à être créatifs.
  • C’est accepter qu’ils se trompent sans les insulter et les humilier.
  • C’est les féliciter lorsqu’ils ont bien gérer leur argent ou l’argent que vous leur avez confié pour faire des courses, payer leur scolarité, etc.
  • C’est parler avec eux des finances, pas leur parler des finances.

Toutes ces choses -et bien d’autres bien évidemment car cette liste est loin d’être exhaustive- sont petites, apparemment insignifiantes à nos yeux. Mais croyez-moi, elles sont très très importantes car elles nous permettent d’apprendre pour mieux faire et éviter des erreurs parfois mortelles.

Des tips et des trucs pour doter nos enfants d’outils efficaces de gestion financiere, il y en a  plein j’en suis convaincue. Pourquoi ne pas partager ceux que tu connais et utilises avec succès avec nous, ici, pour améliorer notre vie et celle des nôtres?

Bien à toi et surtout bonne journée!

Celine SIKA

Quelle éducation financière donnons-nous à nos enfants ?

Il y a quelques jours j’ai appris avec stupéfaction que le fils d’un de mes amies avait cessé d’aller à l’école depuis bientôt deux ans non pas parce qu’il avait été suspendu ou expulsé de son programme académique, mais parce qu’il n’avait pas payé ses frais de scolarité. A ma stupéfaction s’est ajoutée l’horreur et l’angoisse lorsque  j’ai appris par la suite que non seulement il n’allait plus à l’école, mais était recherché par la police -pour escroquerie et violence contre sa petite amie qu’il avait frappée parce que cette dernière avait refusé de lui servir de domestique-, par le fisc -parce qu’il avait des factures astronomiques non payées-, par son bailleur et des amis pour loyer et dettes non payées.

Que s’est-il passé pour que ce gaillard de 22 ans sur qui toute sa famille avait tout misé se retrouve dans une situation qui a tout l’air d’être sans issue ? Eh bien, au lieu de payer effectivement ses frais de scolarité que les parents lui envoyaient tous les semestres sans faute malgré leurs ressources assez limitées, notre ami s’achetait les derniers gadgets électroniques et  s’habillait avec les marques vestimentaires à la mode.

Cette histoire triste qui met en évidence une des erreurs majuscules que nous, parents, commettons à l’égard de nos enfants est hélas très commune, que nous vivions dans la même maison, la même  ville, la même province, le même pays que nos enfants, ou que ces derniers se retrouvent hors du pays, étudiants sous d’autres cieux. On n’en parle pas parce qu’on a honte -du qu’en dira-t-on, pour avoir omis, négligé ou simplement pour n’avoir pas su aider nos enfants à construire des rapports sains avec l’argent-. On n’en parle pas  par insouciance, par ignorance, parce que l’on pense que cela n’arrive qu’aux enfants des autres. Pourtant le sujet est plus que grave et requiert que l’on y accorde toute l’importance qu’il mérite pour limiter les dégâts aussi bien chez nos enfants qui se retrouvent dans de sales draps, que chez-nous-mêmes car vous conviendrez avec moi qu’il n’est pas donné à tout le monde de rester intacte lorsqu’on apprend une chose pareille au sujet de ses enfants.

Je connais des parents qui ne sont plus mentalement équilibrés parce qu’ils ont donné et se sont donnés pour que leurs enfants se retrouvent à la fin … dans la rue, à mendier presque pour survivre, lorsqu’ils ne se retrouvent pas derrière les barreaux pour des histoires plus ou moins semblables.

L’éducation que nos enfants reçoivent devrait être holistique, c’est-à-dire qu’elle devrait leur permettre d’acquérir les outils dont ils ont besoin pour trouver des réponses adéquates à toutes les équations de plus en plus complexes de la vie moderne, et pas seulement leur permettre de « lier le bois au bois pour faire des édifices de bois » comme dit l’écrivain sénégalais Cheickh Hamidou Kane dans l’Aventure Ambigüe. Comment préparer un budget et le respecter,  faire mon lit, faire ma lessive, ma vaisselle, repasser mes vêtements, préparer à manger, faire mes courses, surmonter un chagrin d’amour ou le décès d’un être cher, gérer efficacement mon temps, trouver mon université, m’y inscrire et y survivre, épargner, investir, m’occuper de moi-même, et j’en passe. Si plusieurs d’entre nous avons appris ces choses sur le tas, souvent douloureusement, en commettant des erreurs que certains paient et paieront jusqu’à la fin de leur vie et même après (des enfants sont souvent obligés de payer les dettes de leurs défunts parents), parce que ces questions pourtant vitales n’avaient pas l’attention qu’elles méritent, nous devons, en tant que parents, amis, voisins, mentors, parrains ou marraines, et compte tenu des enjeux que ces questions revêtent aujourd’hui, veillez à ce que nos enfants soient armés d’outils dont ils ont besoin pour exercer avec succès et sans trop de dégâts le difficile métier de l’Homme dans un monde de plus en plus complexe.

Intendance, responsabilité financière, gestion efficace et consciente de son argent, son temps, ses émotions et ses relations, épargne, investissement, planification financière, budget, tout ceci et bien plus s’apprend, car l’école ne fait pas et ne peut pas  tout faire. Mais comment s’y prendre ?

  1. En leur parlant de la vie réelle, dans tous ses états, avec ses hauts et ses bas, dès qu’ils sont en âge de comprendre
  2. En les impliquant activement dans les activités de la vie réelle, dès qu’ils sont en âge de comprendre : budgets, achats, responsabilités fiscales à la maison, paiement des factures, établissement des listes des achats, travaux domestiques
  3. Fixez des buts à atteindre et récompensez-les s’ils les atteignent (s’ils épargnent un montant d’argent par mois, trimestre, an, vous leur verser un certain pourcentage de l’argent épargné)
  4. En leur apprenant à apprécier à sa juste valeur ce qu’ils reçoivent (de vous ou d’autres personnes) et en ne leur offrant des cadeaux que lorsqu’ils les méritent
  5.  Rien ne devrait être tabou entre vos enfants et vous-mêmes, même pas l’argent.

Il existe de nombreuses ressources aujourd’hui : littérature, sites web, groupes thématiques et d’entraide, pour vous aider à mieux vous préparer et accompagner vos enfants dans ce processus d’apprentissage vital. Si avec ceci vous ne savez toujours pas comment vous y prendre, vous pouvez aussi faire appel aux nombreux spécialistes qui ne demandent qu’à vous servir. Nous ne pouvons plus perdre une seule minute car les conséquences de cette éducation manquée sont lourdes, à court, moyen et long terme.

Si tu as aimé, et surtout si tu as trouvé ce papier utile, partage-le autour de toi car il pourrait aussi servir à d’autres personnes. Si tu as des tips et des trucs pour éduquer financièrement et émotionnellement nos enfants, et aussi les aider à assurer l’intendance, je serais heureuse que tu les partages avec moi, avec nous sur cette page car lorsqu’on sait, on partage.

Bien à toi !

Céline SIKA