Des mots pour construire, transformer, guérir

Message de tout enseignant a ses eleves
La rentrée scolaire dans plusieurs pays c’est le mois prochain. Les parents transpirent pour préparer leurs enfants et leur fournir tout ce dont ces derniers ont besoin pour commencer l’école, y rester et, surtout, réussir.
 
Les enseignants aussi se préparent pour accomplir ce noble métier que certains farfelus et ignorants tentent de discréditer. Pourtant, les enseignants sont les architectes de la société de demain et nous leur devons tout le respect du monde, et ne devons jamais reculer devant l’opportunité de hausser notre voix pour demander que leurs droits soient respectés et leurs conditions de travail améliorées. J’ai été enseignante moi-même et sais de quoi je parle. J’ai travaillé dans une université au Cameroun pendant deux ans et ai perçu, comme salaire, en tout et pour tout, pendant ces deux années… 250.000 FCFA ! Moins de 500 Euros. Oui, vous avez bien entendu!
 
Je vivais à  Bamenda -80 kms de mon lieu de travail- et devait m’y rendre en semaine pour travailler. Et retournais chez mois pour le weekend. Et je devais produire des résultats, de très bons résultats, même si j’étais traitée comme… cela! Les employeurs sont formidables!
 
J’ai fait mon travail, avec passion, en coachant, accompagnant et conseillant mes élèves en même temps, lesquels avaient besoin d’aide pour surmonter les difficultés de tout ordre -pauvreté, harcèlement sexuel, etc.- qu’ils rencontraient, et pour leur transmettre un message, important, que je transmets toujours à  tous ceux et toutes celles qui veulent bien m’écouter:
 
Vous pouvez vous ensortir si vous pensez que vous pouvez vous ensortir. Vous devez absolument convaincre une seule et unique personne que vous pouvez vous ensortir: VOUS! Vos circonstances ne doivent pas vous définir. Ne laissez pas vos circonstances vous définir et dicter, déterminer votre avenir.
 
Ce que je voudrais dire aux enseignants, à  mes collègues, ce matin, c’est que vous devez continuer à  contribuer à  former les hommes et les femmes qui construiront notre société de demain, et nous délivreront des griffes des monstres qui nous ont pris en otage et s’obstinent à  nous faire croire que nous ne méritons pas mieux que cette merde dans laquelle ils nous ont installés et se plaisent à  nous y maintenir. Les obstacles ne devraient pas vous décourager. La satisfaction d’avoir contribue à  former des architectes, médecins, enseignants, agriculteurs, ingénieurs, et autres personnes dont notre société a besoin n’a pas de prix et est, à  mon avis, la meilleure récompense. 
 
Vous avez le devoir d’aider nos enfants à  penser -pas de leur dire ce qu’ils doivent penser-, à  questionner, à  comparer, à  innover et surtout, leur dire qu’ils peuvent contribuer à changer le monde. Qu’ils doivent contribuer à  changer le monde si celui-ci ne correspond pas à ce qu’ils veulent voir autour d’eux. Pour réussir cela, vous devez leur dire ce que le tableau ci-dessus dit. Tous les jours! 
Pour la construction d’un monde meilleur, nous avons besoin de vous!
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Personne n’est venu sur cette terre pour trimer!

Travailleuse journaliere

Il y a  un phénomène qui ne cesse de me troubler.

Les travailleurs journaliers.

Hommes et femmes. Tous les matins dès l’aube, ils envahissent les carrefours ou les chantiers de construction avec l’espoir que quelqu’un les recrute pour cette journée. Qu’il pleuve ou qu’il vente, qu’il fasse un  soleil d’enfer comme c’est le cas depuis quelque temps maintenant, une des conséquences des changements climatiques, ils et elles sont là. Assis à même le sol ou sur des morceaux de pierre ou des bouts de planche. C’est ainsi. Tous les jours. Ils n’espèrent pas plus que cela. La journée. Chaque fois que je les vois, je déprime, et surtout je me demande: lorsqu’ils n’ont pas de boulot, où vont-ils? Que font-ils? Comment nourrissent-ils leurs familles et couvrent-ils leurs autres besoins?

Leur principale préoccupation c’est de manger ce jour-là. Ils vivent au jour le jour. Ont-ils des rêves? Rêvent-ils de posséder un jour un de ces buildings qu’ils aident à construire? Rêvent-ils de voir leurs enfants étudier dans ces écoles internationales comme les enfants du patron du chantier? Ils en rêvent j’en suis sûre, même s’ils ne savent pas comment transformer ce rêve en réalité avec les moyens dont ils disposent. Mais, les choses ne devraient pas se passer comme cela. La croissance économique ne devrait laisser personne derrière. Ils sont besoin de reconnaissance, d’organisation, d’appui pour pouvoir non seulement vivre décemment, mais pouvoir devenir un jour ingénieur ou autre chose dont ils rêvent. Mais ceci ne saurait se réaliser sans un effort collectif. Celui de ceux et celles qui ont le devoir d’assurer le bien-être  de leurs compatriotes, et ont été mandatés pour le faire, pour servir et non se servir.

C’est également la responasbilité de ces hommes et femmes, travailleurs journaliers. En effet, nos circonstances ne devarient pas déterminer notre présent et encore moins notre avenir. Il y en a dont la situation  a été pire que la leur. Des gens nés sans bras ni pieds, ou dans la misère la plus abjecte, dans un environnement qui aurait pu les condamner à la pauvreté toute leur vie. Mais ils ont pu retourner la situation pour vivre la vie dont ils rêvent et qu’ils méritent. Pas par un coup de bâton magique, mais grâce à leur fortitude mentale d’abord et leur détermination à ne pas laisser leurs circonstances prendre le dessus. Alors, si tu te trouves dans cette situation, et si tu avais tendance à t’apitoyer sur ton sort et à maudire l’univers entier pour n’avoir pas été gentil ou juste avec toi, il est temps de changer de perspective et de prendre les choses en main. Pose-toi ces questions:

-Quelle est ma vision de mon future? Qu’est ce que je veux devenir dans un an, cinq ans, dix ans?

-Avec quels moyens dois-je y parvenir?

-Que dois-je faire tous les jours pour y arriver?

Lorsque tu auras répondu à ces questions, tu y verras un peu plus clair. Et alors, passe à l’action. C’est maintenant, pas demain, pas dans six mois, pas dans un an, étape après étape. Un pas après l’autre, lentement mais sûrement. Avec ce dont tu disposes. Tout, mon ami, sauf l’inaction et le bruit, les mots creux. D’autres l’ont fait et ont réussi, toi aussi tu peux le faire et personne d’autre que toi ne peut vouloir ton bien plus toi.

A ton Bonheur!

A la fin, lorsque tout est dit et fait, notre seul et véritable bien c’est notre tombe

 

 

ImageAvant de tomber malade, mon père, qui avait pris sa retraite il y avait de cela quelques années, était écrivain public, une activité qu’il aimait beaucoup car elle lui permettait surtout de s’occuper, de passer du temps avec ses amis retraités comme lui, et de donner un coup de main   à toutes ces personnes perdues dans le labyrinthe de l’administration camerounaise.

Sa machine à écrire manuelle, qu’il avait refusé d’échanger contre une électronique, était son bien le plus précieux, qu’il protégeait et soignait plus qu’un bébé. Lorsqu’il rentrait du travail le soir, après l’avoir nettoyée et cirée pendant des heures toujours avec un plaisir renouvelé, il la gardait soigneusement dans un coin de la maison où personne n’avait alors le droit de passer. Je me souviendrais toujours de ses colères mémorables chaque fois que l’un de nous devait déplacer cette machine pour nettoyer le sol ou alors passer dans ce coin pour récupérer quelque chose. Il menaçait alors le malheureux ou la malheureuse des pires sanctions si, par mégarde, inattention ou malchance, quelque chose arrivait à sa machine pendant que cette personne était dans le coin. Lorsqu’il est tombé malade, nous avons transféré sa machine à écrire dans une caisse et rangé dans une chambre dans l’espoir qu’il se remettrait vite de sa maladie pour l’utiliser encore. Mais papa est mort sept ans après le début de sa maladie. Nous avons oublié la machine à écrire jusqu’à il y a quelques jours lorsque ma fille, en voyant une photo de son grand père sous un grand parasol entrain de saisir un texte, m’a demandé où était passé cette machine.

Papa n’était pas riche.  Mais il avait ce bien qui lui était précieux, sa machine à écrire. Lorsqu’il est décédé, il ne l’a pas amenée avec lui dans l’au-delà. Il n’a rien amené d’autre d’ailleurs avec lui, pas même ses deux cabanes qu’il avait construites au village, encore moins ces dizaines de bouteilles de bière et de soda qu’il avait accumulées pendant des années et qu’il nous faisait nettoyer régulièrement, dans l’attente du jour où il pourrait ouvrir enfin son débit de boisson. Il n’est parti qu’avec ce cercueil que nous avons bien voulu lui offrir, déposé au fond de ce petit trou de quelques mètres carrés que nous avons bien voulu creusé pour lui. Après s’être battu toute sa vie pour offrir à sa famille une vie digne, un toit sur notre tête, une éducation de qualité à ses enfants, avec les moyens dont il disposait ; après avoir passé sa vie à aider et conseiller des hommes, des femmes, des enfants de tout âge afin qu’ils puissent vivre la vie qu’ils désirent et qu’ils méritent, afin qu’ils puissent vivre une vie bien meilleure, à sa mort, nous n’avons pu lui offrir que ce petit trou. Pouvions-nous faire autrement ? Non, car au soir de la vie, à l’heure de la vérité, lorsque tout est dit et fait, pour notre dernier voyage, notre unique et véritable bien c’est notre tombe. Pas même le cercueil, les vêtements ou toutes ces couronnes de fleurs que ceux et celles qui nous survivent nous offrent car ils se désintégreront.

Comme mon papa, aucun mort n’a jamais rien emporté au moment de quitter le monde des vivants : riche, pauvre, président de la république, balayeur de rue,  directeur d’entreprise, baby sitter, plombier, directeur général, citadin, villageois, roi, reine, prince, ou sujet ordinaire. Au soir de notre vie, nous partons comme nous sommes venus : nu. Bras ballants.

Kadhafi, qui avait toutes sortes de richesses et de bien, tout ce que nous pouvons imaginer, et même l’inimaginable, est quelque part dans un trou dans le désert. Nu.

Félix Houphouet Boigny, Omar Bongo Ondimba, Gnassingbe Eyadéma, et toutes les autres personnalités qui étaient à la tête de grandes fortunes sont certainement enterrés dans de beaux mausolées mais ils sont nus là-dedans. lls sont partis les bras ballants. Sans rien emporter avec eux.  Rien.

Lady Di, Steve Jobs sont eux aussi quitté ce monde les bras ballants, avec sur eux ce que nous, les vivants, avions bien voulu leur mettre sur le corps.

Vous aussi, moi-même, quitterons ce monde sans rien, avec pour unique possession notre tombe, si quelqu’un veut bien en creuser une pour nous.

Alors, pourquoi, connaissant cette vérité crue, toutes ces batailles, toute cette violence, tout ce mal que nous commettons les uns aux autres ? Pourquoi nous nous battons, parfois armes au poing, pour acquérir, acquérir et toujours acquérir, n’hésitant pas à piétiner, vilipender, abuser, violenter, écraser, exploiter, tuer, spolier ? Pourquoi nous nous battons tant pour avoir autant et laisser tout derrière nous quelques années après, en échange d’un bout de terre ? D’un tout petit bout de terre ?

Pour satisfaire notre moi, notre moi et rien que notre moi. Que les autres croupissent dans la misère la plus noire et absolue, ou crèvent de faim et de soif, ou de maladies, n’est pas notre tasse de thé. Mais, pendant combien de temps ce moi, que nous sommes prêt à tout pour satisfaire, sera sur cette terre ? Et, surtout, de quoi a vraiment besoin ce moi pour être sur cette terre :

-de 30.000 hectares de terres comme l’a déclaré un des candidats aux dernières élections présidentielles du Kenya, terres qui, selon les kenyans, auraient été arrachées aux populations locales qui, aujourd’hui, n’ont aucun endroit où poser leurs têtes ou cultiver pour se nourrir ?

Et ces 30.000 hectares ne seraient que la pointe de l’iceberg car ce monsieur et sa famille seraient propriétaires de la moitié du pays.

  • de 50 voitures dans notre parking, toutes aussi sophistiquées les unes les autres, alors que des pères et mères de famille se font éjecter des bus de transport et écraser parce qu’ils n’ont pas les 10 Kenya Shillings qui leur manquent pour compléter leur ticket de transport ?
  • de de cette résidence de 150.000.000 de Kenya Shillings dans laquelle nous vivons, sans compter toutes ces autres résidences secondaires disséminées aux quatre coins du pays et du monde pendant que des familles entières dorment à huit dans une chambre en tôle, dans un de ces nombreux bidonvilles qui entourent nos belles capitales africaines, sans toilettes, sans eau potable, sans électricité, sans aucune intimité, les uns sur les autres, les parents obligés d’avoir des relations sexuelles devant leurs enfants ?
  • de tous ces millions que nous volons de façon éhontée des caisses de l’Etat, ou détournons de l’aide au développement destinés à construire des écoles, des hôpitaux et des routes pour rendre la vie des millions de nos frères et sœurs moins douloureuse ?

Nous n’avons pas besoin de tout cela pour vivre. Mais pourquoi alors cette course effrénée pour avoir, avoir et toujours avoir ? 

Si notre motivation c’est une vie à l’abri du besoin, une vie décente, alors il est temps de rectifier car nous pouvons vivre décemment avec moins que tout ceci. Beaucoup moins que tout ceci. Si c’est le bonheur que nous recherchons en faisant main basse sur tout, à tout prix, alors détrompons-nous car la possession des biens matériels n’a jamais été et ne sera jamais synonyme de bonheur.  Aujourd’hui, celui qui n’a pas n’est pas. J’ai, donc je suis. Si je n’ai pas, alors je ne suis pas. Alors, pour avoir, tout est permis, absolument tout, et la fin justifie les moyens. Si je dois tuer, violer, mentir, trahir, faire emprisonner, truquer les élections, soumettre, acheter les consciences, détourner de l’argent, escroquer, pour avoir, alors je le fais car c’est la fin qui importe. Mais, quelle fin ? Quelle fin si, après tout, après avoir fait tout cela, la vérité c’est que nous n’avons rien ?

Il y a des vérités que nous devons connaître et faire connaître, pour notre bien, mais aussi celle des autres. De l’humanité. Et une de ces vérités c’est que, oui, à la fin, lorsque tout est fait et dit, rien ne nous appartient. Même pas ce bout de terre dans lequel on nous enterre, car nous pouvons en être éjecté un de ces jours si les vivants en décident ainsi. Même pas ce petit carré au cimetière dans lequel on place provisoirement nos cendres parce que nous pouvons également en être éjecté si les vivants cessent de payer les frais de location. Lorsqu’ils n’ont pas simplement décidé de jeter vos cendres dans la mer.

Pensons-y. Méditons cela. Tous les jours. Sérieusement. Répandons cette vérité autour de nous car sa possession pourrait nous épargner tant de souffrance, de tragédies, de confiscation de pouvoir, avec tout ce que cela suppose. Et souvenons-nous que, le monde, la vie est une scène de théâtre, et nous, des acteurs. Shakespeare l’a dit. Avec raison. Lorsque nous sommes sur cette scène de théâtre qu’est la vie, chacun de nous doit mettre un point d’honneur non seulement à jouer son parfaitement rôle, mais aussi à profiter de cette vie lorsque nous en avons encore la force, et nous assurer que les autres en font autant.

 Tout le reste n’est que perte de temps.

Savoir c’est pouvoir. Pouvoir rectifier, corriger, améliorer, relativiser, et aider les autres à en faire autant. Ensemble nous pouvons construire un monde plus heureux et pacifique. Où chacun a sa place. Où personne ne se sent exclu. Où chacun vit la vie qu’il désire et qu’il mérite. C’est possible, si chacun fait sa part. Qu’en penses-tu ? Ton avis est la bienvenue. Ton aide, aussi.

A ton bonheur !

 

Céline Magnéché Ndé Sika

Le couple tue !

ImageLe 08 mars dernier l’on célébrait, avec pompe, partout dans le monde, la Journée Internationale de la femme. L’occasion, pour les infatigables combattantes et combattants pour le respect des  droits de tous les humains, de marquer une pause pour mesurer le chemin parcouru, développer, améliorer ou changer carrément la ou les stratégies de lutte pour l’avènement d’un monde plus juste, plus humain, plus équitable, un monde où les uns et les autres jouissent des mêmes opportunités pour s’épanouir et participer activement au développement de leurs communautés et pays.

C’était également l’occasion de sensibiliser les populations, l’opinion publique, les dirigeants et décideurs sur la condition et la situation de la femme qui, malgré les progrès réalisés et les acquis, n’a pas beaucoup changé parce que des millions de petites filles, d’adolescentes, de mères, d’épouses, de femmes âgées, sont encore trop souvent victimes, au Sud mais aussi au Nord, de discriminations ou de violences inacceptables.

En effet, si pour plusieurs d’entre nous il est désormais possible de voter, de faire des études et mener des carrières autrefois réservées uniquement à la gente masculine,  de voyager, d’ouvrir un compte bancaire sans demander au préalable la permission à quelqu’un d’autre, une personne de sexe masculin en l’occurrence, pour plusieurs femmes il est impossible encore aujourd’hui, au XXI ème siècle, de faire certaines choses aussi simples que choisir ses amis ou la tenue qu’elles vont mettre, refuser la compagnie de ceux qui ne leur plaisent pas pour quelque raison que ce soit, boire un verre avec des amis dans un café, donner son opinion sur un sujet, voter librement pour un parti politique de son choix.

Il y a quelques jours vous avez sans doute lu, avec consternation comme moi, dans un journal de la place, le cas d’une jeune femme battue et répudiée avec ses deux enfants par le cousin de son conjoint et l’ami de ce dernier tout simplement parce qu’elle avait osé voter pour un parti qui n’est pas celui de ces  derniers. Interpellé, le conjoint n’a rien trouvé à redire sauf à rappeler à son épouse qu’il lui avait bien dit de ne pas faire la politique, parce que c’est l’affaire des hommes!

Battue, répudiée, humiliée, lâchée par son conjoint parce qu’elle a voulu remplir son devoir de citoyenne en votant, parce qu’elle a commis le délit de vouloir penser par elle-même sans passer par les autres. Cela se passe ici à Ouagadougou. Mais également ailleurs, dans les autres villes et villages du Burkina Faso, en Afrique, en Europe, en Amérique, partout dans le monde où, comme cette dame, beaucoup d’autres femmes sont victimes des violences liées au genre, à leur sexe.

Elle aurait pu y laisser la vie, comme c’est très souvent le cas d’ailleurs, parce que ce terrorisme qui ne dit pas son nom cause des dégâts aussi importants sinon plus que le cancer,  le sida. En silence, souvent dans l’intimité des domiciles, mais aussi dans la rue, au marché, au service, à l’école ou dans les amphithéâtres. Tenez:

-ici des lois nous discriminent ouvertement et l’Etat reste passif devant la tradition qui nous écarte de l’héritage, fixe des limites pour nous et punit celles qui osent la questionner ;

-là on nous charcute ou nous coud au nom de la religion ou de cette même tradition ; on nous met des ceintures de chasteté ou contrôle notre virginité ; nous oblige à adopter des canons de beauté qu’ils ont choisis au péril de notre santé; nous enferme dans des harems ou dans des foyers contre notre volonté ; nous viole, nous impose des relations sexuelles ou des grossesses multiples, rapprochées ; nous achète, nous échange ou nous transmet du mari aux frères ou cousins ;

-là, on nous défigure à l’acide, nous abat ou nous brûle parce que nous avons mis un terme à une relation destructrice ou qui ne nous plaît plus ; nous marie à quatre ans, nous égorge, nous poignarde pour sauver l’honneur de la famille parce qu’on nous a aperçue avec un homme qui n’est pas de notre famille ; nous harcèle sexuellement et psychologiquement ; nous insulte, nous prostitue ; nous brûle vives lorsque nous vieillissons en nous accusant de sorcières ; nous assimilent au symbole du Mal dans des religions misogynes ; nous ensevelit vivantes sous des tchadors, burkas ou autres tchadris en synthétique sous des températures de plus de 45% à l’ombre parce que notre conjoint doit être le seul à contempler notre corps ; nous lapide parce que nous avons décidé de refaire notre vie après un divorce ou après avoir été abandonnée avec enfants par notre conjoint;

-là-bas encore nous n’avons pas le droit de voir le jour si jamais on découvre, grâce à la magie de l’échographie que nous sommes de sexe féminin…

Je pourrais continuer à égrener le chapelet des violences que nous les femmes subissons à longueur de notre vie parce qu’elle est infinie.

Partout, les violences exercées contre les femmes par un partenaire de sexe masculin –le père, le frère, l’époux, le conjoint, concubin ou petit ami, des collègues, etc.-, ou des institutions comme l’Etat, l’école, la société, atteignent des dimensions hallucinantes et constituent l’une des premières causes d’invalidité et de mortalité chez les femmes. Partout, le terrain est miné. A toutes les étapes de la vie d’une femme ! Même certains acquis obtenus au prix de luttes acharnées et de sacrifices sont aujourd’hui menacés et remis en question.

Face à un tel constat particulièrement inquiétant, il est clair que beaucoup reste à faire pour que les femmes soient considérées comme des êtres humains à part entière, des citoyennes à part entière avec des devoirs mais aussi des droits, parce qu’elles le sont avant d’être des mères, des épouses, des sœurs, des amantes. Enormément de choses restent encore à faire pour que les femmes, ces travailleuses infatigables sur qui reposent énormément de choses dont l’économie, la sécurité alimentaire, la stabilité des sociétés, puissent effectivement s’exprimer, donner leur avis sur tout ce qui les concerne directement, participer activement à la gestion des affaires de leurs communautés, à la conception, l’élaboration, l’implémentation, le suivi et l’évaluation des programmes de développement, bref, au processus de développement durable de leur pays.

C’est une tâche difficile, qui requière du temps, de la patience et des moyens  -pour briser définitivement les résistances de ceux qui sont encore férocement accrochés à leurs convictions, aux idées reçues et autres préjugés-. Mais c’est une tâche qui requiert surtout l’adhésion de tous et chacun de nous. Une tâche qui nous interpelle parce qu’il s’agit des droits de plus de la moitié de l’humanité, des droits des femmes et dont la violation est une violation des droits humains.

C’est aussi une tâche dont nous ne pouvons nous dérober parce que les conséquences démographiques, sociales, économiques de ces actes qui n’honorent pas l’Homme sont souvent terribles pour celles qui en sont victimes –traumatisme, transgression des principes et droits fondamentaux au travail, des droits de la personne-,   mais aussi pour leurs familles, leurs communautés, leurs pays, bref, le monde entier – perte de la population,  diminution de l’espérance de vie à cause des grossesses nombreuses, rapprochées, précoces, surcharge de travail, transgression de la justice sociale, ralentissement de la croissance économique, fonctionnement pas optimal des entreprises et des marchés du travail,  bref, aggravation de l’extrême pauvreté-. Nous sommes à l’heure de la mondialisation où un acte posé localement peut avoir des conséquences redoutables au niveau global.

Presque tous les Etats du monde ont pris conscience des multiples formes de violences faites aux femmes et signé et ratifié la Convention pour l’Eradication de toutes les formes de violence contre la femme et, au niveau national, ils ont élaboré des politiques et plans d’actions nationaux et programmes pour sa mise en œuvre.  Mais, malgré cette volonté politique manifeste, et aussi parfois pour des raisons qui échappent souvent à notre entendement, ces outils ne sont pas opérationnels, ou du moins pas assez.

Il ne suffit pas de signer des Conventions pour ne pas être mal vu par la communauté internationale, ou parce que celles-ci sont une opportunité pour avoir des fonds. Il s’agit de traduire cette volonté par des actions concrètes, de façon transversale, à tous les niveaux de la société, du sommet à la base, partout, sur le terrain, avec les populations.

Il faut un cadre légal adéquat, des lois appropriées qui protègent la femme contre les abus et promeuvent ses droits, une fermeté pour les faire appliquer, des mesures radicales et des sanctions pour punir ceux qui enfreignent ces lois, et même des tribunaux pour les juger comme le réclament les organisations féministes qui considèrent ces actes comme des crimes contre l’humanité. Mais il faut surtout prévenir. Par le renforcement des capacités, l’éducation des hommes et des femmes, victimes et bourreaux, qui, consciemment ou inconsciemment, perpétuent ces actes et comportements assassins, de génération en génération, parce que otages d’un système patriarcal qui proclame et perpétue l’idée de « l’infériorité naturelle »  des femmes et d’une « suprématie biologique » des hommes. L’éducation est plus susceptible de modifier les normes sociales, les attitudes, les stéréotypes, etc., pour aboutir à la reconnaissance et le respect des droits de la femme ainsi que la suppression de toutes les formes de violence à leur égard.

Sans réelle volonté politique, le combat contre la violence de genre, qui n’est autre que le reflet des relations de pouvoir inégales entre hommes et femmes, sera difficilement gagné. Et il convient de préciser que toute initiative doit être transformationnelle. En effet, il est bon de donner du poisson à manger à ceux qui ont faim. Mais il est préférable de leur apprendre à pêcher et d’apporter l’appui institutionnel au secteur de la pêche parce que là, on apporte ainsi une réponse structurelle au problème de la faim, c’est-à-dire une solution durable au problème.

Cet article je l’ai écrit il y a quelques années, lorsque je vivais encore au Burkina Faso. Mais il est d’actualité car la violence du genre ne faiblit pas. Lorsqu’on est en couple ou pas. Je parle de violence du genre et pas de violence contre la femme parce que les femmes aussi peuvent être -et le sont vraiment- très violentes. Et elle ne faiblira pas si chacun de nous ne fait pas sa part, à son  niveau, avec les moyens dont il/elle dispose, lorsqu’il le faut, pour contribuer à mettre un terme à cette horreur. La violence, qu’elle vienne de l’homme ou de la femme, n’est pas acceptable. Elle n’est pas tolérable. Moi je fais ma part, en partageant avec toi ces mots, ce message.

Et toi, que fais-tu pour que la paix et l’amour remplacent la violence?

Je serais heureuse de te lire. Nous avons tous et toutes des choses à dire, à partager, à enseigner.

Céline Sika