Tout ce que nous qualifions de mauvais n’est pas toujours mauvais

Blessing in disguise

C’est un plaisir d’être à nouveau ici aujourd’hui pour partager avec vous un autre de ces articles que j’aime tant écrire pour parler de tout, mais surtout de ces choses qui empoisonnent notre existence déjà difficile. Ces choses qui nous empêchent de vivre la vie que nous désirons et que nous méritons. Je crois fermement que personne n’est venu sur cette terre pour souffrir. Mais je crois aussi que tout ce qui nous arrive dans cette vallée des larmes où nous vivons, arrive pour une raison bien précise même si nous ne la connaissons pas. Plus tard, on réalise que ce que nous prenions pour un malheur, était plutôt un “bon cacao dans un mauvais sac” pour parler comme Mongo Béti dans Ville Cruelle. C’est-à-dire un cadeau du ciel qui nous a été envoyé dans un emballage pas attractif.

Un fiancé ou une fiancée avec qui tu as passé plusieurs années et qui, à la dernière minute, juste quelques semaines avant votre mariage, t’annonce que votre histoire est finie parce que ta tête ne plaît pas à ses parents? Voilà ce que une de mes lectrices m’a dit il y a quelques jours. Dévastée, au bord du suicide.

Ma réponse?

Célèbre cela quelque soit la douleur que tu peux ressentir en ce moment-là car tu es libérée d’un partenaire qui courra voir ses parents à chaque fois pour que ceux-ci décident à sa place.

Tu es libérée d’un partenaire faible, de quelqu’un qui a peur d’être lui-même, de prendre des décisions et de faire respecter ces décisions.

Tu es libérée de quelqu’un immature qui est inconscient du mal qu’il cause aux autres en choisissant de laisser les autres lui dicter la vie qu’il doit vivre.

Tu es libérée d’un partenaire incapable de faire respecter ses choix et de se faire respecter.

Accepte sa décision, souhaite-lui bonne chance et continue avec ta vie. Il épousera la femme que ses parents auront choisie pour lui, pas celle qu’il aime et a choisie. Passer sa vie avec quelqu’un qu’on n’aime pas, dormir auprès de quelqu’un qu’on n’aime pas, faire l’amour avec quelqu’un qu’on n’aime pas, faire des enfants avec quelqu’un qu’on n’aime pas, y a-t-il vraiment pire punition que celle-là?

Nous aimons nos familles, nous les aimons vraiment, et nous aimerions pouvoir toujours faire ce qu’elles aiment, ce qui leur plaît, ce qui est en accord avec leurs souhaits mais nous sommes des adultes qui savons ce qui est bien pour nous, et ceci veut dire que nous devons couper le cordon ombilical avec nos familles lorsqu’il le faut, prendre nos propres décisions et assumer la responsabilité de nos choix, bons ou mauvais. Ce n’est pas toujours facile, certes, mais c’est nécessaire.

 

Ton tour…

As-tu déjà dit « Oui » aux autres en te disant « Non » à toi-même? Dans quelles circonstances? Et, surtout, comment as-tu vécu cela par la suite? Je serais heureuse que tu partages avec moi et nos lecteurs. Ce n’est pas toujours facile de dire « Non » lorsque l’on veut vraiment dire « Non. » C’est pourquoi ton histoire peut inspirer et motiver à relever ce défi!

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Une tradition qui n’aide pas les humains à grandir et s’epanouir ne vaut pas la peine d’être tout simplement

La culture

 

Lors d’un diner hier j’ai eu l’opportunité de rencontrer des gens formidables avec qui j’ai un débat très animé au sujet de la tradition. De nos traditions africaines plus précisément. Nous sommes à Toronto, en plein XXIème siècle, une ville où des gens de tout horizon ayant des cultures aussi diverses et différentes que les marques de voiture qu’ils conduisent y vivent et se côtoient au quotidien. On pourrait être tenté de croire que, dans ce pays où les droits des uns et des autres sont promus, respectés et appliqués indépendamment de leur genre, couleur de la peau, appartenance politique, religieuse ou orientation sexuelle, les traditions d’un autre âge n’ont plus droit de cité.

Que non!

Les uns et les autres voyagent avec leur culture et leurs traditions et veillent à ce que celles-ci perdurent. Même lorsque ces traditions les privent de leurs droits les plus essentiels. Tenez, une partie de la conversation que j’ai eue avec un des participants à ce diner:

« Mon ami:  “Lorsque nos parents ont parlé, les enfants n’ont plus rien à dire.”

Moi: “Mais, vous n’êtes plus des enfants aujourd’hui! Vous êtes des adultes, des pères et des mères de famille! Et vous vivez au Canada maintenant.”

Mon ami: “Oui, mais, nous sommes toujours les enfants de nos parents et nous nous devons de les respecter.”

Moi: “Je ne dis pas que vous ne devez pas respecter vos parents.”

Mon ami: “Nous devons respecter leur parole qui est sacrée.”

Moi: “Même si celle-ci vous détruit et vous empêche de vivre la vie que vous désirez et méritez?”

Mon ami: “C’est la tradition, mon amie.”

Moi: “Votre père sait-il que vous êtes amoureux de cette jeune femme?”

Mon ami: “Je le-lui ai dit.”

Moi: “Cela ne compte certainement pas, à ce que je vois. Peut-être son origine y est-elle pour quelque chose?”

Mon ami: “Non! Elle est de même origine que moi. Je ne pouvais pas m’hasarder à tomber amoureux d’une fille qui n’est pas de chez moi. Mon père m’aurait simplement renié.”

Moi: “Vous allez donc vivre la vie de votre père et pas la vôtre. Il ne connaît simplement pas votre réalité. Il est dans votre pays, à plusieurs milliers de kilomètres d’ici, et vous, vous êtes ici, au Canada. Comment pouvez-vous le laisser vous dicter votre vie ici?”

Mon ami: “Mon père ne peut pas me vouloir du mal. Il sait ce qui est bien pour moi.“

Moi: “Vous allez vivre une vie malheureuse, grâce à votre père, mon ami!”

Mon ami: “Ah, on va faire comment? Ce sont nos traditions et il faut les respecter!”

 

Qu’est-ce que papa veut?

Papa ne voudrait pas que notre ami épouse la jeune femme dont il a fait la connaissance il y a quelques mois et dont il est fou amoureux, ce qui est d’ailleurs réciproque.

Papa exige que notre ami aille chercher et épouser une fille du pays et au pays.

Comme vous pouvez le constater dans cet échange, nous nous sommes quittés sans que notre ami ait compris que le volant de ce véhicule qu’il conduit et qui s’appelle sa vie est entre ses mains, et qu’il a la responsabilité, l’entière responsabilité de prendre en main son destin.

Jusqu’au bout, il a continué à justifier l’injustifiable. Par naïveté? Par crainte? Par ignorance? Au nom de la tradition, l’inacceptable est quotidiennement commis. Des droits humains sont bafoués. L’être humain humilié et privé d’opportunités d’être, de vivre, de vivre heureux et d’utiliser tout son potentiel.

J’aime dire qu’il n y a que nous pour nous sauver. En effet, personne ne viendra à notre secours. Oui, les autres peuvent marcher avec nous. Mais, personne ne devrait marcher pour nous. Notre vie, c’est notre vie, et nous devons tout faire pour la vivre pleinement, pas à moitié. Ceci n’est possible que si nous prenons en main notre destin! Prendre en main son destin c’est questionner cette tradition opaque qui nous opprime. C’est installer le débat, un débat franc et froid avec ces personnes qui maintiennent cette couverture opaque sur la tradition au lieu de nous aider à la comprendre pour mieux la respecter et préserver.

En effet, je suis consciente de l’urgence de préserver nos origines et notre culture dans un monde où l’uniformité semble être la règle, parce que c’est cette culture qui fait de nous qui nous sommes. Ou mieux la somme de toutes les cultures que nous avons en nous.

Ton tour…

Qu’est-ce que tu en penses?  Faut-il respecter aveuglement ce que nous pensons être notre culture/nos traditions ou alors leur donner les outils dont elles ont besoin pour efficacement jouer leur rôle d’outil de développement personnel, économique et de la société?

Loin des siens. Loin de tout!

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Il est 4:30 mn. La nuit est déjà tombée. Et il neige. Fortement. J’ai beaucoup hésité avant de me rendre à cette boutique à la sortie du travail. Ces deux dernières semaines ont été très éprouvantes pour moi. Alors, la dernière chose dont j’avais envie de faire était de faire des courses. Mais il le fallait car, malgré toutes les épreuves auxquelles nous sommes confrontés au quotidien, il faut continuer, n’est-ce pas?

Ne jamais jeter l’éponge.

Se relever et continuer.

Poser un pas après l’autre.

Toujours.

Vivre et surtout aider à vivre autant que faire se peut. Tendre la main à ceux et celles qui sont seuls, frustrés, découragés, déprimés, dépassés par la vie et ses multiples coups.

Aider ceux qui, comme David, se sentent seuls. Terriblement seuls. Loin de tout et de tous leurs êtres chers en ce moment si important de l’année.

David, que j’ai rencontré à l’arrêt du bus, est au Canada depuis trois ans et m’a avoué que c’est dur. Très dur. Emotionnellement. Socialement. Académiquement. Voici plus concrètement ce qu’il me dit après que nous ayons fait connaissance.

“Qu’est-ce que je fais ici, loin de ma terre, seul? Je donnerais ma vie pour retourner chez moi. Je n’ai jamais voulu venir ici. Mais, mon avis n’a pas compté. Pourtant il s’agit de ma vie. Mes parents ont décidé et je n’avais plus qu’à leur obéir. Personne ne m’a préparé à la réalité terrible que je vis depuis que je suis arrivé dans ce pays. La transition est dure et n’est pas terminée et je ne pense pas qu’elle terminera dans un avenir proche. Ou même un jour. Ce pays n’est pas pour moi, simplement.”

David est togolais, fils de parents nantis qui, comme plusieurs parents africains, veulent et font tout ce qu’ils peuvent pour que leurs enfants étudient et travaillent à l’étranger. Que ces enfants aient des rêves personnels, différents, qu’ils veuillent suivre un chemin différent de celui que leurs parents veulent tracer pour eux est simplement hors de question. Le résultat c’est des jeunes hommes et femmes incompris, déprimés, coupés du reste du monde dans lequel ils n’arrivent pas à s’intégrer, isolés de tout comme David qui, me l’a-t-il avoué, n’était pas sorti de sa chambre depuis des semaines.

Des jeunes hommes et des femmes qui, de plus en plus, commettent l’irréparable, la seule façon pour eux de se faire enfin entendre.

Pour tous ces enfants obligés de quitter leurs familles, ces enfants dont certains ont a peine 17 ans, les fêtes de fin et début d’année sont synonyme de torture atroce. Et si, en plus de souffrir de la solitude, du mal du pays et de l’absence de leur famille, ils sont obligés de gérer certaines contraintes comme celle de devoir quitter leur chambre à la résidence universitaire pendant cette période de l’année particulièrement froide, comme c’est le cas d’ailleurs ici au Canada, le fardeau devient trop lourd à porter.

De ma conversation avec David, des conversations que j’ai eues avec d’autres étudiants internationaux avec qui j’ai échangé sur leur nouvelle vie depuis que je suis au Canada, et surtout d’après ma propre expérience en tant qu’étudiante dans ce pays, je retiens quelques leçons que je voudrais partager avec vous:

  • Ecoutez vos enfants lorsqu’il s’agit de leur avenir. Certes, vous devez jouer votre rôle de parent, de guide, mais essayez de ne pas vouloir vivre à travers vos enfants parce que vos enfants ne sont pas votre prolongement. Ce sont des êtres à part entière, différents de vous. N’essayez pas de vivre ce rêve que vous n’avez pas pu réaliser à travers eux.
  • Revoyez vos attentes envers vos enfants. C’est OK de ne pas avoir les meilleurs notes au Collège ou à l’Université. C’est tout aussi OK de se tromper de filière parce que nous sommes tous des humains, donc imparfaits, et de changer, même après quelques années d’études. Et surtout ne considérez pas ces années comme perdues. Non!
  • Vos enfants auront certainement et énormément appris pendant cette période de tâtonnement, apprentissage qui leur permettra de mieux affronter la vie demain car à côté de la vie académique, il y a la vie. La réalité qui exige que l’on ait des compétences pas toujours académiques.
  • C’est normal et même nécessaire d’aider vos enfants à changer de cap lorsqu’ils se sont trompés de filière/programme. Imaginez un tout petit peu leur détresse. Dans le cas de David, non seulement il n’avait jamais voulu venir au Canada, mais il a dû étudier ce qu’il n’aimait pas, parce que ses parents en avaient décidé ainsi. Par respect pour ces derniers, il a continué, malgré lui, s’est accroché, pour leur faire plaisir.

Pour ne pas les décevoir.

Mais plusieurs abandonnent, en secret, et n’osent pas en informer leurs parents qui, en Afrique, croient que les choses vont bien pour leurs enfants, jusqu’au jour où ils découvrent le pot aux roses. Parce que les enfants, redoutant la réaction de leurs parents, n’osent pas s’ouvrir.

  • Créez les conditions pour que vos enfants puissent vous parler et se confier à vous sans aucune crainte de représailles. C’est seulement dans ces conditions que certains drames peuvent être évités et que vous pouvez réellement les aider lorsqu’ils ont besoin de vous.
  • Les mauvaises notes ne signifient pas la fin du monde. On peut avoir des mauvaises notes et réussir dans la vie. Plusieurs personnes prospères aujourd’hui n’ont jamais terminé le secondaire et étaient médiocres à l’école. Mais cela ne les a pas empêché d’être au sommet aujourd’hui, chefs d’entreprises prospères qui emploient ceux et celles-là qui étaient brillants en classe! Regardez autour de vous et vous verrez de quoi je parle.
  • Il n y a pas que la vie académique: vos enfants sont d’abord des êtres humains qui ont besoin de vivre une vie sociale et affective, et qui ont surtout besoin d’aide, de votre aide pour réussir ici aussi. Ils sont traumatisés, ont le mal du pays et sont en manque de leurs familles, ce qui peut sérieusement affecter leur santé mentale et les pousser à commettre l’irréparable. Le changement qu’ils vivent est drastique pour qu’on le prenne à la légère.

Le secondaire est un environnement structuré où les enfants sont encadrés et bénéficient d’appui et d’orientation constants. Les enseignants tiennent à ce que vous réussissez et s’y investissent. Lorsque vos notes sont mauvaises, ils cherchent à savoir pourquoi, en discutent avec vous et avec vos parents, suggèrent des stratégies pour vous aider à vous rattraper, etc. Ils sont vos enseignants mais aussi vos tuteurs et mentors en quelque sorte. Au Collège et à l’Université, c’est tout le contraire. Personne ne veille sur vous.

Personne ne vous demande des comptes ou encore vous rappelle ce que vous devez faire.

Personne ne vous demande si vous avez fait vos devoirs, etc.

Je me rappelle que nous réveillions nos enfants tous les matins à 7 heures lorsqu’ils étaient encore avec nous, veillions à ce qu’ils ne s’attardent pas trop, à ce qu’ils n’aillent pas à l’école sans avoir fait leur toilette ou encore en pyjama comme certains enfants le font ici. Nous veillions à ce qu’ils aillent à l’école et ne manquent aucun cours. A l’Université, personne d’autre ne fera tout cela. Dans ce nouvel environnement, on s’en fout et les enfants peuvent très rapidement et facilement perdre pied.

  • Préparez sérieusement vos enfants à réussir cette importante transition dans leur vie, et surtout réussir leur nouvelle vie.

“Personne ne m’avait dit que je dois changer de manière d’étudier. Je croyais que tout irait bien avec la stratégie que j’ai toujours utilisée au secondaire pour étudier, laquelle a toujours marché et m’a permis de réussir à mes examens,” nous a dit notre fils lorsqu’il s’est confronté à la réalité du monde universitaire.

Ces enfants commencent une nouvelle vie dans une nouvelle structure scolaire et un nouveau contexte et doivent aussi gérer leur nouvelle vie loin de leurs parents pour la première fois. Une nouvelle vie où ils doivent s’occuper de tout, faire leurs courses, établir et gérer un budget, préparer leurs repas, prendre soin de leur maison/chambre, faire leurs lits, leur lessive, la vaisselle, payer leurs factures à temps, naviguer leur nouvel environnement, en plus de répondre aux multiples attentes et exigences académiques.

Tout ceci peut se révéler trop lourd à porter surtout si ces enfants n’ont pas appris à se prendre en charge tôt. Nous, parents, oublions souvent cet important aspect de la vie et échouons à cultiver en nos enfants ces importantes aptitudes nécessaires pour vivre une vie réussie.

David n’a pas encore abandonné. Mais, qui sait combien d’enfants qui vivent la même réalité que lui l’ont déjà fait?

David n’a pas encore sombré dans l’alcool ou la drogue pour tenter de noyer ses soucis. Mais, qui sait combien d’enfants qui vivent la même réalité que lui l’ont déjà fait?

David vit encore seul, et refuse de se mettre en couple juste pour avoir quelqu’un qui va lui préparer à manger, faire sa lessive, sa vaisselle, faire ces courses qu’il abhorre, et bien d’autres choses que ses parents faisaient pour lui au pays. Mais, combien d’enfants qui vivent la même réalité que lui l’ont déjà fait? Juste pour s’en sortir. Mais, en couple, c’est dur aussi. ça, c’est un autre débat que j’aborderai plus tard.

Que la gratitude soit avec vous!

Céline Magnéché Ndé Sika

 

Parce que la vie doit continuer!

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Le 22 Décembre dernier, quelques heures après mon arrivée auprès de lui à l’hôpital, un grand ami à moi s’est éteint. Il y avait été conduit en urgence dix jours plus tôt après avoir fait une crise. Il souffrait depuis quelque temps déjà d’un mal qui s’est avéré être le cancer du foie. Nous sommes au Canada, un des pays les plus avancés de cette planète où la médecine et les formidables avancées technologiques permettent de tutoyer la mort et même de l’empêcher de frapper. Dans le cas de mon ami, elle a gagné et mon ami s’en est allé après des mois de lutte contre ce mal qui frappe de plus en plus de personnes, indépendamment de l’âge, du genre et du statut social.

Depuis quelques années Noël est synonyme de tristesse pour moi. Le 24 Décembre 2011, mon papa s’est éteint après sept années de maladie. Accident Vasculaire Cérébral.

L’année dernière, une amie à moi s’est également éteinte au milieu du mois de Décembre.

Il y a un mois, un grand ami à moi est mort d’un accident de circulation.

Et, comme je l’ai dit ci-dessus, le 22 Décembre 2015, c’était au tour de Matthieu. 51 ans.

“Il est au ciel. Il est avec Dieu maintenant. Il ne souffre plus. Soyez forts et ne pleurez plus!”

C’est ce que l’on me dit. Je veux bien y croire et j’essaie d’être forte. De ne pas pleurer. Mais, comment rester intacte, comment ne pas pleurer toutes les larmes de son corps face à la perte d’un être cher?

Comment ne pas douter de l’existence même de Dieu lorsque cette personne dont dépendaient une multitude de personnes pour survivre décède? La maman de Matthieu est encore vivante, en Afrique. Aveugle… Ses soins et son alimentation étaient assurés par son fils qui est parti.

Parti pour toujours.

Que va-t-elle devenir?

Comment Dieu, s’il existe, peut-il permettre que ce genre de choses arrive?

Pourquoi ce Dieu permet-il que les parents enterrent leurs enfants? Ce devrait être l’inverse, non?

Noël et le Nouvel An c’est pour célébrer, pas pour pleurer. Malheureusement, pour plusieurs personnes, Noël et le Nouvel An c’est synonyme de pleurs.

De tristesse.

De douleur.

De souffrance.

Mais la vie doit continuer, n’est-ce pas?

Pour ceux qui restent. Oui, la vie doit continuer. Et aussi, j’en suis convaincue, la meilleure façon de rendre hommage à ces êtres chers qui sont partis c’est de vivre. Prendre le temps de vivre et surtout de faire ce qu’ils aiment et ce dont ils rêvent parce que tout peut être perdu à tout moment. Tout peut s’arrêter à tout moment.

A tout moment.

C’est pourquoi je suis retournée au travail le lendemain du décès de mon ami. Parce que je refuse de laisser la mort définir mon présent et mon avenir. Ce que j’ai vécu pendant les dix derniers jours de mon ami qui s’est éteint devant moi a laissé des traces indélébiles en moi. Mais, surtout, cela m’a préparée à mieux affronter le présent et l’avenir, plus consciente que jamais de:

  1. La fragilité de notre condition d’humains. La vie ne vaut rien, même si rien ne vaut la vie!
  2. La nécessité de vivre chaque instant de la vie que nous avons la chance de vivre comme si c’était le dernier. Comme si c’était le dernier! Je ne veux pas dire faire des abus. Non! Vivre, humer, savourer, explorer, apprécier, chaque moment, ces petites choses et détails qui font le bonheur.
  3. La nécessité d’aider ceux qui ont besoin de soutien à vivre la vie qu’ils désirent et qu’ils méritent parce que personne n’est venu sur cette terre pour souffrir, voyons! Nous sommes les gardiens de nos frères et soeurs, disait le pape Jean Paul II, avec raison. Matthieu, qui était prêtre, a touché la vie d’énormément de personnes pendant son séjour dans cette vallée des larmes. Il ne voyait pas sa vie autrement. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a donné sa vie à Dieu qu’il servait à travers ses prochains.
  4. La nécessité de dire à nos êtres chers combien nous les aimons et surtout de le-leur montrer par des actes concrets. Nous ne le faisons pas souvent. Ou alors pas assez souvent. Par pudeur. Par ignorance. Parce que que notre culture ne nous-le permet pas. Ou encore parce que notre ego surdimensionné nous l’interdit. De grace! Arrêtons et commençons par altérer cet ego qui nous empêche de cultiver et de semer l’amour.
  5. La nécessité de créer et surtout de prendre soin de ses relations là où on vit. Mon ami était africain vivant au Canada depuis des années. Sa famille biologique est en Afrique, bien évidemment. Mais, sa famille, celle qui l’a accompagné pendant ses derniers moments était composée de ses confrères et de ses amis. Nous étions sa famille ici au Canada. Nos frères et soeurs ce ne sont pas toujours ceux et celles que l’on pense. Notre famille n’est pas toujours celle que nous croyons.

 

Ton tour…

Nous avons tous ete touches, de pres ou de loin, a un moment de notre vie, par la mort. Mais personne ne veut y penser. Personne ne veut en parler. Pourtant elle est la. Presente. Impitoyable. Previsible mais tres souvent imprevisible. Redoutee. Combattue autant que faire se peut. Que signifie-t-elle pour toi? Peut-on en tirer quelque chose de bon? Ton opinion, ta reponse compte pour moi et pour les autres lecteurs de ce blog!

Prenez soin de vous pour vous et pour ceux qui vous aiment!

Celine Magnéché Ndé Sika

Vous les appréciez? Vous les aimez? Dites-le leur. Pendant qu’il est encore temps!

DSCN0204Depuis que je vis hors de mon pays, je communique avec ma famille tous les Dimanches grâce à ce formidable et merveilleux outil qu’est Skype. Ce rendez-vous est devenu un rituel presque, que j’attends et chéris. Je leur donne de mes nouvelles et prends des leurs. Donc, Dimanche dernier, ma soeur m’annonce l’arrivée d’un nouveau-né dans la famille, lequel a reçu le nom de notre défunt papa. Surprise! Enorme et double surprise! D’abord parce que le bébé est celui de notre cousine. Selon la tradition de chez-nous, cet enfant, puisqu’il est le premier né de notre cousine, devrait porter le nom de son grand père paternel. Cela se passe presque toujours comme cela, à quelques très rares exceptions près. Deuxième surprise, l’enfant est nommé par quelqu’un qui, du vivant de notre papa, n’avait jamais exprimé de l’affection pour ce dernier. Alors, pourquoi? Pourquoi? L’échange que j’ai par la suite eu avec ma soeur a éclairé le mystère. Tenez.

-Mais pourquoi notre papa? ai-je demandé à ma soeur, sincèrement surprise. Il n’est pas venu aux obsèques de papa, choisissant d’aller en voyage, alors que l’on enterrait papa à quelques dizaines de mètres de sa résidence.

-Tu n’es pas la seule personne surprise. Tout le monde l’est. Il souhaite peut-être se racheter.

-Se racheter pourquoi? Il n’était pas obligé d’assister aux obsèques de papa, tu sais.

-Pas par rapport aux obsèques.

-Quoi alors?

-Il dit que papa lui a rendu un immense service qu’il n’oubliera jamais.

-Accouche!

-Il dit que c’est grâce à notre papa qu’il a épousé la maman de notre cousine, c’est-à-dire la grand mère du nouveau-né.

Effectivement, alors que tout le monde était contre cette union, notre papa avait remué ciel et terre pour que les deux amoureux se marient, se faisant des ennemis au passage, ce qui lui importait très peu parce qu’il voulait que sa soeur, qu’il aimait beaucoup, soit heureuse surtout que cette dernière adorait son fiancé.

-J’espère qu’il le-lui a dit de son vivant, m’exclamai-je! Parce que papa n’est plus là pour voir ce geste qu’il a posé.

-Je n’en sais rien, dit ma soeur. Mais tu sais que ce n’est pas toujours facile d’exprimer ses sentiments ici chez-nous. Qu’ils soient contents ou enragés, les gens se taisent. Ce qui n’est pas correct. Il faudrait que tout cela change et que les gens apprennent à dire aux autres leurs sentiments, et surtout au moment où il le faut.

Depuis cet échange, je voudrais écrire ces quelques lignes pour partager avec vous les leçons que j’ai tirées dudit échange. Des histoires comme celle-ci, vous en connaissez certainement. Vous-même avez très certainement déjà regretté de n’avoir pas eu l’opportunité d’exprimer votre gratitude à quelqu’un qui vous a rendu service, quelqu’un qui a posé un acte qui a changé votre vie. Lorsque vous le réalisez, il est trop tard car cette personne n’est plus de ce monde.

J’adorais mon papa, qui avait ses défauts comme tout le monde, bien évidemment, mais qui, en ce qui concernait l’éducation de ses enfants, était prêt à marcher à genoux d’un bout de la ville à l’autre pour leur donner l’éducation dont ils avaient besoin. Il était un très modeste fonctionnaire mais se débrouillait, je ne sais comment, pour que ses nombreux enfants puissent aller à l’école. Emotionnellement aussi, il était présent, voyageant toujours pour venir m’assister chaque fois que j’avais un examen official à passer. La veille de l’examen, il m’accompagnait repérer ma salle d’examen ainsi que ma table et, tous les matins pendant l’examen, il m’accompagnait, s’assurant que j’ai déjeuné et fait un tour aux toilettes avant de quitter la maison. Pendant la pause, il m’apporter à manger et saisissait l’opportunité pour me demander comment se sont déroulées les épreuves. A la fin de l’examen, il me donnait toujours de l’argent pour aller au cinéma avec ma meilleure amie, pour me féliciter et célébrer la fin de l’examen.

Lorsque je me suis mariée, il a continué à être émotionnellement présent, me prodiguant des conseils pour m’aider à construire avec mon époux un mariage heureux. Je n’ai pas eu l’opportunité de lui dire merci pour ce cadeau inestimable pendant qu’il était encore là. C’était son devoir de parent de faire cela, certes, mais il aurait pu ne pas le faire, et se comporter comme plusieurs parents qui se contentent d’avoir des enfants et c’est tout.

Je ne l’ai pas fait. Et n’ai pas eu le privilège que quelqu’un attire mon attention là-dessus. J’aurais tellement aimé qu’il soit encore là pour le-lui dire… Et il est tard. Très tard maintenant. Un sentiment horrible, croyez-moi. Un sentiment qu’il faut absolument éviter. Comment? Que faut-il faire?

  • Pendant que vous le pouvez, et qu’ils sont encore là, capables de vous entendre et de comprendre ce que vous leur dites, dites à vos êtres les plus chers combien vous les aimez. Il existe des tas de façons de le faire. Verbalement, mais aussi par des gestes. Des actions. Mais faites quelque chose pour faire passer cet important message.
  • Dites-leur merci pour leur amour, leur soutien. Dites merci à toutes ces personnes qui sont avec vous lorsque vous riez, mais qui restent également avec vous lorsque vous pleurez. Vos parents et votre famille aussi parce qu’ils ne sont pas obligés de vous soutenir, de vous accompagner, d’être là lorsque les choses vont mal pour vous. Ils le font par amour.

Pourquoi ne pas exprimer notre gratitude a la personne qui nous a rendu service, nous a montre la voie, tenu la main, donne un conseil vital, ouvert une porte, donne un précieux contact, pourquoi ne pas le faire? Et surtout pourquoi ne pas le faire au moment où il faut le faire? Ne pas le faire c’est pas correct. Et le faire lorsque la personne n’est plus la c’est le faire pour soi-même, et pas pour le/la défunt(e). C’est comme ces médailles républicaines qu’on attribue aux gens après leur décès et qui, d’après moi, n’ont aucune valeur.

Même à ces personnes qui nous tournent le dos lorsque nous avons besoin de leur appui, nous devons également dire merci parce rien n’arrive pour rien. Dans cette vie, on ne perd jamais. Si on ne gagne pas, on apprend, on découvre. Et, croyez-moi, très souvent, le geste/l’acte de ces personnes nous pousse à regarder ailleurs, un ailleurs qui, comme l’expérience l’a souvent montré, est bien mieux pour nous.

Ton tour…

Si tu as appris quelque chose de ce qui précède, j’en suis ravie. Et si tu as un commentaire à ajouter, ou une histoire à partager avec nous pour contribuer à améliorer la vie des autres,  je serais heureuse de te lire!

Celine Clemence Magneche Nde Sika

Travailler pour vivre et pas vivre pour travailler

Bonjour, chers amis,

Après la pause d’hier, le travail recommence aujourd’hui. Le 1er Mai c’est la fête du travail. Une journée consacrée, non seulement aux défilés et autres réjouissances, mais surtout à la réflexion sur le travail:

  • travailler pour vivre, ou vivre pour travailler?
  • travailler, mais dans quelles conditions? Et surtout, pour quel salaire?
  • comment préparons-nous notre retraite? car nous n’aurons pas toujours 20 ans. Et justement, quand devons-nous aspirer à cette retraite?
  • quel est le sort des veuves, des veufs et des orphelins qui ne peuvent pas toujours toucher la maigre pension de leurs partenaires décédés, lesquels ont pourtant cotisé toute sur vie?
  • que faire pour que le travail ne soit plus une source de problèmes, de stress, un bourreau de notre santé?
  • comment aider ceux et celles qui ont choisi de consacrer leur vie a aider les autres, les plus nécessiteux, à mieux faire leur travail sans y laisser leur peau, leur santé, et leur vie?

Hier, comme tous les autres 1er Mai antérieurs, j’ai pensé à toutes ces questions, et je vous avoue que je ne suis pas sûre d’avoir trouvé des réponses à ces questions. Ce n’est pas facile. Le travail devrait être une source de joie, pas une source de stress, d’angoisse, de souffrance.

Le travail devrait permettre aux travailleurs de s’épanouir, de se développer personnellement, mais aussi professionnellement.

Le travail ne devrait pas être un sacrifice, mais une activité réalisée avec joie, enthousiasme, gaité.

Le travail devrait permettre aux travailleurs de gagner leur pain quotidien. Il devrait leur permettre de toucher une juste rémunération, fruit de leurs efforts.

Le travail devrait éloigner de nous le vice, l’ennui et le besoin, comme l’avait si bien dit quelqu’un. Hélas, tel n’est pas le cas. Les lieux de service sont devenus des endroits par excellence:

  • où le vice prospère (harcèlement sexuel, alcool, drogues, corruption, vol, etc.)
  • où les gens s’ennuient à mourir parce qu’ils n’aiment pas ce qu’ils font; parce qu’ils ne trouvent aucun intérêt à leur travail; parce qu’ils sont écrasés, brimés, humiliés à longueur de journée par des chefs qui, pour couvrir leur incompétence, complexe et autre insécurité, ne laissent aucune opportunité à leurs collaborateurs pour que ces derniers puissent se développer personnellement et professionnellement;
  • où la rémunération perçue permet très rarement de couvrir nos besoins sans cesse croissants dans un monde de plus en plus difficile et exigeant.

Avec ce panorama, point de surprise que le nombre de suicides, de personnes victimes de dépression, stress et autres accident vasculaire cérébral augmente sans cesse, plongeant des familles entières dans la détresse, le désespoir, la pauvreté.

Le 1er Mai doit être une opportunité pour tous et pour toutes de revisiter la notion de travail, et de réaliser enfin que nous devons travailler pour vivre et pas vivre pour travailler. C’est un souhait mais surtout un droit. En effet, nous avons une seule vie et ce serait regrettable de passer à côté de celle-ci.

C’est aussi un devoir, celui de nous battre pour que ce droit inaliénable soit respecté. Pour nous, mais aussi pour les autres. Nous avons les moyens de faire en sorte que ceci soit possible. Du moins à notre niveau. Avec nos propres employés que nous devons traiter comme des êtres humains, puisqu’ils le sont avant d’être nos employés, pas des chameaux. Pas des esclaves.

Réclamons nos droits, mais surtout respectons ceux des autres. Toutes ces personnes qui, quotidiennement, travaillent à rendre notre vie facile, ont des droits que nous devons non seulement respecter, mais appliquer. Je parle de ces collaborateurs qui donnent et se donnent tous les jours pour que cette entreprise que nous avons créée  prospère et se fasse une place dans un monde où la compétition est plus que féroce, inhumaine.

Je parle de notre femme de ménage qui fait tout chez nous et pour nous, du ménage aux courses en passant par la lessive, le repassage, la cuisine, les chambres, et j’en passe, pour que nous puissions nous consacrer totalement à notre boulot.

Je parle de notre baby sitter, celle-là qui prend soin de nos enfants pendant que nous sommes en voyage, au boulot ou tout simplement fatigués.

Je parle de notre gardien, celui-là qui veille sur nous pendant que nous dormons, nous ouvre le portail tous les jours, sous la pluie ou le soleil, à toute heure.

Je parle des tuteurs de nos enfants, ceux-là qui aident nos enfants à réviser leurs leçons, faire leurs devoirs,  à mieux comprendre des concepts difficiles pour eux et parfois même pour nous, les motivent, les encouragent à toujours faire mieux, à ne pas jeter l’éponge, et leur rappellent sans cesse qu’ils peuvent le faire et même réussir à le faire -ce que nous devrions faire parce que ce sont nos enfants et c’est notre devoir d’accompagner ces hommes et femmes en devenir dans leur processus de formation et de développement-, et que nous ne faisons pas par manque de temps, parce que nous sommes trop fatigues, par exemple. Le savons-nous? Si oui, que faisons-nous pour que ces droits soient respectes et surtout appliques? Avons-nous seulement conscience que c’est  grâce à ces personnes, souvent trop modestes, que notre vie est plus facile?

Respecter et appliquer les droits de ces personnes, nos employés, c’est, par exemple, nous assurer: 

  • qu’elles perçoivent un salaire digne, salaire qu’elles perçoivent tous les mois, et à temps; 
  • qu’elles ont des congés. Des congés payés; 
  • qu’elles ont une sécurité sociale.  

ça au moins nous pouvons le faire, et faisons-le, pour elles, pour nous.

Es-tu à jour de cette question avec tes employés, si tu en as? J’aimerais que tu partages avec moi tes tips et trucs pour appliquer les droits de tes employés, ou encore aider les autres à en faire autant avec les leurs. Tu sais, il n’est jamais tard pour commencer, et mieux vaut tard que jamais.

A ton bonheur,

Céline Clémence Magnéché Ndé Sika

Mettez de l’ordre dans vos affaires pendant qu’il est encore temps

ImageIl y a  quelques années ici au Kenya l’histoire d’une famille qui se déchirait autour de la fortune du vieux patriarche malade a fait la une des journaux pendant des mois. Les enfants de la première épouse décédée, ceux de la deuxième épouse, et celle-ci se battaient dans les tribunaux à travers une armée d’avocats, mais aussi hors des tribunaux, à travers des gangs recrutés pour corriger et intimider la partie adverse, ou alors eux-mêmes, partout où ils se rencontraient.

Il faut dire que le patriarche avait battit une fortune colossale, objet de toutes les convoitises.  Diminué par l’âge et la maladie, l’homme assistait, impuissant, à ce spectacle digne de films d’horreurs, lequel avait fini par provoquer une crise cardiaque fatale chez lui. Deux années après son décès, la bataille pour le partage de l’héritage n’est pas terminée. Finalement, l’Etat kenyan a dû prendre les choses en main en attendant que la situation soit tirée au clair. Quand ? Nul ne le sait. Nul ne peut le dire. En attendant, la famille continue à se déchirer.

Ce genre d’histoire, nous en avons presque tous en entendu parler autour de nous. Chez moi au Cameroun, on ne compte plus le nombre de familles irrémédiablement détruites parce que les parents n’ont pas mis de l’ordre dan leurs affaires pendant qu’ils avaient encore la force, le temps et les moyens de le faire.

Par méfiance. Parce que parler de ses biens c’est attirer la convoitise des autres. Attirer l’attention sur soi ainsi qu’une pluie de demandes de la part des membres de sa famille, les amis, les collègues, dans cette Afrique où l’on n’a pas honte de tendre la main, même lorsque l’on a tous ses dix doigts et lorsqu’on jouit d’une parfaite santé.

Par pudeur. Parler de ses biens c’est en quelque sorte manquer de respect à ceux qui n’ont rien, qui souffrent et tirent le diable par la queue.

Par crainte. On a peur d’être tué si on parlait du partage de ses biens pendant qu’on est encore vivant. Ou alors on a peur de déclencher des crises d’hystérie, de nerfs, de déclencher la haine ou même des drames parmi ceux des membres de notre famille qui se sentiraient lésés lors du partage.

Par ignorance. On ne sait toujours pas qu’il faut le faire ou alors on en est conscient mais on ne sait pas par où commencer ni avec qui régler ce genre de choses si délicates, l’escroquerie, la malhonnêteté, la trahison étant devenues le sport national partout, même de la part des gens qu’on aurait jamais soupçonnés.

Par superstition. Oui, parce que personne n’aime parler de la mort. C’est, paraît-il, l’inviter dans nos demeures. Mais ne pas en parler n’empêche pas cette demoiselle de s’inviter chez nous lorsque notre tour arrive. Et ce tour arrive souvent au moment où nous nous y attendons le moins. Semant le désordre, la haine, les ressentiments, la mort même, lorsque nous n’avons pas pris la peine, le temps ou le soin de mettre de l’ordre dans nos affaires.

Personne ne souhaite que ceci arrive à sa famille lorsqu’on ne sera plus là. Nous voulons que nos êtres les plus chers vivent en harmonie après nous. Qu’ils s’aiment les uns les autres et s’entraident au lieu de se déchirer, de s’entretuer, lorsque nous ne serons plus là.

Nous voulons que nos enfants continuent à aller à l’école et fassent de bonnes études lorsque nous ne serons plus là.

Nous voulons que notre famille continue à vivre sous un toit lorsque nous ne serons plus de ce monde.

Nous voulons que nos enfants et notre partenaire continuent à se faire soigner lorsque nous ne serons plus là.

Nous voulons que notre famille continue à manger à sa faim, à faire des projets, à se projeter dans l’avenir lorsque nous ne serons plus de ce monde.

Mais ceci n’arrivera pas tout seul, comme par miracle. Non. Il faut une préparation minutieuse, structurée, pendant qu’il est encore temps. Pendant que vous avez encore tous vos moyens. Et, cette préparation, c’est vous qui devez la faire. Vous devez mettre de l’ordre dans vos affaires. Qu’est-ce que cela veut dire ?

  1. Rédiger votre testament. Avec l’aide d’un notaire crédible, intègre, honnête. Et n’oubliez pas de l’actualiser de temps en temps (si vous l’avez rédigé lorsque vous étiez monogame, par exemple, il convient de corriger cette information si vous prenez une seconde ou plusieurs autres épouses). Dans cet important document, dites clairement ce que vous avez comme biens en nature (terrains, maisons, affaires, voitures, etc.) et en argent (cash dans les banques, actions, etc.), comment est-ce que vous souhaitez que tout ceci soit géré ou partagé après votre décès.
  2. Réglez vos dettes ou tout au moins faites le point dessus. Clarifiez tout pour éviter que des escrocs de tout poil ne profitent de votre absence pour ruiner (vous n’êtes plus là pour les faire mentir) et plumer vos enfants ou votre famille.
  3. Aidez vos enfants à préparer votre départ. Sans souffrance. La mort est doublement douloureuse, ne l’oubliez pas : votre départ, et les préparatifs de vos obsèques. C’est pour vous aider à mieux préparer votre départ que les compagnies d’assurance ont développé des produits qu’elles seront très heureuses de vous proposer. Pensez-y, et rendez-vous service. Rendez services à votre famille. Achetez une police d’assurance obsèques le plus tôt possible. Vous épargnerez une somme souvent très modeste mensuellement. Mais, le moment venu, les bénéfices de cet acte d’amour pour vous et pour vos êtres aimés seront énormes.

Si vous ne faites rien, une fois parti, votre famille doit se débrouiller pour organiser vos obsèques, parfois sans aucune ressource. Ce genre de situation crée des tensions, des bagarres et même des drames parfois irréversibles dans des familles.

Si vous souhaitez être enterré à un endroit précis, dans un type de tombe ou de mausolée précis, dites-le.

Si vous souhaitez être enterré –habillé d’un costume trois pièces ou nu, ou simplement enroulé dans un linceul ; dans un cercueil en bois, en bambou ou en fer – dans un endroit précis –dans votre maison, votre cour, votre champ, derrière votre maison, dans votre pays d’origine, n’importe où-, ou alors incinéré et vos cendres jetées à la mer ou déposées chez vous, dites-le. Clairement. Mais pensez à prévoir les moyens qu’il faut pour accomplir vos dernières volontés. Car vous ne pouvez pas exiger, par exemple, à votre famille qui n’a pas les moyens financiers, d’être rapatrié et enterré dans votre pays d’origine, alors que vous n’avez rien fait pour que ce souhait soit réalisé.

Certains vont jusqu’à construire leur tombe ou leur mausolée de leur vivant. Si vous avez les moyens de le faire, faites-le. Vous dormirez en paix dans votre dernière demeure que vous aurez construite vous-même, et rendrez ainsi un service inestimable à votre famille.

4. Prenez une assurance-vie pour protéger ceux et celles qui restent. Si non, votre famille risque de se retrouver dans la rue si vous étiez en location ; vos enfants risquent ne plus aller à l’école et poursuivre leurs études. Et partagez cette information avec votre partenaire. Il/elle ne vous tuera pas car tout le monde n’est pas des monstres. Il y a encore des gens biens sur cette terre. Si vous n’en parlez pas, votre famille n’en profitera pas après votre décès.

5. Aidez votre grande famille (vos frères, vos sœurs, vos parents, vos oncles, etc.) à respecter votre famille nucléaire, à respecter les droits de vos enfants et de votre partenaire. Disciplinez-les, fixez les limites, et surtout prenez toutes les dispositions nécessaires pour que votre partenaire et vos enfants ne soient pas dépouillés lorsque vous ne serez plus là. Et aidez votre partenaire à connaître ses droits et à se défendre en cas de besoin. C’est la moindre des choses que vous devez faire pour ceux et celles que vous aimez et que vous vous êtes battu toute votre vie pour protéger.

6. Vous avez de l’argent en banque ? Pensez à donner la signature sur les comptes que vous possédez à votre partenaire. Si vous ne le faites pas, une fois que vous ne serez plus là, votre partenaire risque ne pas avoir accès à votre argent. Parce que votre partenaire n’a pas de signature sur vos comptes bancaires, parce que la bureaucratie est un labyrinthe où très peu de personnes s’en sortent, du moins en Afrique. Des veuves, des veufs et des orphelins souffrent partout en Afrique –du moins chez moi au Cameroun- parce qu’il leur est impossible de toucher l’argent laissé dans des comptes en Afrique et en Occident par leurs partenaires décédés. Ou simplement malades et incapables de faire quoi que ce soit.

Ceci ne devrait pas être un problème dans des couples où la confiance et la transparence  sont des valeurs solides sur lesquelles sont construits ces couples, valeurs réelles et partagées par les deux partenaires tous les jours.

La mort surprend presque toujours. Nous vivons comme si nous n’allons jamais mourir. Pourtant nous savons tous et toutes qu’un jour nous quitterons ce monde. Comment voulons-nous le quitter : sereins parce que nous savons que la vie va continuer son cours avec harmonie lorsque nous ne serons plus là, parce que nous avons fait ce qu’il fallait pour que les choses se passent ainsi, ou alors tristes et malheureux parce que nous savons que la haine, la guerre, des drames vont se déclencher dans nos familles dès le moment où nous aurons les yeux fermés, parce que nous n’avons pas fait cet important devoir d’amour ? Dans le premier cas, nous aurons vécu notre vie, pleinement, librement, en suivant des principes et des valeurs qui nous sont chers. Que nous avons déterminés nous-mêmes et qui nous gouvernent quotidiennement. Nous avons planifié notre vie. Nous avons été maîtres de notre vie.

Dans le second cas, nous aurons subi notre vie. Vécu la vie des autres, la vie imposée par les autres : la société, notre église, nos collègues, nos amis, notre grande famille. Nous aurons passé notre vie à voir les choses pas comme elles sont, mais comme nous avons été conditionné à les voir.

Nous aurons passé notre vie à voir les choses à travers les lunettes que les autres nous ont données – la société, notre église, nos collègues, nos amis, notre grande famille -, au lieu de fabriquer nos propres lunettes, avec des valeurs et des principes que nous avons nous-mêmes identifiés et fait nôtres, et de nous en servir pour voir le monde, les choses, les personnes et agir comme nous le pensons –et non pas comme les autres pensent-, faire ce que nous pensons être correct.

Et, ce qui est correct, dans ce cas précis, c’est de mettre de l’ordre dans nos affaires pendant qu’il est encore temps. Pendant que nous avons encore la force et les moyens de le faire. 

Avant de te quitter, je voudrais te demander si tu as pensé à ce geste d’amour. Si oui, comment t’y prends-tu ? Je serai heureuse que tu partages ton expérience avec nous, pour aider les autres à améliorer leur vie. Tous les jours.

Céline Magnéché Ndé Sika