Une tradition qui n’aide pas les humains à grandir et s’epanouir ne vaut pas la peine d’être tout simplement

La culture

 

Lors d’un diner hier j’ai eu l’opportunité de rencontrer des gens formidables avec qui j’ai un débat très animé au sujet de la tradition. De nos traditions africaines plus précisément. Nous sommes à Toronto, en plein XXIème siècle, une ville où des gens de tout horizon ayant des cultures aussi diverses et différentes que les marques de voiture qu’ils conduisent y vivent et se côtoient au quotidien. On pourrait être tenté de croire que, dans ce pays où les droits des uns et des autres sont promus, respectés et appliqués indépendamment de leur genre, couleur de la peau, appartenance politique, religieuse ou orientation sexuelle, les traditions d’un autre âge n’ont plus droit de cité.

Que non!

Les uns et les autres voyagent avec leur culture et leurs traditions et veillent à ce que celles-ci perdurent. Même lorsque ces traditions les privent de leurs droits les plus essentiels. Tenez, une partie de la conversation que j’ai eue avec un des participants à ce diner:

« Mon ami:  “Lorsque nos parents ont parlé, les enfants n’ont plus rien à dire.”

Moi: “Mais, vous n’êtes plus des enfants aujourd’hui! Vous êtes des adultes, des pères et des mères de famille! Et vous vivez au Canada maintenant.”

Mon ami: “Oui, mais, nous sommes toujours les enfants de nos parents et nous nous devons de les respecter.”

Moi: “Je ne dis pas que vous ne devez pas respecter vos parents.”

Mon ami: “Nous devons respecter leur parole qui est sacrée.”

Moi: “Même si celle-ci vous détruit et vous empêche de vivre la vie que vous désirez et méritez?”

Mon ami: “C’est la tradition, mon amie.”

Moi: “Votre père sait-il que vous êtes amoureux de cette jeune femme?”

Mon ami: “Je le-lui ai dit.”

Moi: “Cela ne compte certainement pas, à ce que je vois. Peut-être son origine y est-elle pour quelque chose?”

Mon ami: “Non! Elle est de même origine que moi. Je ne pouvais pas m’hasarder à tomber amoureux d’une fille qui n’est pas de chez moi. Mon père m’aurait simplement renié.”

Moi: “Vous allez donc vivre la vie de votre père et pas la vôtre. Il ne connaît simplement pas votre réalité. Il est dans votre pays, à plusieurs milliers de kilomètres d’ici, et vous, vous êtes ici, au Canada. Comment pouvez-vous le laisser vous dicter votre vie ici?”

Mon ami: “Mon père ne peut pas me vouloir du mal. Il sait ce qui est bien pour moi.“

Moi: “Vous allez vivre une vie malheureuse, grâce à votre père, mon ami!”

Mon ami: “Ah, on va faire comment? Ce sont nos traditions et il faut les respecter!”

 

Qu’est-ce que papa veut?

Papa ne voudrait pas que notre ami épouse la jeune femme dont il a fait la connaissance il y a quelques mois et dont il est fou amoureux, ce qui est d’ailleurs réciproque.

Papa exige que notre ami aille chercher et épouser une fille du pays et au pays.

Comme vous pouvez le constater dans cet échange, nous nous sommes quittés sans que notre ami ait compris que le volant de ce véhicule qu’il conduit et qui s’appelle sa vie est entre ses mains, et qu’il a la responsabilité, l’entière responsabilité de prendre en main son destin.

Jusqu’au bout, il a continué à justifier l’injustifiable. Par naïveté? Par crainte? Par ignorance? Au nom de la tradition, l’inacceptable est quotidiennement commis. Des droits humains sont bafoués. L’être humain humilié et privé d’opportunités d’être, de vivre, de vivre heureux et d’utiliser tout son potentiel.

J’aime dire qu’il n y a que nous pour nous sauver. En effet, personne ne viendra à notre secours. Oui, les autres peuvent marcher avec nous. Mais, personne ne devrait marcher pour nous. Notre vie, c’est notre vie, et nous devons tout faire pour la vivre pleinement, pas à moitié. Ceci n’est possible que si nous prenons en main notre destin! Prendre en main son destin c’est questionner cette tradition opaque qui nous opprime. C’est installer le débat, un débat franc et froid avec ces personnes qui maintiennent cette couverture opaque sur la tradition au lieu de nous aider à la comprendre pour mieux la respecter et préserver.

En effet, je suis consciente de l’urgence de préserver nos origines et notre culture dans un monde où l’uniformité semble être la règle, parce que c’est cette culture qui fait de nous qui nous sommes. Ou mieux la somme de toutes les cultures que nous avons en nous.

Ton tour…

Qu’est-ce que tu en penses?  Faut-il respecter aveuglement ce que nous pensons être notre culture/nos traditions ou alors leur donner les outils dont elles ont besoin pour efficacement jouer leur rôle d’outil de développement personnel, économique et de la société?

Avant d’être une épouse et une mère, je suis d’abord Céline

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En 1996 j’ai obtenu une bourse de l’Agence Espagnole de Coopération Internationale pour aller faire des études de doctorat en Espagne. J’étais déjà mariée et avec deux jeunes enfants. Accepter cette bourse signifiait aller vivre en Espagne pendant cinq ans, loin de mon mari et de mes deux jeunes enfants. Parce qu’il n’était pas question d’envisager d’y aller avec ma petite famille. J’ai accepté la bourse et suis partie.

Seule.

Ce qui a provoqué, comme beaucoup peuvent l’imaginer, beaucoup de mes frères et soeurs africains, un tollé général.

“Une femme doit être auprès de son mari pour prendre soin de lui et des enfants!”

“Comment est-ce que ton mari a pu accepter cela? C’est toi qui portes le pantalon à la maison ou quoi? Qui va s’occuper des enfants? Lui? Il prend trop de risques. Est-ce qu’il sait que tu peux ne plus rentrer au pays?”

“Moi je n’accepterais jamais cela! C’est le monde à l’envers, finalement!”

“Si cela m’arrive, je demande à ma femme de choisir entre le mariage et le divorce!”

“Qu’est-ce que tu cherches, Céline? Tu as tout! Vraiment, on ne te comprend pas, ma chère!”

“Qu’est-ce qu’on va dire si on entend qu’une femme a laissé son mari et deux jeunes enfants pour aller soi-disant poursuivre ses études chez les blancs? Tu es sûre que c’est vraiment pour poursuivre tes études que tu pars? En tout cas, ça c’est être égoïste! Où mets-tu ta famille, tes enfants, ton mari dans tout ça?”

Voilà quelques unes des perles que j’ai, que mon mari et moi, avons entendues. Il y avait de la pression de son côté pour qu’il ne me laisse pas partir, et de mon côté aussi. Ce que toutes ces personnes qui disaient se préoccuper pour moi, pour nous et pour notre petite famille ignoraient c’est que, mon mari et moi avions toujours été deux à danser ce tango qu’est le mariage et nous le sommes toujours d’ailleurs presque trente ans après ce jour où nos chemins se sont croisés et que nous avons décidé de cheminer ensemble désormais.

Mais, cheminer ensemble ne veut pas dire et n’a jamais voulu dire, à mon avis, que l’un des partenaires ou que les deux partenaires doivent renoncer à qui ils sont comme personnes, comme individus. Parce que, avant d’être épouse et époux, papa et maman, ils sont, chacun, un individu avec des projets et ambitions personnels que rien ne doit hypothéquer.

En effet, si ces projets personnels sont hypothéqués pour quelques raisons que ce soit, c’est le passeport pour la frustration, l’amertume, la non félicité qui peuvent mener à la séparation du couple. Il suffit de regarder autour de nous pour constater cela. Et puis, pourquoi devrais-je renoncer à mon projet de réaliser mes études doctorales? Pourquoi est-ce que mon époux devrait s’opposer à la réalisation de ce projet qui m’était cher? Aimer c’est comprendre, c’est soutenir, c’est accompagner, c’est aider l’autre à se découvrir, à mieux se connaître, à s’épanouir et à devenir la meilleure version de sa personne. Aimer c’est aider l’autre à réaliser tout son potentiel!

Aimer ce n’est pas frustrer l’autre.

Aimer ce n’est pas diminuer l’autre, limiter son horizon.

Aimer ce n’est pas briser ses ailes et empêcher l’autre de voler haut et de briller.

J’ai obtenu le soutien total de mon époux pour la réalisation de ce projet personnel et de bien d’autres d’ailleurs. Et je suis bel et bien retournée au Cameroun auprès de ma famille après mes études doctorales parce que je n’avais qu’un seul agenda lorsque je partais pour l’Espagne: étudier et retourner auprès des miens une fois mes études terminées, et servir mon pays.

Pourquoi je vous raconte ceci aujourd’hui? Parce que je voudrais partager cette expérience avec vous et surtout partager les leçons que j’ai apprises de cette expérience.

La mariage est une affaire de deux personnes et pas une affaire des familles, du quartier ou de la communauté. Chacun voudra vous dire ce qu’il pense être bien ou mieux pour vous. Mais, souvenez-vous qu’il s’agit de vous deux, de vous deux seulement, de votre vie, de votre avenir et, qui mieux que vous deux pour décider ce que vous deux voulez que cet avenir, que cette vie soit? Si vous pouvez ou voulez, écoutez les uns et les autres avec politesse mais, à la fin, restez les conducteurs au volant de cette vie qui est la vôtre!

Cette décision ne va pas plaire, je vous assure, mais alors pas du tout. Mais, persistez! Ne vous laissez pas manipuler et sachez que vous ne pouvez pas contenter tout le monde. Vous ne devez même pas y penser! C’est de la mer à boire.

Vous avez décidé de vous dire oui? Bonne nouvelle! Mais, si l’un des partenaires n’a pas fini ses études, il est important de continuer, de finir et de trouver du travail. Pour son propre épanouissement et pour contribuer à construire cette nouvelle famille. Ce n’est pas une bonne idée d’abandonner ses études ou son travail juste parce qu’on s’est marié! Lorsqu’on se marie, on n’est pas arrivé, les amis! Et aussi parce que le pire arrive dans la vie. Les partenaires tombent malades, perdent leur emploi, meurent, deviennent invalides à vie, le mariage finit, etc. Alors, si c’est le partenaire qui faisait bouillir la marmite qui se retrouve dans l’une de ces situations décrites, imaginez le stress de l’autre partenaire! Imaginez la suite!

Lorsque mon papa est décédé il y a six ans, nous avons réalisé avec horreur et stupéfaction que notre maman n’avait pas de signature sur leur compte bancaire. En effet, c’est papa qui avait toujours tout fait, géré tous les projets de la famille, seul, sans impliquer notre maman. Et cette dernière l’avait laissé faire sans jamais chercher à être impliquée. Une grave erreur! Une fois papa parti, il fallait gérer l’après papa. Impossible pour notre maman d’accéder au compte de notre défunt papa pour toucher sa pension dont elle avait pourtant absolument besoin pour vivre! Difficile pour maman de prendre le relais de la gestion des projets de la famille parce qu’elle n’avait aucune idée de tout cela!

Ce cas n’est pas unique. Plusieurs couples sont dans cette situation. Et ne réalisent même pas que celle-ci peut avoir des conséquences gravissimes pour le couple, leur famille ou le/la partenaire qui survit au défunt. Avant le décès de notre papa, celui-ci avait été victime d’un accident vasculaire cérébral qui l’a privé de l’usage de la parole et de ses facultés mentales. Pendant sept ans, papa était incapable de faire quoi que ce soit, et ne se souvenait même plus de qui il était. Il fallait payer ses frais d’hôpital, ses médicaments. Et couvrir les besoins de son épouse. Sa pension aurait pu aider si maman pouvait y accéder. Depuis son décès, nous avons pris en charge notre maman. Que serait-elle devenue si nous, ses enfants, n’avions pas les moyens de le faire?

Vous ne voulez pas que cela vous arrive, n’est-ce pas? Alors, agissez! Pendant qu’il est encore temps.

  • N’abandonne pas tes études ou ton travail après ton mariage quelque soit le statut de ton/ta partenaire
  • Aie ta propre carte de crédit et ton propre compte d’épargne même si vous avez des comptes communs
  • N’abandonne pas la gestion des finances à ton/ta partenaire!
  • Implique-toi activement dans la gestion de vos projets : achat d’une maison ou d’une voiture, épargne pour l’éducation de vos enfants, etc.

Prévenir vaut mieux que guérir! Toujours!

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