La fusion dans un couple n’est pas la chose à encourager

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La fusion? Cette négation de l’autre et de soi-même débouche inévitablement sur l’explosion. Cherchez et encouragez l’épanouissement de votre partenaire! C’est cela la clé du Bonheur. François Cluzet

Cluzet a parfaitement raison car deux personnes qui se rencontrent et décident de cheminer ensemble sont deux individus différents, deux personnalités différentes. Deux tempéraments différents. Deux personnes qui sont nées, ont grandi et fréquenté des milieux différents -famille, école, église, environnement du travail, amis, collègues, etc.- qui, comme le dit Stephen R. Covey, ont silencieusement mais effectivement impacté leur vie et contribue de façon significative à définir leur cadre de référence et conditionné leurs comportements et attitudes. Et, parce que deux intelligences valent toujours mieux qu’une, et surtout aussi parce que chaque personne doit exister en tant que personne d’abord avant d’être partenaire, parent, enfant, voisin, collègue et j’en passe, une fusion quelconque signifie donc la négation de l’autre ou des deux, de tout ce potentiel au profit de personne.  Parce que je ne suis plus moi et tu n’es plus toi non plus! Or chaque couple a absolument besoin de différentes individualités qui le composent pour exister et prospérer. C’est la condition sine qua non pour que la relation reste saine, s’épanouisse au profit de tous et dure. Au cas contraire, bonjour les dégâts!

Ton tour…

Qu’est-ce que tu en penses? Fusion ou pas? Pourquoi? Je serais contente de te lire.

 

Avant d’être une épouse et une mère, je suis d’abord Céline

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En 1996 j’ai obtenu une bourse de l’Agence Espagnole de Coopération Internationale pour aller faire des études de doctorat en Espagne. J’étais déjà mariée et avec deux jeunes enfants. Accepter cette bourse signifiait aller vivre en Espagne pendant cinq ans, loin de mon mari et de mes deux jeunes enfants. Parce qu’il n’était pas question d’envisager d’y aller avec ma petite famille. J’ai accepté la bourse et suis partie.

Seule.

Ce qui a provoqué, comme beaucoup peuvent l’imaginer, beaucoup de mes frères et soeurs africains, un tollé général.

“Une femme doit être auprès de son mari pour prendre soin de lui et des enfants!”

“Comment est-ce que ton mari a pu accepter cela? C’est toi qui portes le pantalon à la maison ou quoi? Qui va s’occuper des enfants? Lui? Il prend trop de risques. Est-ce qu’il sait que tu peux ne plus rentrer au pays?”

“Moi je n’accepterais jamais cela! C’est le monde à l’envers, finalement!”

“Si cela m’arrive, je demande à ma femme de choisir entre le mariage et le divorce!”

“Qu’est-ce que tu cherches, Céline? Tu as tout! Vraiment, on ne te comprend pas, ma chère!”

“Qu’est-ce qu’on va dire si on entend qu’une femme a laissé son mari et deux jeunes enfants pour aller soi-disant poursuivre ses études chez les blancs? Tu es sûre que c’est vraiment pour poursuivre tes études que tu pars? En tout cas, ça c’est être égoïste! Où mets-tu ta famille, tes enfants, ton mari dans tout ça?”

Voilà quelques unes des perles que j’ai, que mon mari et moi, avons entendues. Il y avait de la pression de son côté pour qu’il ne me laisse pas partir, et de mon côté aussi. Ce que toutes ces personnes qui disaient se préoccuper pour moi, pour nous et pour notre petite famille ignoraient c’est que, mon mari et moi avions toujours été deux à danser ce tango qu’est le mariage et nous le sommes toujours d’ailleurs presque trente ans après ce jour où nos chemins se sont croisés et que nous avons décidé de cheminer ensemble désormais.

Mais, cheminer ensemble ne veut pas dire et n’a jamais voulu dire, à mon avis, que l’un des partenaires ou que les deux partenaires doivent renoncer à qui ils sont comme personnes, comme individus. Parce que, avant d’être épouse et époux, papa et maman, ils sont, chacun, un individu avec des projets et ambitions personnels que rien ne doit hypothéquer.

En effet, si ces projets personnels sont hypothéqués pour quelques raisons que ce soit, c’est le passeport pour la frustration, l’amertume, la non félicité qui peuvent mener à la séparation du couple. Il suffit de regarder autour de nous pour constater cela. Et puis, pourquoi devrais-je renoncer à mon projet de réaliser mes études doctorales? Pourquoi est-ce que mon époux devrait s’opposer à la réalisation de ce projet qui m’était cher? Aimer c’est comprendre, c’est soutenir, c’est accompagner, c’est aider l’autre à se découvrir, à mieux se connaître, à s’épanouir et à devenir la meilleure version de sa personne. Aimer c’est aider l’autre à réaliser tout son potentiel!

Aimer ce n’est pas frustrer l’autre.

Aimer ce n’est pas diminuer l’autre, limiter son horizon.

Aimer ce n’est pas briser ses ailes et empêcher l’autre de voler haut et de briller.

J’ai obtenu le soutien total de mon époux pour la réalisation de ce projet personnel et de bien d’autres d’ailleurs. Et je suis bel et bien retournée au Cameroun auprès de ma famille après mes études doctorales parce que je n’avais qu’un seul agenda lorsque je partais pour l’Espagne: étudier et retourner auprès des miens une fois mes études terminées, et servir mon pays.

Pourquoi je vous raconte ceci aujourd’hui? Parce que je voudrais partager cette expérience avec vous et surtout partager les leçons que j’ai apprises de cette expérience.

La mariage est une affaire de deux personnes et pas une affaire des familles, du quartier ou de la communauté. Chacun voudra vous dire ce qu’il pense être bien ou mieux pour vous. Mais, souvenez-vous qu’il s’agit de vous deux, de vous deux seulement, de votre vie, de votre avenir et, qui mieux que vous deux pour décider ce que vous deux voulez que cet avenir, que cette vie soit? Si vous pouvez ou voulez, écoutez les uns et les autres avec politesse mais, à la fin, restez les conducteurs au volant de cette vie qui est la vôtre!

Cette décision ne va pas plaire, je vous assure, mais alors pas du tout. Mais, persistez! Ne vous laissez pas manipuler et sachez que vous ne pouvez pas contenter tout le monde. Vous ne devez même pas y penser! C’est de la mer à boire.

Vous avez décidé de vous dire oui? Bonne nouvelle! Mais, si l’un des partenaires n’a pas fini ses études, il est important de continuer, de finir et de trouver du travail. Pour son propre épanouissement et pour contribuer à construire cette nouvelle famille. Ce n’est pas une bonne idée d’abandonner ses études ou son travail juste parce qu’on s’est marié! Lorsqu’on se marie, on n’est pas arrivé, les amis! Et aussi parce que le pire arrive dans la vie. Les partenaires tombent malades, perdent leur emploi, meurent, deviennent invalides à vie, le mariage finit, etc. Alors, si c’est le partenaire qui faisait bouillir la marmite qui se retrouve dans l’une de ces situations décrites, imaginez le stress de l’autre partenaire! Imaginez la suite!

Lorsque mon papa est décédé il y a six ans, nous avons réalisé avec horreur et stupéfaction que notre maman n’avait pas de signature sur leur compte bancaire. En effet, c’est papa qui avait toujours tout fait, géré tous les projets de la famille, seul, sans impliquer notre maman. Et cette dernière l’avait laissé faire sans jamais chercher à être impliquée. Une grave erreur! Une fois papa parti, il fallait gérer l’après papa. Impossible pour notre maman d’accéder au compte de notre défunt papa pour toucher sa pension dont elle avait pourtant absolument besoin pour vivre! Difficile pour maman de prendre le relais de la gestion des projets de la famille parce qu’elle n’avait aucune idée de tout cela!

Ce cas n’est pas unique. Plusieurs couples sont dans cette situation. Et ne réalisent même pas que celle-ci peut avoir des conséquences gravissimes pour le couple, leur famille ou le/la partenaire qui survit au défunt. Avant le décès de notre papa, celui-ci avait été victime d’un accident vasculaire cérébral qui l’a privé de l’usage de la parole et de ses facultés mentales. Pendant sept ans, papa était incapable de faire quoi que ce soit, et ne se souvenait même plus de qui il était. Il fallait payer ses frais d’hôpital, ses médicaments. Et couvrir les besoins de son épouse. Sa pension aurait pu aider si maman pouvait y accéder. Depuis son décès, nous avons pris en charge notre maman. Que serait-elle devenue si nous, ses enfants, n’avions pas les moyens de le faire?

Vous ne voulez pas que cela vous arrive, n’est-ce pas? Alors, agissez! Pendant qu’il est encore temps.

  • N’abandonne pas tes études ou ton travail après ton mariage quelque soit le statut de ton/ta partenaire
  • Aie ta propre carte de crédit et ton propre compte d’épargne même si vous avez des comptes communs
  • N’abandonne pas la gestion des finances à ton/ta partenaire!
  • Implique-toi activement dans la gestion de vos projets : achat d’une maison ou d’une voiture, épargne pour l’éducation de vos enfants, etc.

Prévenir vaut mieux que guérir! Toujours!

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Loin des siens. Loin de tout!

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Il est 4:30 mn. La nuit est déjà tombée. Et il neige. Fortement. J’ai beaucoup hésité avant de me rendre à cette boutique à la sortie du travail. Ces deux dernières semaines ont été très éprouvantes pour moi. Alors, la dernière chose dont j’avais envie de faire était de faire des courses. Mais il le fallait car, malgré toutes les épreuves auxquelles nous sommes confrontés au quotidien, il faut continuer, n’est-ce pas?

Ne jamais jeter l’éponge.

Se relever et continuer.

Poser un pas après l’autre.

Toujours.

Vivre et surtout aider à vivre autant que faire se peut. Tendre la main à ceux et celles qui sont seuls, frustrés, découragés, déprimés, dépassés par la vie et ses multiples coups.

Aider ceux qui, comme David, se sentent seuls. Terriblement seuls. Loin de tout et de tous leurs êtres chers en ce moment si important de l’année.

David, que j’ai rencontré à l’arrêt du bus, est au Canada depuis trois ans et m’a avoué que c’est dur. Très dur. Emotionnellement. Socialement. Académiquement. Voici plus concrètement ce qu’il me dit après que nous ayons fait connaissance.

“Qu’est-ce que je fais ici, loin de ma terre, seul? Je donnerais ma vie pour retourner chez moi. Je n’ai jamais voulu venir ici. Mais, mon avis n’a pas compté. Pourtant il s’agit de ma vie. Mes parents ont décidé et je n’avais plus qu’à leur obéir. Personne ne m’a préparé à la réalité terrible que je vis depuis que je suis arrivé dans ce pays. La transition est dure et n’est pas terminée et je ne pense pas qu’elle terminera dans un avenir proche. Ou même un jour. Ce pays n’est pas pour moi, simplement.”

David est togolais, fils de parents nantis qui, comme plusieurs parents africains, veulent et font tout ce qu’ils peuvent pour que leurs enfants étudient et travaillent à l’étranger. Que ces enfants aient des rêves personnels, différents, qu’ils veuillent suivre un chemin différent de celui que leurs parents veulent tracer pour eux est simplement hors de question. Le résultat c’est des jeunes hommes et femmes incompris, déprimés, coupés du reste du monde dans lequel ils n’arrivent pas à s’intégrer, isolés de tout comme David qui, me l’a-t-il avoué, n’était pas sorti de sa chambre depuis des semaines.

Des jeunes hommes et des femmes qui, de plus en plus, commettent l’irréparable, la seule façon pour eux de se faire enfin entendre.

Pour tous ces enfants obligés de quitter leurs familles, ces enfants dont certains ont a peine 17 ans, les fêtes de fin et début d’année sont synonyme de torture atroce. Et si, en plus de souffrir de la solitude, du mal du pays et de l’absence de leur famille, ils sont obligés de gérer certaines contraintes comme celle de devoir quitter leur chambre à la résidence universitaire pendant cette période de l’année particulièrement froide, comme c’est le cas d’ailleurs ici au Canada, le fardeau devient trop lourd à porter.

De ma conversation avec David, des conversations que j’ai eues avec d’autres étudiants internationaux avec qui j’ai échangé sur leur nouvelle vie depuis que je suis au Canada, et surtout d’après ma propre expérience en tant qu’étudiante dans ce pays, je retiens quelques leçons que je voudrais partager avec vous:

  • Ecoutez vos enfants lorsqu’il s’agit de leur avenir. Certes, vous devez jouer votre rôle de parent, de guide, mais essayez de ne pas vouloir vivre à travers vos enfants parce que vos enfants ne sont pas votre prolongement. Ce sont des êtres à part entière, différents de vous. N’essayez pas de vivre ce rêve que vous n’avez pas pu réaliser à travers eux.
  • Revoyez vos attentes envers vos enfants. C’est OK de ne pas avoir les meilleurs notes au Collège ou à l’Université. C’est tout aussi OK de se tromper de filière parce que nous sommes tous des humains, donc imparfaits, et de changer, même après quelques années d’études. Et surtout ne considérez pas ces années comme perdues. Non!
  • Vos enfants auront certainement et énormément appris pendant cette période de tâtonnement, apprentissage qui leur permettra de mieux affronter la vie demain car à côté de la vie académique, il y a la vie. La réalité qui exige que l’on ait des compétences pas toujours académiques.
  • C’est normal et même nécessaire d’aider vos enfants à changer de cap lorsqu’ils se sont trompés de filière/programme. Imaginez un tout petit peu leur détresse. Dans le cas de David, non seulement il n’avait jamais voulu venir au Canada, mais il a dû étudier ce qu’il n’aimait pas, parce que ses parents en avaient décidé ainsi. Par respect pour ces derniers, il a continué, malgré lui, s’est accroché, pour leur faire plaisir.

Pour ne pas les décevoir.

Mais plusieurs abandonnent, en secret, et n’osent pas en informer leurs parents qui, en Afrique, croient que les choses vont bien pour leurs enfants, jusqu’au jour où ils découvrent le pot aux roses. Parce que les enfants, redoutant la réaction de leurs parents, n’osent pas s’ouvrir.

  • Créez les conditions pour que vos enfants puissent vous parler et se confier à vous sans aucune crainte de représailles. C’est seulement dans ces conditions que certains drames peuvent être évités et que vous pouvez réellement les aider lorsqu’ils ont besoin de vous.
  • Les mauvaises notes ne signifient pas la fin du monde. On peut avoir des mauvaises notes et réussir dans la vie. Plusieurs personnes prospères aujourd’hui n’ont jamais terminé le secondaire et étaient médiocres à l’école. Mais cela ne les a pas empêché d’être au sommet aujourd’hui, chefs d’entreprises prospères qui emploient ceux et celles-là qui étaient brillants en classe! Regardez autour de vous et vous verrez de quoi je parle.
  • Il n y a pas que la vie académique: vos enfants sont d’abord des êtres humains qui ont besoin de vivre une vie sociale et affective, et qui ont surtout besoin d’aide, de votre aide pour réussir ici aussi. Ils sont traumatisés, ont le mal du pays et sont en manque de leurs familles, ce qui peut sérieusement affecter leur santé mentale et les pousser à commettre l’irréparable. Le changement qu’ils vivent est drastique pour qu’on le prenne à la légère.

Le secondaire est un environnement structuré où les enfants sont encadrés et bénéficient d’appui et d’orientation constants. Les enseignants tiennent à ce que vous réussissez et s’y investissent. Lorsque vos notes sont mauvaises, ils cherchent à savoir pourquoi, en discutent avec vous et avec vos parents, suggèrent des stratégies pour vous aider à vous rattraper, etc. Ils sont vos enseignants mais aussi vos tuteurs et mentors en quelque sorte. Au Collège et à l’Université, c’est tout le contraire. Personne ne veille sur vous.

Personne ne vous demande des comptes ou encore vous rappelle ce que vous devez faire.

Personne ne vous demande si vous avez fait vos devoirs, etc.

Je me rappelle que nous réveillions nos enfants tous les matins à 7 heures lorsqu’ils étaient encore avec nous, veillions à ce qu’ils ne s’attardent pas trop, à ce qu’ils n’aillent pas à l’école sans avoir fait leur toilette ou encore en pyjama comme certains enfants le font ici. Nous veillions à ce qu’ils aillent à l’école et ne manquent aucun cours. A l’Université, personne d’autre ne fera tout cela. Dans ce nouvel environnement, on s’en fout et les enfants peuvent très rapidement et facilement perdre pied.

  • Préparez sérieusement vos enfants à réussir cette importante transition dans leur vie, et surtout réussir leur nouvelle vie.

“Personne ne m’avait dit que je dois changer de manière d’étudier. Je croyais que tout irait bien avec la stratégie que j’ai toujours utilisée au secondaire pour étudier, laquelle a toujours marché et m’a permis de réussir à mes examens,” nous a dit notre fils lorsqu’il s’est confronté à la réalité du monde universitaire.

Ces enfants commencent une nouvelle vie dans une nouvelle structure scolaire et un nouveau contexte et doivent aussi gérer leur nouvelle vie loin de leurs parents pour la première fois. Une nouvelle vie où ils doivent s’occuper de tout, faire leurs courses, établir et gérer un budget, préparer leurs repas, prendre soin de leur maison/chambre, faire leurs lits, leur lessive, la vaisselle, payer leurs factures à temps, naviguer leur nouvel environnement, en plus de répondre aux multiples attentes et exigences académiques.

Tout ceci peut se révéler trop lourd à porter surtout si ces enfants n’ont pas appris à se prendre en charge tôt. Nous, parents, oublions souvent cet important aspect de la vie et échouons à cultiver en nos enfants ces importantes aptitudes nécessaires pour vivre une vie réussie.

David n’a pas encore abandonné. Mais, qui sait combien d’enfants qui vivent la même réalité que lui l’ont déjà fait?

David n’a pas encore sombré dans l’alcool ou la drogue pour tenter de noyer ses soucis. Mais, qui sait combien d’enfants qui vivent la même réalité que lui l’ont déjà fait?

David vit encore seul, et refuse de se mettre en couple juste pour avoir quelqu’un qui va lui préparer à manger, faire sa lessive, sa vaisselle, faire ces courses qu’il abhorre, et bien d’autres choses que ses parents faisaient pour lui au pays. Mais, combien d’enfants qui vivent la même réalité que lui l’ont déjà fait? Juste pour s’en sortir. Mais, en couple, c’est dur aussi. ça, c’est un autre débat que j’aborderai plus tard.

Que la gratitude soit avec vous!

Céline Magnéché Ndé Sika

 

Mettez de l’ordre dans vos affaires pendant qu’il est encore temps

ImageIl y a  quelques années ici au Kenya l’histoire d’une famille qui se déchirait autour de la fortune du vieux patriarche malade a fait la une des journaux pendant des mois. Les enfants de la première épouse décédée, ceux de la deuxième épouse, et celle-ci se battaient dans les tribunaux à travers une armée d’avocats, mais aussi hors des tribunaux, à travers des gangs recrutés pour corriger et intimider la partie adverse, ou alors eux-mêmes, partout où ils se rencontraient.

Il faut dire que le patriarche avait battit une fortune colossale, objet de toutes les convoitises.  Diminué par l’âge et la maladie, l’homme assistait, impuissant, à ce spectacle digne de films d’horreurs, lequel avait fini par provoquer une crise cardiaque fatale chez lui. Deux années après son décès, la bataille pour le partage de l’héritage n’est pas terminée. Finalement, l’Etat kenyan a dû prendre les choses en main en attendant que la situation soit tirée au clair. Quand ? Nul ne le sait. Nul ne peut le dire. En attendant, la famille continue à se déchirer.

Ce genre d’histoire, nous en avons presque tous en entendu parler autour de nous. Chez moi au Cameroun, on ne compte plus le nombre de familles irrémédiablement détruites parce que les parents n’ont pas mis de l’ordre dan leurs affaires pendant qu’ils avaient encore la force, le temps et les moyens de le faire.

Par méfiance. Parce que parler de ses biens c’est attirer la convoitise des autres. Attirer l’attention sur soi ainsi qu’une pluie de demandes de la part des membres de sa famille, les amis, les collègues, dans cette Afrique où l’on n’a pas honte de tendre la main, même lorsque l’on a tous ses dix doigts et lorsqu’on jouit d’une parfaite santé.

Par pudeur. Parler de ses biens c’est en quelque sorte manquer de respect à ceux qui n’ont rien, qui souffrent et tirent le diable par la queue.

Par crainte. On a peur d’être tué si on parlait du partage de ses biens pendant qu’on est encore vivant. Ou alors on a peur de déclencher des crises d’hystérie, de nerfs, de déclencher la haine ou même des drames parmi ceux des membres de notre famille qui se sentiraient lésés lors du partage.

Par ignorance. On ne sait toujours pas qu’il faut le faire ou alors on en est conscient mais on ne sait pas par où commencer ni avec qui régler ce genre de choses si délicates, l’escroquerie, la malhonnêteté, la trahison étant devenues le sport national partout, même de la part des gens qu’on aurait jamais soupçonnés.

Par superstition. Oui, parce que personne n’aime parler de la mort. C’est, paraît-il, l’inviter dans nos demeures. Mais ne pas en parler n’empêche pas cette demoiselle de s’inviter chez nous lorsque notre tour arrive. Et ce tour arrive souvent au moment où nous nous y attendons le moins. Semant le désordre, la haine, les ressentiments, la mort même, lorsque nous n’avons pas pris la peine, le temps ou le soin de mettre de l’ordre dans nos affaires.

Personne ne souhaite que ceci arrive à sa famille lorsqu’on ne sera plus là. Nous voulons que nos êtres les plus chers vivent en harmonie après nous. Qu’ils s’aiment les uns les autres et s’entraident au lieu de se déchirer, de s’entretuer, lorsque nous ne serons plus là.

Nous voulons que nos enfants continuent à aller à l’école et fassent de bonnes études lorsque nous ne serons plus là.

Nous voulons que notre famille continue à vivre sous un toit lorsque nous ne serons plus de ce monde.

Nous voulons que nos enfants et notre partenaire continuent à se faire soigner lorsque nous ne serons plus là.

Nous voulons que notre famille continue à manger à sa faim, à faire des projets, à se projeter dans l’avenir lorsque nous ne serons plus de ce monde.

Mais ceci n’arrivera pas tout seul, comme par miracle. Non. Il faut une préparation minutieuse, structurée, pendant qu’il est encore temps. Pendant que vous avez encore tous vos moyens. Et, cette préparation, c’est vous qui devez la faire. Vous devez mettre de l’ordre dans vos affaires. Qu’est-ce que cela veut dire ?

  1. Rédiger votre testament. Avec l’aide d’un notaire crédible, intègre, honnête. Et n’oubliez pas de l’actualiser de temps en temps (si vous l’avez rédigé lorsque vous étiez monogame, par exemple, il convient de corriger cette information si vous prenez une seconde ou plusieurs autres épouses). Dans cet important document, dites clairement ce que vous avez comme biens en nature (terrains, maisons, affaires, voitures, etc.) et en argent (cash dans les banques, actions, etc.), comment est-ce que vous souhaitez que tout ceci soit géré ou partagé après votre décès.
  2. Réglez vos dettes ou tout au moins faites le point dessus. Clarifiez tout pour éviter que des escrocs de tout poil ne profitent de votre absence pour ruiner (vous n’êtes plus là pour les faire mentir) et plumer vos enfants ou votre famille.
  3. Aidez vos enfants à préparer votre départ. Sans souffrance. La mort est doublement douloureuse, ne l’oubliez pas : votre départ, et les préparatifs de vos obsèques. C’est pour vous aider à mieux préparer votre départ que les compagnies d’assurance ont développé des produits qu’elles seront très heureuses de vous proposer. Pensez-y, et rendez-vous service. Rendez services à votre famille. Achetez une police d’assurance obsèques le plus tôt possible. Vous épargnerez une somme souvent très modeste mensuellement. Mais, le moment venu, les bénéfices de cet acte d’amour pour vous et pour vos êtres aimés seront énormes.

Si vous ne faites rien, une fois parti, votre famille doit se débrouiller pour organiser vos obsèques, parfois sans aucune ressource. Ce genre de situation crée des tensions, des bagarres et même des drames parfois irréversibles dans des familles.

Si vous souhaitez être enterré à un endroit précis, dans un type de tombe ou de mausolée précis, dites-le.

Si vous souhaitez être enterré –habillé d’un costume trois pièces ou nu, ou simplement enroulé dans un linceul ; dans un cercueil en bois, en bambou ou en fer – dans un endroit précis –dans votre maison, votre cour, votre champ, derrière votre maison, dans votre pays d’origine, n’importe où-, ou alors incinéré et vos cendres jetées à la mer ou déposées chez vous, dites-le. Clairement. Mais pensez à prévoir les moyens qu’il faut pour accomplir vos dernières volontés. Car vous ne pouvez pas exiger, par exemple, à votre famille qui n’a pas les moyens financiers, d’être rapatrié et enterré dans votre pays d’origine, alors que vous n’avez rien fait pour que ce souhait soit réalisé.

Certains vont jusqu’à construire leur tombe ou leur mausolée de leur vivant. Si vous avez les moyens de le faire, faites-le. Vous dormirez en paix dans votre dernière demeure que vous aurez construite vous-même, et rendrez ainsi un service inestimable à votre famille.

4. Prenez une assurance-vie pour protéger ceux et celles qui restent. Si non, votre famille risque de se retrouver dans la rue si vous étiez en location ; vos enfants risquent ne plus aller à l’école et poursuivre leurs études. Et partagez cette information avec votre partenaire. Il/elle ne vous tuera pas car tout le monde n’est pas des monstres. Il y a encore des gens biens sur cette terre. Si vous n’en parlez pas, votre famille n’en profitera pas après votre décès.

5. Aidez votre grande famille (vos frères, vos sœurs, vos parents, vos oncles, etc.) à respecter votre famille nucléaire, à respecter les droits de vos enfants et de votre partenaire. Disciplinez-les, fixez les limites, et surtout prenez toutes les dispositions nécessaires pour que votre partenaire et vos enfants ne soient pas dépouillés lorsque vous ne serez plus là. Et aidez votre partenaire à connaître ses droits et à se défendre en cas de besoin. C’est la moindre des choses que vous devez faire pour ceux et celles que vous aimez et que vous vous êtes battu toute votre vie pour protéger.

6. Vous avez de l’argent en banque ? Pensez à donner la signature sur les comptes que vous possédez à votre partenaire. Si vous ne le faites pas, une fois que vous ne serez plus là, votre partenaire risque ne pas avoir accès à votre argent. Parce que votre partenaire n’a pas de signature sur vos comptes bancaires, parce que la bureaucratie est un labyrinthe où très peu de personnes s’en sortent, du moins en Afrique. Des veuves, des veufs et des orphelins souffrent partout en Afrique –du moins chez moi au Cameroun- parce qu’il leur est impossible de toucher l’argent laissé dans des comptes en Afrique et en Occident par leurs partenaires décédés. Ou simplement malades et incapables de faire quoi que ce soit.

Ceci ne devrait pas être un problème dans des couples où la confiance et la transparence  sont des valeurs solides sur lesquelles sont construits ces couples, valeurs réelles et partagées par les deux partenaires tous les jours.

La mort surprend presque toujours. Nous vivons comme si nous n’allons jamais mourir. Pourtant nous savons tous et toutes qu’un jour nous quitterons ce monde. Comment voulons-nous le quitter : sereins parce que nous savons que la vie va continuer son cours avec harmonie lorsque nous ne serons plus là, parce que nous avons fait ce qu’il fallait pour que les choses se passent ainsi, ou alors tristes et malheureux parce que nous savons que la haine, la guerre, des drames vont se déclencher dans nos familles dès le moment où nous aurons les yeux fermés, parce que nous n’avons pas fait cet important devoir d’amour ? Dans le premier cas, nous aurons vécu notre vie, pleinement, librement, en suivant des principes et des valeurs qui nous sont chers. Que nous avons déterminés nous-mêmes et qui nous gouvernent quotidiennement. Nous avons planifié notre vie. Nous avons été maîtres de notre vie.

Dans le second cas, nous aurons subi notre vie. Vécu la vie des autres, la vie imposée par les autres : la société, notre église, nos collègues, nos amis, notre grande famille. Nous aurons passé notre vie à voir les choses pas comme elles sont, mais comme nous avons été conditionné à les voir.

Nous aurons passé notre vie à voir les choses à travers les lunettes que les autres nous ont données – la société, notre église, nos collègues, nos amis, notre grande famille -, au lieu de fabriquer nos propres lunettes, avec des valeurs et des principes que nous avons nous-mêmes identifiés et fait nôtres, et de nous en servir pour voir le monde, les choses, les personnes et agir comme nous le pensons –et non pas comme les autres pensent-, faire ce que nous pensons être correct.

Et, ce qui est correct, dans ce cas précis, c’est de mettre de l’ordre dans nos affaires pendant qu’il est encore temps. Pendant que nous avons encore la force et les moyens de le faire. 

Avant de te quitter, je voudrais te demander si tu as pensé à ce geste d’amour. Si oui, comment t’y prends-tu ? Je serai heureuse que tu partages ton expérience avec nous, pour aider les autres à améliorer leur vie. Tous les jours.

Céline Magnéché Ndé Sika

 

Nos enfants ont des devoirs, nous aussi

ImageL’une des questions qui revient presque toujours lors des réunions de parents d’élèves c’est comment aider efficacement nos enfants à faire leurs devoirs. Faut-il les laisser se débrouiller tous seuls ? Faire leurs devoirs avec eux ? Les faire à leur place ? Les orienter ? Les stimuler? Les aider à accoucher comme le font les sages femmes ? Que faut-il faire et surtout comment procéder pour aider l’enfant à faire ses devoirs mais surtout apprendre dans le processus?

Il n’y a pas d’approche standard. Pas de solutions passe-partout pour relever cet immense défi auquel sont confrontés tant de parents, éducateurs ou tuteurs à l’heure des devoirs, parce que chaque enfant est unique, et les styles d’apprentissage aussi différents que les personnalités de ces enfants. Il y a des enfants qui sont parfaitement capables de travailler tous seuls, sans l’aide rapprochée d’un superviseur.

D’autres, par contre, ont besoin d’un coaching beaucoup plus rapproché. Mais, attention, coacher ne veut pas dire prendre le volant, s’installer à la place du conducteur. Coacher c’est, à mon sens, accompagner, faciliter le processus, aider l’autre à trouver lui-même les réponses à ses questionnements.

Que faire concrètement ? Comment éviter que l’heure des devoirs ne se transforme en  moments d’angoisse, d’hystérie, et réussir à faire en sorte qu’elle devienne plutôt un moment d’échange, et surtout d’apprentissage ? Comment ne pas « tuer l’enfant » en voulant l’aider ?

Je propose d’essayer ceci :

  • faisons d’abord nos propres devoirs pour que nos enfants puissent efficacement faire les -leurs. C’est-à-dire, achetons et offrons-leur les outils dont ils ont besoin pour travailler. On ne peut pas attendre qu’un cultivateur cultive la terre s’il n’a pas d’outils, s’il n’a pas d’outils appropriés.
  • créons un environnement favorable au travail et aux études, un environnement chaleureux, accueillant, où nos enfants vont se sentir à l’aise et où ils auront envie de travailler. Une salle ou un coin tranquille, bien éclairé, joliment décoré, débarrassé de parasites (musique, télévision, téléphone, etc.), avec une bonne table et une bonne chaise, et  les outils dont l’enfant a besoin disponibles et à portée de la main. Sans oublier de l’eau à boire.
  • montrons-leur que nous avons confiance en eux et laissons-les faire eux-mêmes leurs devoirs, même si nous mourrons d’envie de le faire à leur place.
  • posons-leur plutôt des questions pertinentes, des bonnes questions, qui vont les orienter, les guider dans la recherche des solutions aux problèmes qu’ils rencontrent, au lieu de leur donner des réponses toutes faites. Et laissons-les répondre. Donnons-leur le temps de répondre.  Soyons patients. Tout mâcher pour l’enfant, faire quelque chose que l’enfant peut faire seul ou avec une petite orientation sous prétexte de vouloir l’aider, ou encore parce que l’on croit l’aimer, c’est  la meilleure façon de tuer le sens de responsabilité chez l’enfant,  ainsi que sa créativité et la pensée critique en lui.
  • soyons présents, mais pas envahissants.
  • n’ayons pas peur d’avouer à nos enfants que nous ne sommes pas experts en tout. Ceci humanise et surtout aide nos enfants à savoir que tous les êtres humains ont des limites. Et, si jamais  une chose nous échappe, rions-en et surtout saisissons cette opportunité pour nous lancer, avec nos enfants, dans la quête de cette solution qui nous a échappés. Ceci ne fera que nous rapprocher davantage.
  • félicitons-les pour les efforts qu’ils ont fournis pour faire leurs devoirs, et pas uniquement pour les résultats atteints et,  même si ces résultats ne sont pas à la hauteur de nos attentes ou de leurs attentes, félicitons-les toujours pour les efforts fournis parce que c’est ce qui compte en fin de compte
  •  ne nous en voulons pas si nous n’avons pas les ressources intellectuelles nécessaires pour les aider dans cet exercice : notre présence, notre disponibilité, la confiance que nous avons en nos enfants (et montrons-leur que cette confiance est réelle) et toutes les autres ressources que nous mettons à leur disposition seront fortement appréciées et surtout utiles.

Chaque jour apporte son lot de défis dans le domaine de l’éducation de nos enfants, comme dans la vie simplement. Des défis aussi difficiles qu’immenses. Mais, la bonne nouvelle c’est que, avec des outils appropriés, nous pouvons les relever et pouvoir ainsi vivre la vie que nous souhaitons et méritons. C’est pourquoi nous t’invitons à partager ici, avec nous, tes tips et trucs pour aider les parents et éducateurs à mieux aider, à aider efficacement leurs enfants au moment de faire leurs devoirs scolaires.

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A ton bonheur,

Céline Magnéché Ndé Sika

Nous sommes tous responsables

Il y a quelques semaines une étudiante indienne a été sauvagement violée et battue dans un bus en Inde, puis jetée dehors. Sous les yeux de son petit ami, malmené lui aussi, sans que personne ne leur vienne en aide. Les violeurs ont ensuite continué tranquillement leur chemin, comme si rien ne s’était passé, prêts à continuer à vivre leur vie, normalement, comme si rien ne s’était passé. Plus tard, l’étudiante est décédée des suites de cette agression.

Depuis ce triste et regrettable incident qui a poussé dans la rue des millions d’hommes et de femmes en Inde -mais aussi dans le monde entier- horrifiés et surtout révoltés par cette violence permanente contre les femmes qui n’arrête pas et ne semble pas s’arrêter, je me pose des questions. Sur les méthodes d’enseignement utilisées dans les écoles pour éduquer nos enfants, ainsi que le système de parenté que nous-mêmes, parents, utilisons à la maison pour aider nos enfants à devenir des hommes et des femmes épanouis, équilibrés, dotés d’aptitudes dont ils ont besoin pour répondre aux exigences de la vie quotidienne. L’école apprend à nos enfants « à lier le bois au bois pour faire des édifices de bois » comme le dit Cheikh Hamidou Kane dans l’Aventure Ambigüe. Mais comment est-ce qu’elle s’y prend ? Ces hommes et ces femmes qui sont chargés de transmettre ce savoir à nos enfants, ont-ils toujours les outils nécessaires pour créer les conditions et l’environnement nécessaires à un meilleur apprentissage de nos enfants ? Ces enseignants qui mettent leur enseignement et l’atteinte de leurs objectifs éducatifs au-dessus de tout, et sont prêts à insulter, humilier, brimer et marginaliser les enfants qui tardent à comprendre, sont lents à réagir, ou simplement ont des besoins différents de ceux de leurs camarades, sont-ils seulement conscients des dégâts qu’ils causent chez ces enfants et des conséquences qui peuvent découler de ce mauvais traitement ?

Humilier un enfant parce qu’il n’y arrive pas ou tarde à y arriver, lui prédire un avenir médiocre parce qu’il n’a pas obtenu 20/20 en mathématiques, ignorer ses efforts pour ne pas être laissé derrière et le comparer sans cesse avec ses camarades qui font mieux c’est non seulement tuer toute motivation pour l’apprentissage chez cet enfant, mais semer les graines du ressentiment, lequel peut plus tard créer des monstres comme ceux qui tuent froidement ou violent sans états d’âme.

La plupart des systèmes éducatifs mettent l’accent sur l’atteinte des résultats académiques, et ignorent le développement personnel des apprenants. L’aspect humain des apprenants parce que ces derniers, avant d’êtres des apprenants, sont des êtres humains avec des émotions et des besoins autres qu’éducatifs, lesquels devraient être également pris en compte dans tout processus éducatif. L’école ne s’en occupe pas, ou alors très rarement, parce qu’elle n’a pas pris conscience de cet important besoin, ou alors parce qu’elle en a pris conscience mais n’a pas pris les mesure nécessaires pour que ce besoin soit satisfait.

Dans les familles les choses ne sont pas meilleures. Les enfants sont jetés dans l’arène de la vie sans avoir été dotés d’outils dont ils besoin pour répondre avec succès aux exigences de notre temps, de la vie en société, société à laquelle nous tous appartenons et avons le droit d’y vivre, en paix, sans crainte. Comment respecter l’autre si personne ne nous a jamais instruit sur cette question ? Si nous avons toujours vu autour de nous des actes qui sont tout sauf le respect de l’autre ?

Comment résister à l’envie de nous jeter sur l’autre pour lui prendre de force quelque chose si, autour de nous, et tout au long de notre existence, nous avons vu les autres faire la même chose sans être inquiétés ?

Comment traiter notre épouse comme un être humain qui a des droits et mérite du respect si tout au long de notre vie nous avons vu notre papa malmener notre maman, la brutaliser, lui manquer constamment du respect ?

Condamnons l’acte commis par ces hommes parce que c’est inacceptable et intolérable dans une société qui se veut démocratique, et en ce siècle où le respect de la personne humaine, la valeur suprême, ainsi que ses droits, est presque unanimement accepté par tous. Mais surtout interrogeons-nous sur le pourquoi. Où est-ce que nous, en tant que société, parents, éducateurs, gouvernements, avons failli. Le fait qu’il y ait cette extraordinaire violence en général et contre les femmes en particulier, partout, toujours, est un signe que quelque part quelque chose ne marche pas.

L’etudiante violée et décédée des suites de ses blessures ne doit pas être morte pour rien. Son décès nous rappelle que ce monde n’est toujours pas un lieu sûr pour les femmes malgré les engagements pris par les uns et les autres pour promouvoir et appliquer les droits de la femme. Il nous rappelle la déliquescence d’un état qui n’a pas su assurer la protection et la sécurité des citoyens en affirmant et en faisant respecter son autorité. Il nous rappelle que la société encourage, par son silence qui est une forme de complicité, certaines pratiques inadmissibles. Il nous rappelle que la famille ne joue pas toujours son rôle d’orientation et d’encadrement en ce qui concerne l’éducation à la vie de ses membres. Il nous rappelle enfin qu’aux programmes d’enseignement il manque un élément qui doit préparer à la vie.

Son décès mais surtout son courage et sa résistance doivent nous inspirer et surtout nous motiver à exiger et nous battre pour que la violence contre les femmes cesse. Cependant, notre réponse à cet acte barbare doit être holistique. Nous devons continuer à enseigner à nos filles le respect de soi. Nous devons continuer à leur donner des outils pour se défendre contre cette violence et contribuer à ce qu’elle cesse. Mais en même temps, nous devons également éduquer nos garçons, nos hommes. Education aux droits humains et droits de la personne. Education à la vie. Nous devons les aider à acquérir ces compétences dont ils ont besoin pour vivre en harmonie et en paix avec les autres membres de la société, aider à vivre et laisser vivre. Sans oublier d’exiger que les autres parties prenantes (écoles et gouvernements) mettent résolument et activement leurs mains à la pâte pour contribuer à construire une société où chacun a sa place, une société où personne n’est menacé pour quelque raison que ce soit, et surtout pas à cause de son sexe.

Il faut agir. A partir de l’endroit ou nous nous trouvons. Avec les moyens dont nous disposons. En bloguant. En écrivant. En sensibilisant les décideurs et les responsables d’écoles. En créant des groupes de réflexion et de lobbying sur cette question. Il y a plusieurs façons d’agir pour contribuer à mettre un terme à la violence contre les femmes. En connais-tu d’autres ? N’hésite pas à les partager avec nous, ici.

Céline SIKA

Il n y a pas de feuille de route pour vivre la vie: chacun élabore la sienne

La réaction d’un de mes lecteurs, Pierre Marie, à un de mes derniers papiers -Dites à vos êtres les plus chers combien vous les aimez, pendant qu’il est encore temps- m’a donné l’opportunité de clarifier auprès de mes lecteurs et mes lectrices ma démarche, ou mieux l’objectif que je veux atteindre en écrivant et en partageant ces papiers avec vous, mes lecteurs et lectrices.

Le feedback très pertinent de Pierre Marie a le mérite de poser des questions existentielles auxquelles nous devons apporter des solutions pour ne pas … couler avec le bateau de notre vie. Le stress du travail; les divergences de notre point de vue avec celui de notre partenaire, nos enfants, nos collègues, nos voisins, nos frères et soeurs; la difficulté à concilier les exigences de la vie moderne avec notre développement personnel important et l’éducation de nos enfants -tout aussi importante-, une bonne éducation surtout, tout cela est difficile à gérer, et malheureusement je ne peux pas vous apporter des solutions toutes prêtes parce qu’il n y a pas de feuille de route pour vivre la vie: chacun élabore la sienne.

Comment pourrais-je le faire lorsque chaque être, chaque couple, chaque enfant, chaque situation est UNIQUE et, par conséquent, requiert une réponse, une approche, une solution spécifique?

Ce que je fais avec mes écrits et mes paroles, c’est de partager mon expérience de vie avec vous, mes lecteurs et lectrices -et mon auditoire aussi- afin de vous aider à trouver chacun des réponses à ses problèmes spécifiques, des réponses adaptées à ses problèmes spécifiques selon sa constitution personnelle, son background culturel, son éducation, ses lectures, ses fréquentations, le milieu dans lequel chacun évolue, parce que tout ceci compte et contribue à faire de nous ce que nous sommes.

Je n’apporte pas des solutions aux challenges de la vie: j’aide ceux et celles qui cherchent des solutions à ces multiples challenges à trouver celles qui leur vont comme sur mesure. En partageant ma propre expérience, mes lectures, mes découvertes, les observations que je fais des choses de la vie, de la vie et des hommes et des femmes.

Des divergences de points de vue ou les désaccords, le stress, la confrontation, les exigences de la vie moderne, nous en aurons toujours et nous devons les embrasser car ils nous permettent de nous découvrir , comme le disait Jean Paul Sartre: « L’Homme se découvre lorsqu’ils se mesure à l’obstacle. »

Je ne serais pas heureuse si mon mari disait toujours « oui oui » à tout ce que je lui dis. Mon mari, mes enfants, mes amis, mes collègues. Cela m’inquiéterait terriblement car la beauté d’un tableau vient de la diversité de ses couleurs, de la richesse de ses couleurs, et pas du tout de l’uniformité, l’unicité de sa couleur unique.

Mon fils exprime un point de vue différent du notre (de celui de son père et du mien) sur une question précise qui concerne, par exemple, sa vie, son avenir? Je le félicite car il affirme sa personnalité, il me prouve, il nous prouve qu’il a du tempérament, qu’il peut avoir une opinion et surtout la défendre, qu’il peut se battre dans un monde de plus en plus complexe. Je ne pense pas qu’il me défie, NON. Il ne me défie pas: il s’exprime.

Je ne dis pas non plus qu’il n’est pas soumis comme la plupart des parents, du moins ceux de la génération passée, disent parce que la soumission est la pire des choses qui existe a mon avis. Elle tue le talent, la proactivité, la créativité, l’esprit d’initiative. Ce que je fais c’est encourager mon fils en développant le leadership de groupe, je l’aide à devenir plus smart. Je l’encourage à se développer en lui créant de l’espace, en créant des conditions pour cela parce que une seule main ne peut attacher un paquet. Parce que plusieurs intelligences valent TOUJOURS mieux qu’une seule.

Il en est de même pour mon/ma partenaire. Un partenaire béni oui-oui c’est la pire des choses qui peut arriver à quelqu’un. Comment construire quelque chose de durable, de solide, comment s’épanouir, devenir et donner le meilleur de soi-même avec quelqu’un qui n’a pas d’avis, quelqu’un qui ne peut pas te dire « pourquoi pas? » Il est important que le train déraille de temps en temps à mon avis, et je n’ai jamais autant brille que lorsque mon mari, mes enfants, mes amis m’ont pose cette question: « pourquoi pas? »

Pour me résumer, je dis ceci: je ne donne pas de solutions aux problèmes existentiels: j’aide chacun à sculpter ses propres solutions, celles qui collent bien et mieux à ses problèmes.

La vie est en perpétuel changement (avec plusieurs étapes) et, souvent, nos besoins personnels à un moment donné de notre vie ne riment pas toujours avec ceux de notre famille. Il nous faut alors trouver ce que les anglophones appellent « common ground » pour que personne (ni nous-mêmes ni notre famille) ne soit sacrifié. A plusieurs reprises j’ai retardé la réalisation des projets personnels qui m’étaient pourtant très chers au nom de ma famille. Ou redéfinit mes priorités, sans sacrifier mes besoins personnels pour autant (parce que cela risquerait de nuire à ma famille car un partenaire frustré est une grande menace pour le développement de la famille).

Comment je fais pour appliquer au quotidien ce que je vous conseille de faire pour améliorer votre vie?
Comment dire à ses êtres les plus chers qu’on les aime même lorsque tout va mal, lorsque le stress nous terrasse?
Comment gérer les divergences de point de vue avec son/sa partenaire, ses enfants?
Comment concilier les exigences de la vie moderne, son développement personnel et l’éducation que nous devons donner à nos enfants?

1. Il faut avoir un objectif/une visibilité

Où es-tu? Où veux-tu aller? Ou mieux, que cherches-tu dans la vie?

Pourquoi est-il important de se poser ces questions et surtout de trouver une réponse à ces questions? Parce que le vent ne saurait être favorable à un marin qui ne sait pas ou il va.

2. Il est absolument important de communiquer, de toujours communiquer

Je dirais même de séduire l’autre (ton/ta partenaire, tes enfants), pour qu’il adhère à votre vision. Il faut le persuader d’embrasser notre vision et ne crois pas que la coercition est la meilleur voie. Tu ne tireras pas grand chose d’un/une partenaire, des enfants, des collègues qui font des choses par crainte de représailles, de la bastonnade, de la sanction, du chantage.

3. Il faut avoir une/des stratégies

Si vous voulez aller à Douala (vision, visibilité) et vous ne savez pas comment vous y prendre pour y arriver, il est probable que vous n y arriviez jamais. Ou alors au prix de trop de difficultés. Par où passerez-vous? Avec quel type de transport irez-vous à Douala: à pied, à vélo, à moto, à cheval, par avion, par bus?

Vous voulez que votre épouse et vous-même prenez votre retraite dans votre village? Partagez l’idée avec elle pendant que vous faites encore connaissance et envisagez encore de vous mettre ensemble, et assurez-vous que vous avez obtenu son adhésion au projet par la persuasion, la séduction, pas par la contrainte parce que cela ne marchera pas. Et ayez les moyens de votre politique. C’est-à -dire que si vous avez avez un certain train de vie en ville, faites votre possible pour garder un train de vie au moins égal à celui que vous aviez en ville au village, sinon, vous irez au village seul, croyez-moi.

4. Vous devez avoir une organisation et une discipline d’enfer

Vous avez votre vision. Vous savez quelles sont vos priorités, par exemple, une bonne éducation pour vos enfants. Pour cela, vous avez décidé de passer au moins une heure TOUS les jours avec vos enfants chez vous, pour discuter avec eux de leurs études mais aussi de leur vie personnel, de leurs projets personnels, de leurs challenges personnels, de la façon dont ils gèrent ces challenges. Lorsque vous prenez cette décision, appliquez-la, quelque soit le degré de votre stress, de votre fatigue, de votre rage contre ce collègue ou ce chef qui vous fait des misères au boulot. Réservez à vos enfants cette heure-la. Non seulement ils apprécieront mais vous atteindrez votre objectif éducatif avec vos enfants.

Vous avez décidé d’aller au lit tous les jours à 22 heures pour être en forme le lendemain et être plus productif pour vos enfants et votre travail? Allez au lit à 22 heures quelque soit l’importance de ce match de foot qui est programme à 1 heure du matin.

Allez au lit à 22 heures quelque soit l’insistance de cet ami que vous n’avez pas vu depuis des années et qui est de passage dans la ville et qui veut que vous alliez à la discothèque pour célébrer vos retrouvailles. Si vous rompez votre routine, le lendemain vous allez non seulement dormir au boulot, rabrouer vos collègues avec qui vous êtes pourtant toujours correct, mais vous allez aussi être incapable de remettre ce rapport qui aurait pu booster votre promotion, ou alors brutaliser votre fils ou votre fille qui vous demande de lui expliquer comment faire cette soustraction, et détruire ainsi la confiance que vous aviez créée entre vous.

5. Le développement personnel: un exercice continue et nécessaire

« Connais-toi toi-même et tu connaitras les dieux ». Cette maxime est capitale. Si tu te connais, tu peux 1) corriger tes faiblesses -c’est-à -dire ce qui t’empêche de voler très très haut et de donner le meilleur de toi-même, d’être le meilleur toi-; et 2) développer tes forces pour triompher davantage. Briller davantage.

Si tu te connais mieux, tu pourras alors mieux cohabiter avec les autres. Mieux les aider à devenir le meilleur d’eux-mêmes. Et ceci n’est possible que si tu prends soin de toi constamment, que si tu fais de ton développement personnel, de l’apprentissage une de tes priorités.

Ce que je viens de dire, n’est que des bribes d’une expérience personnelle. Quelques uns des ingrédients que j’utilise, que mon mari et moi utilisons pour essayer de maintenir cet équilibre instable qu’est la vie. Mais je puis vous assurer que souvent, très souvent, cela marche.

Que pensent les autres lecteurs ? Quelles sont leurs ingrédients, ce qu’ils utilisent pour maintenir à leur tour cet équilibre instable?

Je serais vraiment très heureuse de vous lire, de partager avec vous ces tips et trucs que vous utilisez pour améliorer votre vie.

Celine SIKA