Avant d’être une épouse et une mère, je suis d’abord Céline

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En 1996 j’ai obtenu une bourse de l’Agence Espagnole de Coopération Internationale pour aller faire des études de doctorat en Espagne. J’étais déjà mariée et avec deux jeunes enfants. Accepter cette bourse signifiait aller vivre en Espagne pendant cinq ans, loin de mon mari et de mes deux jeunes enfants. Parce qu’il n’était pas question d’envisager d’y aller avec ma petite famille. J’ai accepté la bourse et suis partie.

Seule.

Ce qui a provoqué, comme beaucoup peuvent l’imaginer, beaucoup de mes frères et soeurs africains, un tollé général.

“Une femme doit être auprès de son mari pour prendre soin de lui et des enfants!”

“Comment est-ce que ton mari a pu accepter cela? C’est toi qui portes le pantalon à la maison ou quoi? Qui va s’occuper des enfants? Lui? Il prend trop de risques. Est-ce qu’il sait que tu peux ne plus rentrer au pays?”

“Moi je n’accepterais jamais cela! C’est le monde à l’envers, finalement!”

“Si cela m’arrive, je demande à ma femme de choisir entre le mariage et le divorce!”

“Qu’est-ce que tu cherches, Céline? Tu as tout! Vraiment, on ne te comprend pas, ma chère!”

“Qu’est-ce qu’on va dire si on entend qu’une femme a laissé son mari et deux jeunes enfants pour aller soi-disant poursuivre ses études chez les blancs? Tu es sûre que c’est vraiment pour poursuivre tes études que tu pars? En tout cas, ça c’est être égoïste! Où mets-tu ta famille, tes enfants, ton mari dans tout ça?”

Voilà quelques unes des perles que j’ai, que mon mari et moi, avons entendues. Il y avait de la pression de son côté pour qu’il ne me laisse pas partir, et de mon côté aussi. Ce que toutes ces personnes qui disaient se préoccuper pour moi, pour nous et pour notre petite famille ignoraient c’est que, mon mari et moi avions toujours été deux à danser ce tango qu’est le mariage et nous le sommes toujours d’ailleurs presque trente ans après ce jour où nos chemins se sont croisés et que nous avons décidé de cheminer ensemble désormais.

Mais, cheminer ensemble ne veut pas dire et n’a jamais voulu dire, à mon avis, que l’un des partenaires ou que les deux partenaires doivent renoncer à qui ils sont comme personnes, comme individus. Parce que, avant d’être épouse et époux, papa et maman, ils sont, chacun, un individu avec des projets et ambitions personnels que rien ne doit hypothéquer.

En effet, si ces projets personnels sont hypothéqués pour quelques raisons que ce soit, c’est le passeport pour la frustration, l’amertume, la non félicité qui peuvent mener à la séparation du couple. Il suffit de regarder autour de nous pour constater cela. Et puis, pourquoi devrais-je renoncer à mon projet de réaliser mes études doctorales? Pourquoi est-ce que mon époux devrait s’opposer à la réalisation de ce projet qui m’était cher? Aimer c’est comprendre, c’est soutenir, c’est accompagner, c’est aider l’autre à se découvrir, à mieux se connaître, à s’épanouir et à devenir la meilleure version de sa personne. Aimer c’est aider l’autre à réaliser tout son potentiel!

Aimer ce n’est pas frustrer l’autre.

Aimer ce n’est pas diminuer l’autre, limiter son horizon.

Aimer ce n’est pas briser ses ailes et empêcher l’autre de voler haut et de briller.

J’ai obtenu le soutien total de mon époux pour la réalisation de ce projet personnel et de bien d’autres d’ailleurs. Et je suis bel et bien retournée au Cameroun auprès de ma famille après mes études doctorales parce que je n’avais qu’un seul agenda lorsque je partais pour l’Espagne: étudier et retourner auprès des miens une fois mes études terminées, et servir mon pays.

Pourquoi je vous raconte ceci aujourd’hui? Parce que je voudrais partager cette expérience avec vous et surtout partager les leçons que j’ai apprises de cette expérience.

La mariage est une affaire de deux personnes et pas une affaire des familles, du quartier ou de la communauté. Chacun voudra vous dire ce qu’il pense être bien ou mieux pour vous. Mais, souvenez-vous qu’il s’agit de vous deux, de vous deux seulement, de votre vie, de votre avenir et, qui mieux que vous deux pour décider ce que vous deux voulez que cet avenir, que cette vie soit? Si vous pouvez ou voulez, écoutez les uns et les autres avec politesse mais, à la fin, restez les conducteurs au volant de cette vie qui est la vôtre!

Cette décision ne va pas plaire, je vous assure, mais alors pas du tout. Mais, persistez! Ne vous laissez pas manipuler et sachez que vous ne pouvez pas contenter tout le monde. Vous ne devez même pas y penser! C’est de la mer à boire.

Vous avez décidé de vous dire oui? Bonne nouvelle! Mais, si l’un des partenaires n’a pas fini ses études, il est important de continuer, de finir et de trouver du travail. Pour son propre épanouissement et pour contribuer à construire cette nouvelle famille. Ce n’est pas une bonne idée d’abandonner ses études ou son travail juste parce qu’on s’est marié! Lorsqu’on se marie, on n’est pas arrivé, les amis! Et aussi parce que le pire arrive dans la vie. Les partenaires tombent malades, perdent leur emploi, meurent, deviennent invalides à vie, le mariage finit, etc. Alors, si c’est le partenaire qui faisait bouillir la marmite qui se retrouve dans l’une de ces situations décrites, imaginez le stress de l’autre partenaire! Imaginez la suite!

Lorsque mon papa est décédé il y a six ans, nous avons réalisé avec horreur et stupéfaction que notre maman n’avait pas de signature sur leur compte bancaire. En effet, c’est papa qui avait toujours tout fait, géré tous les projets de la famille, seul, sans impliquer notre maman. Et cette dernière l’avait laissé faire sans jamais chercher à être impliquée. Une grave erreur! Une fois papa parti, il fallait gérer l’après papa. Impossible pour notre maman d’accéder au compte de notre défunt papa pour toucher sa pension dont elle avait pourtant absolument besoin pour vivre! Difficile pour maman de prendre le relais de la gestion des projets de la famille parce qu’elle n’avait aucune idée de tout cela!

Ce cas n’est pas unique. Plusieurs couples sont dans cette situation. Et ne réalisent même pas que celle-ci peut avoir des conséquences gravissimes pour le couple, leur famille ou le/la partenaire qui survit au défunt. Avant le décès de notre papa, celui-ci avait été victime d’un accident vasculaire cérébral qui l’a privé de l’usage de la parole et de ses facultés mentales. Pendant sept ans, papa était incapable de faire quoi que ce soit, et ne se souvenait même plus de qui il était. Il fallait payer ses frais d’hôpital, ses médicaments. Et couvrir les besoins de son épouse. Sa pension aurait pu aider si maman pouvait y accéder. Depuis son décès, nous avons pris en charge notre maman. Que serait-elle devenue si nous, ses enfants, n’avions pas les moyens de le faire?

Vous ne voulez pas que cela vous arrive, n’est-ce pas? Alors, agissez! Pendant qu’il est encore temps.

  • N’abandonne pas tes études ou ton travail après ton mariage quelque soit le statut de ton/ta partenaire
  • Aie ta propre carte de crédit et ton propre compte d’épargne même si vous avez des comptes communs
  • N’abandonne pas la gestion des finances à ton/ta partenaire!
  • Implique-toi activement dans la gestion de vos projets : achat d’une maison ou d’une voiture, épargne pour l’éducation de vos enfants, etc.

Prévenir vaut mieux que guérir! Toujours!

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Pourquoi sommes-nous si seuls aujourd’hui?

L’un de mes passe-temps préférés est d’observer les gens autour de moi, m’émerveiller sur la formidable diversité des races, et lire les comportements des uns et des autres. Et, ce que je vois, m’inquiète. Les gens ne savent plus aimer, ont peur d’aimer et de dire “Je t’aime” sans courir le risque d’être dénoncé pour harcèlement. Interdit de complimenter quelqu’un sans courir le risque d’être traité de calculateur : qu’est-ce qui se cache derrière ce compliment?

Interdit de se retrouver dans l’ascenseur seul avec une femme…

Interdit de trop se rapprocher de quelqu’un.

Interdit de toucher l’autre.

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Conséquences: chacun est seul, se demandant pourquoi ceci arrive. Les femmes et les hommes cherchent désespérément un partenaire, ou une partenaire, à tout prix. L’autre jour j’ai découvert un programme très curieux à la télévision américaine. The Bachelor et The Bachelorette. Un célibataire, homme ou femme, rencontre plus de 20 autres célibataires à la recherche de l’âme soeur pendant un certain nombre de temps dans plusieurs endroits et pays différents, discute avec chacun /chacune de tout et de rien, sors, mange et dors avec ces candidats, tout ceci dans le but de savoir si l’autre est THE ONE. Plus la série avance, plus les candidats/candidates sont éliminés et c’est alors le festival de pleurs et de larmes parce qu’on a été rejeté. Parce qu’on n’a pas été choisi/e par l’autre. Parce que ce partenaire qu’on cherche désespérément et pour qui on est prêt à tout pour attirer et retenir son attention, nous rejette et préfère l’autre. A la fin, le bachelor ou la bachelorette choisit l’heureux élu ou l’heureuse élue avec qui il ou elle va faire sa vie.

Voilà où nous en sommes arrivés aujourd’hui. Si ce n’est pas des shows comme The Bachelor, c’est des pasteurs qui organisent des méga shows où des femmes du monde entier accourent avec l’espoir qu’à la fin, elles trouveront l’âme soeur, ce que promettent ces pasteurs qui, en fait, surfent tout simplement sur le désespoir de ces femmes pour se faire de l’argent. Parce que, comme vous l’avez imaginé, ces shows ne sont pas gratuits. Il faut délier les bourses! La salle de Conférence de Nairobi où ce genre de show a lieu de temps en temps est bourrée à craquer au point où les organisateurs sont obligés de placer des écrans géants dehors pour que celles qui n’ont pas pu entrer dans la salle puissant suivre le spectacle depuis l’extérieur. Le Pasteur, lui, est devenu immensément riche et ne se déplace qu’en… avion privé maintenant.

Pourquoi sommes-nous si seuls aujourd’hui?

Hier lorsqu’on était amoureux d’une fille, on travaillait dur pour conquérir cette personne. On lui faisait la cour. Souvent assidue. Sans se fatiguer. Sans se décourager même lorsque l’homme essuyait un refus, parfois vraiment…sauvage, de la part de la fille. L’homme lui écrivait des lettres ou des poèmes pour lui déclarer sa flamme. Il l’invitait au cinéma, au restaurant, au pique-nique et, lorsqu’ils se retrouvaient, ils étaient vraiment ensemble le temps de cette rencontre. Ils se parlaient. Vraiment. Les yeux dans les yeux. Rien mais alors rien ne s’interposait entre le couple.

Que se passe-t-il aujourd’hui? Les gens ne savent plus faire la cour ou alors pensent que ce n’est pas la peine, et croient que dès qu’ils vont te dire “Je t’aime”, tu vas te coucher immédiatement. Ils sont surpris que la fille les envoie promener après le premier rendez-vous où ils sont arrivés en retard et ne se sont même pas excusés, et ont passé le temps à surfer sur leur téléphone ou à répondre aux coups de fil.

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Aujourd’hui, les gens ne savent plus communiquer. Tout le monde se cache derrière ses écouteurs ou ses multiples téléphones et autres gadgets. Regardez autour de vous lorsque vous marchez dans la rue, êtes entrain de déjeuner ou dîner dans un restaurant et vous serez édifiés! Même à la maison,  à table, même au lit, ces gadgets s’interposent et empêchent de vivre!

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Parler à quelqu’un qui est totalement plongé dans son téléphone, sa tablette ou, qui répond toutes les cinq minutes aux coups de fil est absolument frustrant et est surtout l’expression d’un manque d’intérêt total pour l’autre. Un manque de respect total. Pourquoi dois-je perdre mon temps avec quelqu’un qui ne me respecte pas, qui ne peut pas me donner un peu de son temps, quelqu’un qui ne peut pas déposer son téléphone le temps d’un échange avec moi?

Voilà quelques unes des raisons pour lesquelles nous sommes si seuls aujourd’hui. Il y a des détails qui ne trompent pas et pour peu que l’on y prête attention, on les note et on prend acte.

Il y a des compétences –skills- vitales que chaque personne doit apprendre absolument. On apprend à lire, à compter et à écrire. On devrait aussi apprendre et ce, le plus tôt possible, à communiquer effectivement ses désirs, ses rêves, ses frustrations, ses émotions, ses souffrances, sans blesser l’autre, sans humilier l’autre. On devrait apprendre, on doit apprendre ces compétences, toutes ces autres compétences si nécessaires pour vivre une vie heureuse et épanouie, des compétences que malheureusement l’école ne nous enseigne pas. Parce qu’il y a l’école et il y a la vie, laquelle ne fait pas de cadeaux à ceux et celles qui ignorent son emploi de temps.

Le téléphone est utile, très utile. Il est le gadget le plus utilisé dans le monde et devance ainsi l’ordinateur. Il nous simplifie énormément la vie. Aujourd’hui de plus en plus de personnes s’en servent pour gérer leur vie quotidienne: communiquer, bien sur, prendre des photos, s’orienter, faire des réservations, acheter, faire des transactions bancaires, ouvrir leur chambres d’hôtel, etc. Et cette tendance va augmenter. Le téléphone est utile, à condition que l’on sache s’en servir. Sinon , il devient un obstacle et, au lieu d’aider, de construire, de rapprocher, il éloigne, il détruit. On peut en devenir facilement accro, au point d’oublier l’essentiel. Au point d’oublier que l’autre, que les autres sont là. Que le monde extérieur est là.  Que la vie est là et attend d’être vécue!

Des questions à poser? Des commentaires à faire? Des éléments à ajouter pour nous aider à prendre conscience et puis corriger ces défauts que nous avons et qui nous empêchent de trouver l’âme soeur et de vivre?

Céline t’écoute!

 

 

 

 

Exprimer sa gratitude c’est aussi aimer

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Il y a quelques jours un des clients de l’hôtel où je travaille nous a offert un merveilleux paquet de chocolat.

Pour la Saint Valentin.

Surprise par ce beau et émouvant geste, et parce que j’étais curieuse de savoir pourquoi il avait fait cela, ce gentleman m’a dit trois choses:

  • Je suis content d’être en vie et en santé malgré les multiples épreuves que la vie m’a infligées
  • C’est une bénédiction d’avoir toutes ces merveilleuses femmes que vous êtes dans ma vie et de pouvoir m’imprégner chaque jour de votre contagieuse joie de vivre
  • Je voudrais vous dire merci de prendre si bien soin de moi. Je voudrais que vous sachiez que j’adore ce que vous faites pour moi et vous suis, vous serai éternellement reconnaissant.

Cet homme exquis vit à l’hôtel depuis plusieurs années déjà. Avant d’y élire domicile, il vivait dans une de ses propriétés avec son épouse. Alors que les deux partaient passer l’hiver en Floride, ils ont été victime d’un horrible accident de circulation dans lequel son épouse est décédée sur le champ. Les deux venaient de prendre leur retraite et commençaient une nouvelle vie où ils allaient enfin prendre le temps de vivre. A 65 ans, la vie ne fait que commencer, voyons!

Brisé à jamais, privé de sa partenaire, de son amie et de sa confidente, désormais seul, notre homme a sombré dans une dépression qui a duré des années jusqu’au jour où, en cherchant un document dont il avait besoin dans le sous-sol de son domicile, il est tombé sur une caisse dans laquelle il avait gardé toutes les lettres écrites à la main qu’il avait reçues. Parmi elles, une bonne partie lui avait été envoyée par sa défunte épouse après qu’ils se soient rencontrés. Saisi par l’émotion, et surtout percevant cette découverte comme un signe du destin, il entreprit de lire ces lettres et particulièrement celles de son épouse, lesquelles le ramenaient des années en arrière dans sa vie, dans leur vie à deux. Une d’elle retint particulièrement son attention. Celle dans laquelle son épouse lui recommandait de vivre pour elle et pour eux deux si jamais quelque chose lui arrivait et elle le quittait avant. Elle lui promettait de faire pareil si, lui, partait avant. Dès ce jour, il décida de vivre.

Pour elle.

Pour eux deux.

Il vendit tout ses biens et s’installa dans notre hôtel avec pour seul bien cette fois-ci les lettres de sa bien-aimée. Accueillant et vivant chaque jour comme si c’était le dernier. Célébrant la vie et faisant de son mieux pour mettre un sourire sur le visage de tous ceux et toutes celles que la vie veut bien met sur son chemin.

Ton tour…

Ceux et celles qui prennent soin de nous, nous aident tout au long de notre vie, nous tendent la main lorsque nous en avons besoin, nous redonnent espoir lorsque nous avons perdu tout espoir, nous disent ces mots sauveurs que nous avons tant besoin d’entendre au moment où nous devons les entendre; ces personnes qui, quoiqu’étant de parfaits étrangers souvent, nous tendent leur épaule sur laquelle nous nous épanchons au moment où nous sommes en pleine détresse (comme cette jeune fille qui, nous voyant pleurer au moment de quitter définitivement le corps de notre ami qui venait de s’éteindre à l’hôpital en Décembre dernier, nous prend dans ses bras tout en nous susurrant que ça va aller), toutes ces personnes qui contribuent, d’une façon ou d’une autre, à rendre notre existence plus agréable, ne sont pas toujours celles que nous pensions. Notre cuisinier/cuisinière, notre femme de ménage, la nounou de nos enfants, notre chauffeur, notre gardien, le barman qui nous sert notre boisson préférée chaque fois que nous leur rendons visite; notre coiffeur/coiffeuse qui nous donne ce look qui nous fait triompher, le voisin qui ramasse notre courrier lorsque sommes en voyage, accompagne nos enfants à l’école ou les ramènent à la maison lorsque nous ne pouvons pas le faire; cette dame qui coiffe notre fille ou encore lui tient compagnie lorsque sommes en mission ou en voyage et n’avons personne d’autre pour le faire (nous sommes des parents seuls); cette famille chez qui notre fille/fils vit à l’étranger où il fait ses études, et qui l’encadre comme si c’était nous-même, cette nièce/tante qui a tout sacrifié pour garder nos enfants afin que nous vivions la vie personnelle et professionnelle que nous désirons et méritons, toutes ces personnes comptent énormément pour nous. Alors, qu’as-tu fais cette Saint Valentin pour leur dire ta gratitude et leur exprimer ton amour?

Si tu n y pas pensé, ce n’est pas grave, tu sais. La Saint Valentin c’est tous les jours. Du moins à mon avis. Il n’est donc jamais trop tard pour le faire. A toi de jouer, et de partager avec nous afin que nous continuons à cultiver la gratitude.

A ton Bonheur!

Céline Magnéché Ndé Sika

 

 

 

 

Loin des siens. Loin de tout!

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Il est 4:30 mn. La nuit est déjà tombée. Et il neige. Fortement. J’ai beaucoup hésité avant de me rendre à cette boutique à la sortie du travail. Ces deux dernières semaines ont été très éprouvantes pour moi. Alors, la dernière chose dont j’avais envie de faire était de faire des courses. Mais il le fallait car, malgré toutes les épreuves auxquelles nous sommes confrontés au quotidien, il faut continuer, n’est-ce pas?

Ne jamais jeter l’éponge.

Se relever et continuer.

Poser un pas après l’autre.

Toujours.

Vivre et surtout aider à vivre autant que faire se peut. Tendre la main à ceux et celles qui sont seuls, frustrés, découragés, déprimés, dépassés par la vie et ses multiples coups.

Aider ceux qui, comme David, se sentent seuls. Terriblement seuls. Loin de tout et de tous leurs êtres chers en ce moment si important de l’année.

David, que j’ai rencontré à l’arrêt du bus, est au Canada depuis trois ans et m’a avoué que c’est dur. Très dur. Emotionnellement. Socialement. Académiquement. Voici plus concrètement ce qu’il me dit après que nous ayons fait connaissance.

“Qu’est-ce que je fais ici, loin de ma terre, seul? Je donnerais ma vie pour retourner chez moi. Je n’ai jamais voulu venir ici. Mais, mon avis n’a pas compté. Pourtant il s’agit de ma vie. Mes parents ont décidé et je n’avais plus qu’à leur obéir. Personne ne m’a préparé à la réalité terrible que je vis depuis que je suis arrivé dans ce pays. La transition est dure et n’est pas terminée et je ne pense pas qu’elle terminera dans un avenir proche. Ou même un jour. Ce pays n’est pas pour moi, simplement.”

David est togolais, fils de parents nantis qui, comme plusieurs parents africains, veulent et font tout ce qu’ils peuvent pour que leurs enfants étudient et travaillent à l’étranger. Que ces enfants aient des rêves personnels, différents, qu’ils veuillent suivre un chemin différent de celui que leurs parents veulent tracer pour eux est simplement hors de question. Le résultat c’est des jeunes hommes et femmes incompris, déprimés, coupés du reste du monde dans lequel ils n’arrivent pas à s’intégrer, isolés de tout comme David qui, me l’a-t-il avoué, n’était pas sorti de sa chambre depuis des semaines.

Des jeunes hommes et des femmes qui, de plus en plus, commettent l’irréparable, la seule façon pour eux de se faire enfin entendre.

Pour tous ces enfants obligés de quitter leurs familles, ces enfants dont certains ont a peine 17 ans, les fêtes de fin et début d’année sont synonyme de torture atroce. Et si, en plus de souffrir de la solitude, du mal du pays et de l’absence de leur famille, ils sont obligés de gérer certaines contraintes comme celle de devoir quitter leur chambre à la résidence universitaire pendant cette période de l’année particulièrement froide, comme c’est le cas d’ailleurs ici au Canada, le fardeau devient trop lourd à porter.

De ma conversation avec David, des conversations que j’ai eues avec d’autres étudiants internationaux avec qui j’ai échangé sur leur nouvelle vie depuis que je suis au Canada, et surtout d’après ma propre expérience en tant qu’étudiante dans ce pays, je retiens quelques leçons que je voudrais partager avec vous:

  • Ecoutez vos enfants lorsqu’il s’agit de leur avenir. Certes, vous devez jouer votre rôle de parent, de guide, mais essayez de ne pas vouloir vivre à travers vos enfants parce que vos enfants ne sont pas votre prolongement. Ce sont des êtres à part entière, différents de vous. N’essayez pas de vivre ce rêve que vous n’avez pas pu réaliser à travers eux.
  • Revoyez vos attentes envers vos enfants. C’est OK de ne pas avoir les meilleurs notes au Collège ou à l’Université. C’est tout aussi OK de se tromper de filière parce que nous sommes tous des humains, donc imparfaits, et de changer, même après quelques années d’études. Et surtout ne considérez pas ces années comme perdues. Non!
  • Vos enfants auront certainement et énormément appris pendant cette période de tâtonnement, apprentissage qui leur permettra de mieux affronter la vie demain car à côté de la vie académique, il y a la vie. La réalité qui exige que l’on ait des compétences pas toujours académiques.
  • C’est normal et même nécessaire d’aider vos enfants à changer de cap lorsqu’ils se sont trompés de filière/programme. Imaginez un tout petit peu leur détresse. Dans le cas de David, non seulement il n’avait jamais voulu venir au Canada, mais il a dû étudier ce qu’il n’aimait pas, parce que ses parents en avaient décidé ainsi. Par respect pour ces derniers, il a continué, malgré lui, s’est accroché, pour leur faire plaisir.

Pour ne pas les décevoir.

Mais plusieurs abandonnent, en secret, et n’osent pas en informer leurs parents qui, en Afrique, croient que les choses vont bien pour leurs enfants, jusqu’au jour où ils découvrent le pot aux roses. Parce que les enfants, redoutant la réaction de leurs parents, n’osent pas s’ouvrir.

  • Créez les conditions pour que vos enfants puissent vous parler et se confier à vous sans aucune crainte de représailles. C’est seulement dans ces conditions que certains drames peuvent être évités et que vous pouvez réellement les aider lorsqu’ils ont besoin de vous.
  • Les mauvaises notes ne signifient pas la fin du monde. On peut avoir des mauvaises notes et réussir dans la vie. Plusieurs personnes prospères aujourd’hui n’ont jamais terminé le secondaire et étaient médiocres à l’école. Mais cela ne les a pas empêché d’être au sommet aujourd’hui, chefs d’entreprises prospères qui emploient ceux et celles-là qui étaient brillants en classe! Regardez autour de vous et vous verrez de quoi je parle.
  • Il n y a pas que la vie académique: vos enfants sont d’abord des êtres humains qui ont besoin de vivre une vie sociale et affective, et qui ont surtout besoin d’aide, de votre aide pour réussir ici aussi. Ils sont traumatisés, ont le mal du pays et sont en manque de leurs familles, ce qui peut sérieusement affecter leur santé mentale et les pousser à commettre l’irréparable. Le changement qu’ils vivent est drastique pour qu’on le prenne à la légère.

Le secondaire est un environnement structuré où les enfants sont encadrés et bénéficient d’appui et d’orientation constants. Les enseignants tiennent à ce que vous réussissez et s’y investissent. Lorsque vos notes sont mauvaises, ils cherchent à savoir pourquoi, en discutent avec vous et avec vos parents, suggèrent des stratégies pour vous aider à vous rattraper, etc. Ils sont vos enseignants mais aussi vos tuteurs et mentors en quelque sorte. Au Collège et à l’Université, c’est tout le contraire. Personne ne veille sur vous.

Personne ne vous demande des comptes ou encore vous rappelle ce que vous devez faire.

Personne ne vous demande si vous avez fait vos devoirs, etc.

Je me rappelle que nous réveillions nos enfants tous les matins à 7 heures lorsqu’ils étaient encore avec nous, veillions à ce qu’ils ne s’attardent pas trop, à ce qu’ils n’aillent pas à l’école sans avoir fait leur toilette ou encore en pyjama comme certains enfants le font ici. Nous veillions à ce qu’ils aillent à l’école et ne manquent aucun cours. A l’Université, personne d’autre ne fera tout cela. Dans ce nouvel environnement, on s’en fout et les enfants peuvent très rapidement et facilement perdre pied.

  • Préparez sérieusement vos enfants à réussir cette importante transition dans leur vie, et surtout réussir leur nouvelle vie.

“Personne ne m’avait dit que je dois changer de manière d’étudier. Je croyais que tout irait bien avec la stratégie que j’ai toujours utilisée au secondaire pour étudier, laquelle a toujours marché et m’a permis de réussir à mes examens,” nous a dit notre fils lorsqu’il s’est confronté à la réalité du monde universitaire.

Ces enfants commencent une nouvelle vie dans une nouvelle structure scolaire et un nouveau contexte et doivent aussi gérer leur nouvelle vie loin de leurs parents pour la première fois. Une nouvelle vie où ils doivent s’occuper de tout, faire leurs courses, établir et gérer un budget, préparer leurs repas, prendre soin de leur maison/chambre, faire leurs lits, leur lessive, la vaisselle, payer leurs factures à temps, naviguer leur nouvel environnement, en plus de répondre aux multiples attentes et exigences académiques.

Tout ceci peut se révéler trop lourd à porter surtout si ces enfants n’ont pas appris à se prendre en charge tôt. Nous, parents, oublions souvent cet important aspect de la vie et échouons à cultiver en nos enfants ces importantes aptitudes nécessaires pour vivre une vie réussie.

David n’a pas encore abandonné. Mais, qui sait combien d’enfants qui vivent la même réalité que lui l’ont déjà fait?

David n’a pas encore sombré dans l’alcool ou la drogue pour tenter de noyer ses soucis. Mais, qui sait combien d’enfants qui vivent la même réalité que lui l’ont déjà fait?

David vit encore seul, et refuse de se mettre en couple juste pour avoir quelqu’un qui va lui préparer à manger, faire sa lessive, sa vaisselle, faire ces courses qu’il abhorre, et bien d’autres choses que ses parents faisaient pour lui au pays. Mais, combien d’enfants qui vivent la même réalité que lui l’ont déjà fait? Juste pour s’en sortir. Mais, en couple, c’est dur aussi. ça, c’est un autre débat que j’aborderai plus tard.

Que la gratitude soit avec vous!

Céline Magnéché Ndé Sika

 

Parce que la vie doit continuer!

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Le 22 Décembre dernier, quelques heures après mon arrivée auprès de lui à l’hôpital, un grand ami à moi s’est éteint. Il y avait été conduit en urgence dix jours plus tôt après avoir fait une crise. Il souffrait depuis quelque temps déjà d’un mal qui s’est avéré être le cancer du foie. Nous sommes au Canada, un des pays les plus avancés de cette planète où la médecine et les formidables avancées technologiques permettent de tutoyer la mort et même de l’empêcher de frapper. Dans le cas de mon ami, elle a gagné et mon ami s’en est allé après des mois de lutte contre ce mal qui frappe de plus en plus de personnes, indépendamment de l’âge, du genre et du statut social.

Depuis quelques années Noël est synonyme de tristesse pour moi. Le 24 Décembre 2011, mon papa s’est éteint après sept années de maladie. Accident Vasculaire Cérébral.

L’année dernière, une amie à moi s’est également éteinte au milieu du mois de Décembre.

Il y a un mois, un grand ami à moi est mort d’un accident de circulation.

Et, comme je l’ai dit ci-dessus, le 22 Décembre 2015, c’était au tour de Matthieu. 51 ans.

“Il est au ciel. Il est avec Dieu maintenant. Il ne souffre plus. Soyez forts et ne pleurez plus!”

C’est ce que l’on me dit. Je veux bien y croire et j’essaie d’être forte. De ne pas pleurer. Mais, comment rester intacte, comment ne pas pleurer toutes les larmes de son corps face à la perte d’un être cher?

Comment ne pas douter de l’existence même de Dieu lorsque cette personne dont dépendaient une multitude de personnes pour survivre décède? La maman de Matthieu est encore vivante, en Afrique. Aveugle… Ses soins et son alimentation étaient assurés par son fils qui est parti.

Parti pour toujours.

Que va-t-elle devenir?

Comment Dieu, s’il existe, peut-il permettre que ce genre de choses arrive?

Pourquoi ce Dieu permet-il que les parents enterrent leurs enfants? Ce devrait être l’inverse, non?

Noël et le Nouvel An c’est pour célébrer, pas pour pleurer. Malheureusement, pour plusieurs personnes, Noël et le Nouvel An c’est synonyme de pleurs.

De tristesse.

De douleur.

De souffrance.

Mais la vie doit continuer, n’est-ce pas?

Pour ceux qui restent. Oui, la vie doit continuer. Et aussi, j’en suis convaincue, la meilleure façon de rendre hommage à ces êtres chers qui sont partis c’est de vivre. Prendre le temps de vivre et surtout de faire ce qu’ils aiment et ce dont ils rêvent parce que tout peut être perdu à tout moment. Tout peut s’arrêter à tout moment.

A tout moment.

C’est pourquoi je suis retournée au travail le lendemain du décès de mon ami. Parce que je refuse de laisser la mort définir mon présent et mon avenir. Ce que j’ai vécu pendant les dix derniers jours de mon ami qui s’est éteint devant moi a laissé des traces indélébiles en moi. Mais, surtout, cela m’a préparée à mieux affronter le présent et l’avenir, plus consciente que jamais de:

  1. La fragilité de notre condition d’humains. La vie ne vaut rien, même si rien ne vaut la vie!
  2. La nécessité de vivre chaque instant de la vie que nous avons la chance de vivre comme si c’était le dernier. Comme si c’était le dernier! Je ne veux pas dire faire des abus. Non! Vivre, humer, savourer, explorer, apprécier, chaque moment, ces petites choses et détails qui font le bonheur.
  3. La nécessité d’aider ceux qui ont besoin de soutien à vivre la vie qu’ils désirent et qu’ils méritent parce que personne n’est venu sur cette terre pour souffrir, voyons! Nous sommes les gardiens de nos frères et soeurs, disait le pape Jean Paul II, avec raison. Matthieu, qui était prêtre, a touché la vie d’énormément de personnes pendant son séjour dans cette vallée des larmes. Il ne voyait pas sa vie autrement. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a donné sa vie à Dieu qu’il servait à travers ses prochains.
  4. La nécessité de dire à nos êtres chers combien nous les aimons et surtout de le-leur montrer par des actes concrets. Nous ne le faisons pas souvent. Ou alors pas assez souvent. Par pudeur. Par ignorance. Parce que que notre culture ne nous-le permet pas. Ou encore parce que notre ego surdimensionné nous l’interdit. De grace! Arrêtons et commençons par altérer cet ego qui nous empêche de cultiver et de semer l’amour.
  5. La nécessité de créer et surtout de prendre soin de ses relations là où on vit. Mon ami était africain vivant au Canada depuis des années. Sa famille biologique est en Afrique, bien évidemment. Mais, sa famille, celle qui l’a accompagné pendant ses derniers moments était composée de ses confrères et de ses amis. Nous étions sa famille ici au Canada. Nos frères et soeurs ce ne sont pas toujours ceux et celles que l’on pense. Notre famille n’est pas toujours celle que nous croyons.

 

Ton tour…

Nous avons tous ete touches, de pres ou de loin, a un moment de notre vie, par la mort. Mais personne ne veut y penser. Personne ne veut en parler. Pourtant elle est la. Presente. Impitoyable. Previsible mais tres souvent imprevisible. Redoutee. Combattue autant que faire se peut. Que signifie-t-elle pour toi? Peut-on en tirer quelque chose de bon? Ton opinion, ta reponse compte pour moi et pour les autres lecteurs de ce blog!

Prenez soin de vous pour vous et pour ceux qui vous aiment!

Celine Magnéché Ndé Sika

Vous les appréciez? Vous les aimez? Dites-le leur. Pendant qu’il est encore temps!

DSCN0204Depuis que je vis hors de mon pays, je communique avec ma famille tous les Dimanches grâce à ce formidable et merveilleux outil qu’est Skype. Ce rendez-vous est devenu un rituel presque, que j’attends et chéris. Je leur donne de mes nouvelles et prends des leurs. Donc, Dimanche dernier, ma soeur m’annonce l’arrivée d’un nouveau-né dans la famille, lequel a reçu le nom de notre défunt papa. Surprise! Enorme et double surprise! D’abord parce que le bébé est celui de notre cousine. Selon la tradition de chez-nous, cet enfant, puisqu’il est le premier né de notre cousine, devrait porter le nom de son grand père paternel. Cela se passe presque toujours comme cela, à quelques très rares exceptions près. Deuxième surprise, l’enfant est nommé par quelqu’un qui, du vivant de notre papa, n’avait jamais exprimé de l’affection pour ce dernier. Alors, pourquoi? Pourquoi? L’échange que j’ai par la suite eu avec ma soeur a éclairé le mystère. Tenez.

-Mais pourquoi notre papa? ai-je demandé à ma soeur, sincèrement surprise. Il n’est pas venu aux obsèques de papa, choisissant d’aller en voyage, alors que l’on enterrait papa à quelques dizaines de mètres de sa résidence.

-Tu n’es pas la seule personne surprise. Tout le monde l’est. Il souhaite peut-être se racheter.

-Se racheter pourquoi? Il n’était pas obligé d’assister aux obsèques de papa, tu sais.

-Pas par rapport aux obsèques.

-Quoi alors?

-Il dit que papa lui a rendu un immense service qu’il n’oubliera jamais.

-Accouche!

-Il dit que c’est grâce à notre papa qu’il a épousé la maman de notre cousine, c’est-à-dire la grand mère du nouveau-né.

Effectivement, alors que tout le monde était contre cette union, notre papa avait remué ciel et terre pour que les deux amoureux se marient, se faisant des ennemis au passage, ce qui lui importait très peu parce qu’il voulait que sa soeur, qu’il aimait beaucoup, soit heureuse surtout que cette dernière adorait son fiancé.

-J’espère qu’il le-lui a dit de son vivant, m’exclamai-je! Parce que papa n’est plus là pour voir ce geste qu’il a posé.

-Je n’en sais rien, dit ma soeur. Mais tu sais que ce n’est pas toujours facile d’exprimer ses sentiments ici chez-nous. Qu’ils soient contents ou enragés, les gens se taisent. Ce qui n’est pas correct. Il faudrait que tout cela change et que les gens apprennent à dire aux autres leurs sentiments, et surtout au moment où il le faut.

Depuis cet échange, je voudrais écrire ces quelques lignes pour partager avec vous les leçons que j’ai tirées dudit échange. Des histoires comme celle-ci, vous en connaissez certainement. Vous-même avez très certainement déjà regretté de n’avoir pas eu l’opportunité d’exprimer votre gratitude à quelqu’un qui vous a rendu service, quelqu’un qui a posé un acte qui a changé votre vie. Lorsque vous le réalisez, il est trop tard car cette personne n’est plus de ce monde.

J’adorais mon papa, qui avait ses défauts comme tout le monde, bien évidemment, mais qui, en ce qui concernait l’éducation de ses enfants, était prêt à marcher à genoux d’un bout de la ville à l’autre pour leur donner l’éducation dont ils avaient besoin. Il était un très modeste fonctionnaire mais se débrouillait, je ne sais comment, pour que ses nombreux enfants puissent aller à l’école. Emotionnellement aussi, il était présent, voyageant toujours pour venir m’assister chaque fois que j’avais un examen official à passer. La veille de l’examen, il m’accompagnait repérer ma salle d’examen ainsi que ma table et, tous les matins pendant l’examen, il m’accompagnait, s’assurant que j’ai déjeuné et fait un tour aux toilettes avant de quitter la maison. Pendant la pause, il m’apporter à manger et saisissait l’opportunité pour me demander comment se sont déroulées les épreuves. A la fin de l’examen, il me donnait toujours de l’argent pour aller au cinéma avec ma meilleure amie, pour me féliciter et célébrer la fin de l’examen.

Lorsque je me suis mariée, il a continué à être émotionnellement présent, me prodiguant des conseils pour m’aider à construire avec mon époux un mariage heureux. Je n’ai pas eu l’opportunité de lui dire merci pour ce cadeau inestimable pendant qu’il était encore là. C’était son devoir de parent de faire cela, certes, mais il aurait pu ne pas le faire, et se comporter comme plusieurs parents qui se contentent d’avoir des enfants et c’est tout.

Je ne l’ai pas fait. Et n’ai pas eu le privilège que quelqu’un attire mon attention là-dessus. J’aurais tellement aimé qu’il soit encore là pour le-lui dire… Et il est tard. Très tard maintenant. Un sentiment horrible, croyez-moi. Un sentiment qu’il faut absolument éviter. Comment? Que faut-il faire?

  • Pendant que vous le pouvez, et qu’ils sont encore là, capables de vous entendre et de comprendre ce que vous leur dites, dites à vos êtres les plus chers combien vous les aimez. Il existe des tas de façons de le faire. Verbalement, mais aussi par des gestes. Des actions. Mais faites quelque chose pour faire passer cet important message.
  • Dites-leur merci pour leur amour, leur soutien. Dites merci à toutes ces personnes qui sont avec vous lorsque vous riez, mais qui restent également avec vous lorsque vous pleurez. Vos parents et votre famille aussi parce qu’ils ne sont pas obligés de vous soutenir, de vous accompagner, d’être là lorsque les choses vont mal pour vous. Ils le font par amour.

Pourquoi ne pas exprimer notre gratitude a la personne qui nous a rendu service, nous a montre la voie, tenu la main, donne un conseil vital, ouvert une porte, donne un précieux contact, pourquoi ne pas le faire? Et surtout pourquoi ne pas le faire au moment où il faut le faire? Ne pas le faire c’est pas correct. Et le faire lorsque la personne n’est plus la c’est le faire pour soi-même, et pas pour le/la défunt(e). C’est comme ces médailles républicaines qu’on attribue aux gens après leur décès et qui, d’après moi, n’ont aucune valeur.

Même à ces personnes qui nous tournent le dos lorsque nous avons besoin de leur appui, nous devons également dire merci parce rien n’arrive pour rien. Dans cette vie, on ne perd jamais. Si on ne gagne pas, on apprend, on découvre. Et, croyez-moi, très souvent, le geste/l’acte de ces personnes nous pousse à regarder ailleurs, un ailleurs qui, comme l’expérience l’a souvent montré, est bien mieux pour nous.

Ton tour…

Si tu as appris quelque chose de ce qui précède, j’en suis ravie. Et si tu as un commentaire à ajouter, ou une histoire à partager avec nous pour contribuer à améliorer la vie des autres,  je serais heureuse de te lire!

Celine Clemence Magneche Nde Sika

On finit tous par partir

Chers amis, chers tous, bonjour,

Comment vous allez aujourd’hui? 
 
Mon dernier article sur la nécessité de mettre de l’ordre dans nos affaires pendant qu’il est encore temps a touché certains d’entre vous et les a amenés  a partager leurs réflexions et médiations avec moi. J’ai pensé qu’il serait bien de partager cela avec vous.
 
 
Voici ce que ma soeur et amie Odile dit plus précisément :
 

Bonjour Céline,

Toujours émerveillée par les sujets que tu soulèves; Ça prend un courage fou pour faire ce que tu fais là. J’espère que ton message est largement diffusé. Tu soulèves des questions pertinentes et tu proposes des solutions. Même en occident tous les jours ces cas se présentent. Des gens qui vivent sans assurance et laissent souvent la communauté dans l’embarra lorsqu’ils leur arrive quelque chose.

Justement ceux qui vivent en occident peuvent lors de l’acquisition d’un bien de valeur profiter pour faire un testament chez le notaire.

Il faut essayer même si c’est difficile, d’introduire le sujet dans la famille nucléaire autour de la table, à l’occasion d’un évènement heureux où tout le monde est disposé à en parler.  Le parent qui est plus à l’aise peut également proposer de le faire afin d’inciter l’autre à faire pareil; Évidemment si les deux parents sont sur le marché du travail. C’est lorsque les avoirs les plus importants sont en jeux que le problème se complexifie car il faut être juste et équitable et penser que l’homme fini par partir; Malheureusement dans ces cas en Afrique, c’est souvent le père qui a généré ces avoirs et c’est encore lui qui a des tonnes de partenaires et par ricoché des tonnes d’enfants. Lorsque ces cas se présentent il faut compter sur la lucidité du patriarche ou sur l’influence qu’aura un de ses filsaimé sur lui pour le sensibiliser. Mais sans perdre espoir, c’est un sujet à  vulgariser.

 Merci encore

Odile Makemda Mbekou »

Et voici ma réponse a Odile:
 
Je suis très émue de te lire, de lire ces mots si aimables que tu écris a mon sujet, je veux dire sur cette passion que j’ai a réveiller les consciences, motiver, encourager, accompagner ceux et celles qui sont parfois tellement pris par le tourbillon de la vie qu’ils oublient l’essentiel qui, dans ce cas précis, est celui de mettre de l’ordre dans nos affaires pendant qu’il est encore temps. C’est une passion, mais aussi un devoir parce que, comme le disait Maya Angelou, la poétesse américaine, lorsqu’on sait, on enseigne. Et j’espère de tout coeur que tu m’aideras a vulgariser cette information autour de toi, avec les tiens, avec les frères et soeurs qui sont au Cameroun mais aussi hors de notre pays. Nous devons le faire meme si cela n’est toujours pas facile, meme si nous n’avons toujours pas l’assurance de rencontrer un accueil favorable de la part de nos frères et soeurs, nos parents, etc. Mais il faut le faire. 
Ne pas le faire c’est subir notre vie, attendre que les problèmes dont tu parles si bien dans ton message se présentent et nous embarrassent. Dans notre famille mais aussi dans nos communautés, surtout lorsqu’on vit a l’étranger. Et ces problèmes il y en a tous les jours.
 
Lors de mon dernier séjour aux USA l’année dernière, j’ai pris conscience de ce problème lorsqu’un de mes amis m’a invitée a participer avec lui a l’enterrement d’un de leurs frères nigérians décédés quelques jours plus tôt. Lorsque je lui ai demandé pourquoi le défunt n’avait pas été ramené au Nigeria pour y être enterré, mon ami m’a rit au nez. Il m’a dit que cela coute énormément cher de ramener un corps en Afrique (cercueil, préparation du corps, frais administratifs, transport aérien de la dépouille, accompagnement de la dépouille en Afrique, etc.) surtout si le défunt n’a pas pensé, de son vivant, a organiser ses obsèques ou encore a aider ceux qui restaient a le faire. Et, dans le cas précis, le défunt n’avait rien fait dans ce sens. Il n’était pas marié, et vivotait. Et, même s’il avait été marié, a-t-il continué, il aurait encore fallu qu’il ait laissé une assurance a sa partenaire pour gérer ce dossier couteux.
 
Lorsque je lui ai demandé pourquoi la communauté nigériane de Boston n’avait pas pensé a mettre sur pied un service (type épargne, par exemple) pour régler ce problème crucial, il m’a dit que les gens trimaient deja trop pour manger, payer leur loyer, payer les multiples factures et les mortgages pour  mettre de l’argent a cote pour leurs obsèques. Il m’a ensuite dit que tous les jours les africains étaient enterrés dans les cimetières américains, 98/100 pour être plus précise,  et que, souvent, leurs parents en Afrique n’étaient meme pas informés de leur décès. Pour finir, il m’a dit que le défunt devait meme être content et reconnaissant que quelqu’un ait bien voulu creuser un trou pour lui. 
 
Odile, j’étais terrifiée en écoutant cela. Et me suis alors engagée a en parler avec les miens qui vivent hors d’Afrique. Ce que je fais depuis l’été dernier. 
 
Il y a deux semaines mon mari a failli mourir dans un accident de voiture lors d’une mission de travail au Cameroun. Le bus, dont les freins ne fonctionnaient plus, a foncé dans un ravin , fait plusieurs tonneaux avant de se retrouver sur son toit. Heureusement, heureusement, et grâce a Dieu, il n y a eu aucun mort, sauf quelques blessés. Cet événement m’a rappelé, nous a rappelé la nécessité, l’urgence de mettre de l’ordre dans nos affaires pendant qu’il est encore temps. Il m’ a aussi rappelé que je dois rappeler cette nécessité aux autres. A toi, a mes lecteurs. A ceux et celles qui veulent bien m’écouter.
 
C’est un sujet délicat, Odile. Très très délicat. Mais plus nous l’éviterons, plus nous créerons des conditions pour la destruction et la souffrance de nos familles. Il faut trouver le moyen d’en parler.
 
Absolument.
 
Le moyen d’attirer l’attention de nos parents sur cette question vitale, nos parents et leurs successeurs, et surtout les convaincre de la nécessité de mettre cet ordre en place. Le plus tôt possible. 
 
Que l’on ait une petite cabane au toit de chaume, ou des palaces partout; une table sur laquelle on vend des beignets au bord de la route a la tombée de la nuit, ou des business partout; que l’on soit reine ou notable avec un titre a la chefferie de notre village ou simplement successeur de quelqu’un, d’un parent; que nous ayons un bout de terrain insignifiant ou soyons propriétaire terrien, il faut mettre de l’ordre dans tout ceci parce que les gens se tuent pour moins que rien. 
 
Commencer d’abord avec notre petite famille nucléaire. Ensuite, en parler au niveau de la grande famille lors des réunions familiales. Celles-ci doivent servir a autre chose que de régler les habituelles querelles et rivalités inutiles.
 
Je reste a ton écoute  pour continuer cet échange lequel va nous aider a renforcer nos capacités et être a mesure de prendre en main notre destin.  
 
Celine »
 
A toi, je pose cette question: que penses-tu de tout ceci? Es-tu d’accord avec nous? Si oui, comment pouvons-nous vulgariser cette information vitale? Comment poser cette question sur la table sans froisser, heurter des susceptibilités? Je suis sure que tu as des idées qui nous permettront d’avancer sur ce chemin semé d’embuches. Alors, je reste dans l’attente de te lire.
 
Celine Clémence Magneche Nde Sika